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Avec le soutien de l’ONU

Syrie. Un accord politique qui est loin de résoudre les contradictions sur le terrain

Philippe Alcoy Une première depuis quatre ans et demi de guerre civile en Syrie : le conseil de sécurité des Nations Unies a voté à l’unanimité un accord qui ouvre la voie à tenter de mettre en place une issue politique à la crise syrienne. Cependant, plusieurs questions centrales ne sont pas mentionnées dans l’accord, notamment le sort du président Bachar Al-Assad et la composition de la délégation de l’opposition syrienne qui ira négocier avec le régime.

Selon l’accord, en théorie, dès début janvier le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon devra organiser des rencontres entre le régime et l’opposition en vue de mettre en place un processus de « transition politique ». Ensuite, en six mois un « gouvernement transitoire », composé par des membres du gouvernement Assad et de l’opposition, devrait être le premier pas vers la tenue d’élections d’ici 18 mois au plus tard.

Mais cet accord, même dans le meilleur des cas, ne signifie pas du tout la fin de la guerre. Ce serait plutôt un accord entre le régime et l’opposition pour régler politiquement leurs différences et combattre ensemble militairement Daesh.

Le sort d’Assad

Cet accord est feuille de route très ambitieuse mais fragile si l’on prend en compte que des questions brûlantes ont été laissées ouvertes. C’est le cas notamment du futur de Bachar Al-Assad. Alors que pour les puissances impérialistes, avec quelques nuances, celui-ci devrait partir pour permettre qu’une vraie unité entre les différentes parties en dispute se mette en place, pour l’Iran et notamment la Russie, alliés du régime syrien, Assad doit faire partie de la « solution ».

Cependant, malgré les discours publics des dirigeants des puissances impérialistes, tout le monde est conscient qu’aujourd’hui ils n’ont pas de « candidat » pour substituer Assad. Les chancelleries étrangères craignent même qu’un départ désordonné d’Assad finisse par bénéficier à Daesh et que le chaos et la violence ne fassent que s’accentuer.

Quant à la Russie, pour le moment elle présente Assad et son gouvernement comme des alliés fondamentaux et incontournables pour tout « processus de paix » en Syrie. Cependant, Poutine s’est montré à plusieurs reprises ouvert sur la question d’une éventuelle négociation sur le sort d’Assad. En effet, la Russie ne défend Assad qu’en tant de garant de ses intérêts en Syrie, à commencer par sa base navale à Tartous. Si Poutine et son gouvernement venaient à trouver d’autres alliés locaux, ils laisseront tomber Assad et ses partenaires.

Qui représentera l’opposition ?

La composition de la délégation d’organisations habilitées à négocier avec le régime d’Assad est une autre question laissée ouverte. L’enjeu est de déterminer quelles organisations combattantes seront intégrées dans la liste de « groupes terroristes » et donc exclues des négociations.

Pour le moment il y a seulement deux organisations dans cette liste Daesh et le Front Al-Nosra lié à Al Qaeda. Le gouvernement jordanien est chargé de présenter cette liste et d’après son ministre des affaires étrangères, les différents pays évoquent entre 15 et 20 groupes définis comme « terroristes ». La Russie et l’Iran insistent pour que le groupe sunnite Ahrar Al-Sham, soutenu par le Qatar et la Turquie, soit inclus dans cette liste.

La Russie et ses alliés contestent également la liste de 34 organisations composées par l’Arabie Saoudite qui seraient, pour certaines, considérées comme « terroristes » et mettant en danger le régime.

La Turquie de son côté n’aimerait pas que l’on donne trop d’importance aux forces kurdes dans le processus car l’éventuelle création d’un territoire autonome kurde en Syrie pourrait affaiblir la position d’Ankara dans sa lutte contre les revendications de peuple kurde en Turquie et dans la région.

Un processus chapeauté par les Etats-Unis

Le principal acteur dans ce processus qui permet aujourd’hui de finaliser cet accord c’est le gouvernement d’Obama. Dans la semaine John Kerry s’est déplacé en Russie pour s’entretenir avec Vladimir Poutine et son ministre des affaires étrangères Sergei Lavrov.

Après les attentats du 13 novembre dernier la France avait tenté, dans ce même état d’esprit « large », de mettre en place une coalition militaire anti-Daesh, ce qui a été un échec en grande partie à cause des réticences des Etats-Unis et notamment après qu’un avion russe ait été abattu par la Turquie. Non seulement les Etats-Unis n’étaient pas prêts à laisser la France mener une telle coalition mais aussi cela révèle également les faiblesses de l’impérialisme français pour diriger militairement et géopolitiquement une campagne d’une telle ampleur et d’une telle complexité.

Cependant, les Etats-Unis ne sont pas pour autant dans une situation confortable et avantageuse. Le fait même d’intégrer aux pourparlers, la Russie et l’Iran mais aussi le régime d’Assad est une façon d’admettre indirectement l’échec du plan de l’impérialisme nord-américain pour la Syrie et pour la région. Ce manque de stratégie claire de l’administration Obama pour la région est d’ailleurs l’un des points de critique les plus importants de la part de l’opposition républicaine mais aussi des spécialistes de la question.

Malgré ce premier accord large la situation est loin d’être résolue en Syrie. Les souffrances, les morts et exactions contre le peuple risquent bien de continuer, voire de s’aggraver avec les différents groupes en dispute qui tentent de gagner le maximum de territoire possible face à d’éventuelles « négociations de paix ».




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