Monde

La bourgeoisie à l’offensive pour faire passer l’accord

TAFTA. Arrêt des négociations ? Le patronat ne l’entend pas de cette oreille

Publié le 23 septembre 2016

Alors que Matthias Fekl, secrétaire d’état au commerce, avait annoncé fin août qu’il demanderait l’arrêt des négociations avec les Etats Unis au sujet du traité de libre-échange transatlantique (TTIP / TAFTA), les entreprises françaises ont protesté ce jeudi, à la veille de la réunion de Bratislava. Pour ces dernières, hors de question de suspendre les négociations !

Julian Vadis

« Les entreprises françaises de l’industrie, des services et du commerce (...) demandent la poursuite des négociations entre l’Union européenne et les Etats-Unis jusqu’à ce qu’elles atteignent des résultats ambitieux et équilibrés sur l’ensemble des chapitres ». La requête, on ne peut plus explicite, a été ainsi rendu publique au travers d’un communiqué ce jeudi. Et les signataires sont nombreux : Association nationale des industries alimentaires (Ania) ; Cercle de l’Industrie ; Fédération des entreprises de la beauté (FEBEA) ; Fédération de la plasturgie et des composites ; Fédération des industrie mécaniques ; Fédération française de l’assurance ; Groupe des fédérations industrielles (GFI) ; Chambre de commerce internationale (ICC) ; Les Entreprises du médicament (LEEM) ; Mouvement des entreprises de France (MEDEF) ; Union des industries chimiques (UIC) ; Union des industries textiles (UIT). Pour l’ensemble de ces organisations défendant les intérêts du patronat, « l’abandon pur et simple de ce projet transatlantique, de portée historique, après seulement trois ans de discussions, nous paraît être un acte d’extrême gravité, lourd de conséquences, et à ne pas commettre de façon précipitée ». Et ce, même si les entreprises françaises concèdent que « les propositions des Etats-Unis ne sont pas acceptables ».

Le gouvernement, au pied du mur, va- t-il faire volte-face ?


A moins de 7 mois de l’élection présidentielle, cette sortie musclée du patronat français est un coup dur pour le PS. En effet, le gouvernement se retrouve en porte à faux, lui qui souhaite rendre plus rose son bilan, une politique ultra-libérale qui n’emballera pas non plus le petit et moyen patronat national. Hollande a déjà été largement écarté de l’université du MEDEF, qui voit dans le futur candidat Les Républicain aux élections , le larbin le plus adéquat pour défendre les intérêts patronaux. Les socialistes se trouvent au pied du mur : Soit ils assument jusqu’au bout leurs positions, espérant s’attirer les faveurs d’une frange du patronat plus "protectionniste", soit ils font volte-face et redeviennent le fer de lance européen dans la mise en place de la plus grande zone de libre échange du monde, ce qui aurait pour effet d’approfondir encore plus la fracture avec leur base électorale. Un véritable casse-tête dans lequel la question de l’autre grand accord de libre-échange avec le Canada, le CETA, se pose. La troisième voie serait ainsi de tenter de convaincre largement au sein du patronat, afin que cet accord apparaisse comme une alternative crédible au TTIP, voire avantageuse. A l’heure actuelle, aucun de ces 3 scénarios n’est à écarter. Et au bout du compte, quelle que soit l’issue, la décision prise sera celle qui semblera la plus à même de défendre les intérêts des entreprises françaises sur le marché mondial.