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Société

Violences policières

« Taser » devient « Axon »... mais tuera toujours autant

Depuis le jeudi 6 avril 2017, la société américaine Taser, connue notamment pour les pistolets à impulsion électrique qu'elle fournit aux polices du monde, a décidé de changer de nom. Elle s'appelle désormais Axon, du nom d'une de ses filliales. En cause, le nombre trop élevé de personnes tuées par la police aux moyen de ces armes qui entache l'image d'une multinationale à la recherche de nouveaux marchés.

Taser International est une entreprise multinationale américaine spécialisée dans le développement et la distribution « d’armes non létales » et de matériel de sécurité. Elle est surtout connue pour la fabrication des pistolets à impulsion électrique (PIE) qu’elle fournit aux forces de l’ordre de nombreux Etats. Présenté comme le « pistolet qui sauve des vies », cette arme répond à une demande, en forte augmentation depuis plusieurs années, de la part des gouvernements occidentaux soucieux de développer l’arsenal répressif de leurs polices. Le marché de la sécurité est un secteur en pleine expansion dans lequel la concurrence est de plus en plus forte.

Et c’est bien ça, le problème. Diversification des activités, acquisitions de start-up spécialisées, développement de la technologie et de l’électronique... Chez Taser International, on sait flairer le bon filon. Et celui de la répression, pas question de le lâcher, surtout pas après l’élection de Trump aux Etats-Unis ou avec l’état d’urgence permanent en France. Les PIE, c’était déjà une mine d’or : 202,6 millions de dollars (sur 268,2 millions) de revenus en 2016. Une arme qui leur colle tellement à la peau qu’on parle communément de « tasers ». Seulement voilà, tout ne s’est pas passé comme prévu avec le « pistolet qui sauve des vies », et ça a fini par se voir.

Le pistolet qui prend des vies

Présentée comme une arme de substitution destinée à réduire l’utilisation des armes à feu par les policiers, le taser est censé être, selon l’entreprise, « l’arme anti-bavure par excellence. » Pourtant, loin de remplir cette fonction, il vient surtout « se substituer à des rapports de force dans lesquels on n’utilisait pas d’armes jusqu’ici », souligne Arnaud Gaillard, militant du réseau RAIDH. Au lieu de réduire le niveau de violence, l’ajout de cette arme à la panoplie des policiers étend donc les possibilités supplémentaires de crimes policiers. Avec 50 000 volts par décharge, le pistolet-qui-sauve-des-vies en prend bien plus qu’il n’en sauve. En 2012, Amnesty International enregistrait déjà 500 morts suite à l’utilisation de tasers.

En France, c’est le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy qui a introduit le taser dans l’équipement de la police nationale en 2006. Homme intègre et cohérent, c’est sous sa présidence qu’en 2010, le taser vient également s’ajouter à la panoplie de la police municipale. Selon l’ACAT, au moins quatre personnes sont mortes en France après avoir subi des décharges lors d’interventions policières. Dans chacune de ces affaires, les juges en charge de l’instruction ont nié les liens entre l’utilisation de l’arme et les décès. Pourtant, la société Taser International a perdu les quatre procès qu’elle avait intentés pour diffamation en France contre plusieurs associations et militants, comme Amnesty International et Olivier Besancenot (NPA). En 2008, la firme change discrètement la présentation de son arme. Le taser n’est officiellement plus une « non lethal weapon » (arme non mortelle) mais une « less lethal weapon » (arme moins mortelle).

Maintien de l’ordre : un marché en développement permanent

Sarko est mort, vive Hollande ! En matière de répression et de sécurité, le bilan du quinquennat socialiste n’a rien à envier à celui de Sarkozy. Militarisation de l’armement, état d’urgence, extension du champ de la légitime défense. Un programme dans la continuité des gouvernements précédents et dans la continuité duquel se place déjà les candidats à l’élection présidentielle qui promettent tous, à l’exception de Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Artaud (LO), plus de moyens pour la police. L’incapacité des classes dominantes à résoudre la crise du système capitaliste autrement qu’en démantelant les droits sociaux à travers des politiques d’austérité, ou qu’en multipliant les conflits armés, assure aux marchands d’armes un marché en développement permanent.

La répression des mouvements sociaux, comme les manifestations pour Gaza en 2014 ou contre la loi travail en 2016, comme les agressions policières sur les habitants des quartiers populaires, ont reposé la question des violences et des crimes policiers en France. Il y a moins de deux semaines, c’est Liu Shaoyo, un Chinois résidant dans le XIXème arrondissement de Paris, qui s’est fait abattre à son domicile par un policier. De nombreuses manifestations et rassemblements, durement réprimés par les brigades de CRS et de la BAC, ont eu lieu les jours et les nuits suivants. Mais rien n’indique que l’Etat infléchira sa politique : la justice n’en finit pas de couvrir la police, l’Etat continue de trouver des prétextes pour criminaliser la contestation (ici les islamistes, là la mafia chinoise) et de Mélenchon à Le Pen, c’est la course à qui augmentera le plus les effectifs de police !

Taser est mort, vive Axon !

Avec tout ça, les dirigeants de Taser International se sont dit que c’était peut-être judicieux de changer de nom. « Taser », ça ne fait plus rêver. Maintenant, on sait qu’une arme qui envoie 50 000 volts par décharge, c’est fait pour blesser et tuer. « Taser », ça faisait un peu sale... Alors que Axon, c’est plus soft, plus technologique. Et puis ça tombe bien, car « Axon », c’est le nom d’une filiale de Taser International spécialisée dans les caméras corporelles, dont l’utilisation s’est répandue aux Etats-Unis suite aux violences policières contre les Noirs.

C’est donc un joli coup des dirigeants de Taser International, société multinationale qui fait son chiffre d’affaire sur les violences policières et qui a su profiter des mouvements de contestation de ces violences pour développer encore plus son activité. Les caméras Axon filmeront donc les policiers utiliser les pistolets Axon mais qui continueront à s’appeler Taser. Bonus : le jeudi 6 avril 2017, jour du changement de nom, l’action de la société cotée au Nasdaq à pris 6 %.




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