Politique

Contre l’instrumentalisation politique, l’impératif de la solidarité

Tags « anti-flics » de la Sorbonne, une étudiante en garde à vue : après l’enfumage médiatique, la répression aveugle

Publié le 27 octobre 2016

On apprend aujourd’hui l’arrestation et la mise en garde à vue de celle qui serait l’autrice présumée des tags « anti-flics » de la Sorbonne. Cela fait suite à la plainte qu’avait déposé le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve pour « apologie de crime et de délit » immédiatement après la découverte des inscriptions dans les locaux du centre Pierre Mendès France situé dans le XIIIème arrondissement de Paris.

Otxoa B.

Faisant explicitement référence aux événements de Viry-Châtillon et à l’attaque au cocktail Molotov qui visait les policiers, les inscriptions n’avaient en effet pas manqué de faire réagir en « haut lieu ». Le gouvernement, secondé par la présidence de l’Université, visiblement plus pressée et intéressée à faire jour sur cette « affaire » qu’elle ne l’était à défendre Guillaume Vadot, membre de son personnel agressé par deux policiers au soir du 22 septembre, se sont emparés du fait comme d’une occasion pour marteler à nouveau un discours de justification tous azimuts des pratiques policières.

A grands renforts d’amalgames grossiers, cette situation est aussi l’occasion pour eux de réprimer celles et ceux qui refusent de chanter à l’unisson des cantiques que donnent, depuis des mois, les médias et responsables politiques en l’honneur de leur police. Refuser de poser la moindre pierre à l’édifice moral qui fonde la confiance que les citoyens placent dans la police et qui légitime ses actions est une tâche politique que nous revendiquons. Est-ce à dire que l’on se réjouit de la souffrance qu’endurent les policiers blessés ? Aucunement, car la politique que nous défendons est bien différente de la maigre loi du talion mais veut proposer bien plus que cela. Saper les fondements sur lesquels reposent une telle confiance est essentielle à nos yeux pour permettre de construire de larges fronts de défense de nos droits et repartir à l’offensive.

Le caractère exceptionnel, rare et violent de l’attaque de Viry-Châtillon a fourni une énième occasion au gouvernement pour en appeler à l’union sacrée autour des « valeurs » de la République, autant dire directement à la célébration imbécile de sa bande armée. Mais à y regarder de plus près, il se trouve que cette suspension imposée du temps critique est à géométrie variable. Eux ne perdent jamais un instant pour mener leurs offensives répressives, économiques et idéologiques, et profitent assidûment de ces moments d’effarement général. En l’occurrence l’événement de ces tags fut pour eux une occasion d’ajouter une ligne à la longue construction idéologique mensongère présentant la police comme victime d’une population armée et dangereuse. Fondant sa légitimité sur l’émotion, le gouvernement a initié contre cette étudiante de l’université Paris 1 une plainte et des poursuites injustes au regard des faits et dont la disproportion ne doit pas manquer de nous révéler le caractère politique. S’ils veulent faire un exemple avec cette arrestation et sommer de rentrer dans le rang tous ceux qui envisageraient de ne pas respecter le religieux silence, imposé à chaque nouvel événement que cette société délétère nous apporte, faisons, nous, un exemple de notre solidarité en soutenant activement cette étudiante placée en garde à vue.

Nous dénonçons l’instrumentalisation de cette affaire de tags à des fins de donner aux dérives sécuritaires que nous vivons actuellement une pleine justification. Ces tags, courants et banals dans le centre Tolbiac, ont surtout donné une occasion à la police de mettre un pied dans l’université en disant : nous vous harcèlerons où que vous soyez, en manif ou en cours ; vous finirez par accepter notre ordre. Alors même que le tournant sécuritaire initié depuis une décennie déjà a fait la démonstration de résultats exactement inverses à ceux qu’il prétendait vouloir atteindre, l’Etat accorde à la police ses revendications : 250 millions ont été accordés avant-hier par Cazeneuve pour plus de matériel et d’armes. De plus, la pressurisation et le harcèlement inadmissibles dont font l’objet les habitants des quartiers les plus pauvres et, depuis peu, les militants syndicaux et politiques et qui connaissent une forte accélération du fait de l’état d’urgence permanent instauré depuis novembre 2015 sont autant de raisons de faire front et de résister collectivement et largement. Cette histoire nous enseigne aussi l’impératif de serrer tout particulièrement les rangs dès que des chocs adviennent, qu’ils soient de l’ampleur des événements de Viry-Châtillon ou de celle des attentats car ceux-ci ouvrent des périodes durant lesquelles la vigilance politique est de mise. L’intérêt pratique de la lutte politique commande la solidarité absolue avec toutes les personnes interpellées, réprimées, persécutées ou tuées par l’appareil d’Etat et particulièrement par sa police. D’Adama Traoré à cette étudiante gardée à vue, des Goodyear aux Air France, faisons front contre la répression.