^

Politique

Gilets Jaunes

Taxe flottante pour le carburant : le retour d’une fausse bonne idée

Alors que nous sommes au 10ème jour de la mobilisation des Gilets Jaunes, Macron s’est enfin exprimé ce mardi 27 novembre. Il a affirmé « qu’il ne faut pas renoncer au cap, juste et nécessaire, mais changer de méthode de travail ». Pour résumer : J’entends mais je m’en fous, de quoi renforcer la grogne plutôt que de la calmer. Il a également avancé l’idée de remettre au goût du jour la TIPP flottante. Une mesure mise en place par Jospin début 2000 et qui avait été un échec cuisant.

Crédit photo : Sébastien Salom-Gomis / Sipa

François de Rugy, le ministre de la Transition écologique, a tenté de rectifier le tir après les déclarations de Macron « Il n’est pas question de revenir à la TIPP flottante ! » mais trop tard, Macron a lâché non pas le mot mais la définition lors de son allocution de ce mardi. Macron a simplement dit qu’il était envisageable que le gouvernement adapte le niveau de taxes sur les carburants par rapport à l’évolution du cours du pétrole. C’est-à-dire la TIPP, la taxe sur les produits pétroliers qui a été renommée par la suite Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). L’une des pistes du gouvernement serait donc la TIPP, mesure mise en place entre 2000 et 2002 et qui n’a pas été une franche réussite.

Jospin a déjà tenté la TIPP flottante et c’était un échec

Le principe est simple et peut paraître une bonne idée mais la réalité est toute autre. Le but de la TIPP flottante est de baisser la taxe sur les produits pétroliers lorsque le cour du pétrole augmente et de l’augmenter lorsque celle-ci baisse afin d’avoir un prix d’achat stable. Il y a plusieurs problèmes avec ce genre de taxes. Tout d’abord, il s’agit d’un impôt injuste. En effet, qu’on soit milliardaire ou en chômage longue durée le prix à la pompe est le même pour tous. Les milliardaires, millionnaires et patrons ont le moyen de contourner certaines législations afin de ne pas ou peu payer d’essence grâce notamment aux voitures de fonction ou autre, chose impensable dans cette société pour un ouvrier ou un prof. De plus, une voiture plus ancienne consommera plus d’essence qu’une voiture neuve. Et ce n’est pas avec un salaire de 1100 euros par mois qu’on peut se payer une nouvelle voiture quand on veut.

A l’automne 2000, le gouvernement Jospin avait baissé les taxes pour amortir la flambée du pétrole. Or au printemps 2001 les prix ont chuté. Il est problématique d’expliquer à un travailleur qui doit parcourir 20km pour aller au travail qu’il doit toujours payer le même prix du plein alors même que le cours du pétrole chute. Étant donné que la chute du cours du pétrole est arrivée à la veille des élections municipales, le PS a abandonnée l’idée d’augmenter la taxe, faisant un trou béant dans les finances. Le PS a pu se permettre ce choix politique par rapport à une situation économique plutôt favorable. En 2018, le gouvernement Macron n’a absolument pas cette marge de manœuvre. Il faudra donc s’attendre, si la taxe flottante refait surface à ce que Macron augmente bien la taxe avec la chute du prix du baril.

Pour la fin des taxes et impôts injustes !

La fin de la taxe flottante entérinée par la droite en 2002 -et qui a choisi d’aider les professionnels gros consommateurs de carburants- n’a pas réglé le problème puisque le problème est le fait de taxer les produits en mettant tout le monde à la même enseigne.

La TIPP flottante n’a pas eu beaucoup d’influence sur le plein du travailleur. La taxe sur les produits pétroliers a un fort impact sur les dépenses des classes populaires contrairement aux riches (qu’elle soit flottante ou non). Il faut donc réclamer la fin de cette taxe, comme celle de tous les impôts indirects.

Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, le gouvernement Macron fait son beurre sur le dos des classes populaires avec ses impôts injustes.
La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques va augmenté en 2019 selon le projet de loi de finance alors que l’impôt sur les bénéfices reste identique. Alors même que les entreprises du CAC40 ont battu encore des records de bénéfice cette année. Les recettes sur les bénéfices des entreprises polluantes pourraient largement compenser la suppression des taxes injustes. L’argent il y en a, il faut juste chercher au bon endroit. Le taux d’imposition des classes moyennes se situe autour de 48-50% pendant que celui des 0,1% les plus riches se stabilise autour de 35% selon l’ouvrage de Camille Landais, Emmanuel Saez et Thomas Piketty, Pour une révolution fiscale : un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle. Une injustice mise à la lumière du jour lorsque l’on regarde comment Macron réforme l’impôt sur les grandes fortunes et lorsque l’on regarde le coût de l’évasion fiscale qui coûte plusieurs milliards d’euros chaque année.




Mots-clés

Gilets jaunes   /    Emmanuel Macron   /    Politique