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Jeunesse

Cazeneuve porte plainte

Tags « anti-flics » à la Sorbonne. Surenchère médiatique et gouvernementale pour taire la contestation des violences policières ?

Après la découverte de tags se référant à l’attaque de policiers à Viry-Chatillon dans l'enceinte de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, la réaction du gouvernement ne s’est pas faite attendre. Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, a porté plainte pour « apologie de crime contre les policiers ». Suite à celle-ci, ses forces de police comptent bien mener l'enquête dans l’enceinte même de l'université Paris 1 avec l'accord de son président qui a condamné fermement ces inscriptions. Des réactions en chaîne, amplifiées par une couverture médiatique hors-norme, qui ne peuvent se comprendre que par la volonté du gouvernement de restaurer le crédit d’une institution policière profondément remise en cause ces derniers mois.

Des policiers mobilisés dans l’urgence pour faire des relevés et retrouver les « coupables », les « traduire en justice ». Dans les médias et les réseaux sociaux, chaque responsable politique y va de son petit commentaire, dans une surenchère poussant toujours plus sur la droite. Devant l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, ce matin, un défilé de journalistes.

Qu’est ce qui suscite donc une telle réaction de la classe politique et médiatique ? Des tags sur les murs du centre Tolbiac, situé dans le XIIIème arrondissement de Paris, et plus particulièrement deux : « frapper vite, frapper fort, un bon flic est un flic mort » ainsi que « J’ouvre une bouteille à chaque fois qu’ils ferment le cercueil d’un flic #Viry-Châtillon ».

De Viry-Châtillon à la Sorbonne…

Pourtant, pour ceux qui connaissent ce centre universitaire, l’ampleur de la réaction ne peut que susciter l’étonnement. Dans ce vieux centre universitaire, les tags sont une vieille tradition et ornent depuis bien longtemps les murs dégradés. Et on y trouve de tout : des phrases politiques, poétiques, des insultes, mais aussi des inscriptions homophobes, racistes, sexistes, des appels aux meurtres et même des croix gammées. Pourtant, on n’avait encore jamais vu un homme politique ou un média s’intéresser aux contenus de ces tags. En réalité, la police, la classe politique et médiatique a trouvé là un prétexte en or pour intervenir dans la Sorbonne et reprendre la main sur une université qui ces derniers temps tend un peu trop, selon cette même police, à dénoncer l’impunité dont elle jouit au quotidien.

Car c’est à cette même université qu’étudie et travaille Guillaume Vadot, agressé et menacé par des policiers lorsqu’il tentait de filmer un contrôle d’identité musclé à la Gare de Saint-Denis. Une université Paris 1 où des milliers d’étudiants ont fait l’expérience de la répression lors de la lutte contre la loi travail, et s’y sont politisés. C’est de là aussi qui est parti la tribune contre les violences d’état signée par plus de 300 universitaires et parue dans Libération la semaine dernière. C’est en fin sur cette fac et plus précisément dans le centre de Tolbiac qui a eu lieu un meeting Contre l’islamophobie, le racisme et les violences policières : Faisons Front ! avec plus de 600 personnes, venant de quartiers populaires, du mouvement syndical comme de l’université. C’est à l’évidence à cette remise en cause de la police et de ses pratiques que la surenchère actuelle autour de la haine anti-flic cherche à répondre, pour justifier ensuite la criminalisation de toute contestation de l’impunité policière.

Envoyer les policiers au cercueil ou renvoyer la police dans les livres d’histoire ?

Cependant, cette tentative de récupération réactionnaire ne doit pas nous empêcher d’interroger le contenu de ces tags. S’ils n’ont pas été directement faits par des agents provocateurs de la police, il est clair que les auteurs de ceux-ci sont la caricature de ce qu’on appelle des « idiots utiles ». Par leur acte individuel et anonyme, ils donnent le prétexte parfait au gouvernement pour poursuivre son escalade sécuritaire et répressive en allant jusqu’à menacer d’envoyer la police dans l’enceinte de l’université comme il annonçait depuis hier soir. La police et leurs syndicats ultraréactionnaires comme Alliance ont eux-aussi un argument de plus pour passer du rôle d’accusés à celui de « victimes ».

Or, ce n’est pas le fait de se prendre individuellement à des « flics » qui fera avancer la lutte contre les violences policières, mais plutôt par la constitution d’un front large, comme celui qui se dessinait à la sortie du meeting de jeudi, qui remette en cause l’institution policière, son rôle et ses pratiques, et permet d’engager la résistance contre tout cela, contre l’état d’urgence permanent et les violences policières quotidiennes dans les quartiers.




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