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Genres et Sexualités

Torturé et tué

Tchétchénie : Accusé d’homosexualité, le chanteur russe Zelimkhan Bakaev assassiné par la police

Selon le site Newnownext, spécialisé dans les informations liées à la communauté LGBTI, le chanteur russe Zelimkhan Bakaev a été torturé puis assassiné par la police Tchétchène 10h après son arrestation, alors qu’il se trouvait à Grozny pour le mariage de sa sœur. Dans un contexte d’intense répression de la part des autorités tchétchènes envers la communauté LGBTI depuis plusieurs mois, ses amis témoignent qu’il a été arrêté ‘’à cause de son homosexualité’’.

Le chanteur russe Zelimkhan Bakaev a été assassiné par les autorités tchéchènes, 10h après son arrestation à Grozny, où il s’était rendu pour le mariage de sa sœur. Porté disparu depuis le 8 Août, il été retenu dans un camp de concentration selon Igor Kochetkov, fondateur du Russian LGBT Network, comme une centaine d’autres personnes accusées d’homosexualité. L’existence d’une dizaine de ces camps a été révélée en avril dernier par le journal indépendant Novaya Gazeta, et les persécutions n’ont pas discontinué depuis. De nombreux témoignages dénoncent le traitement réservé aux personnes emprisonnées dans ces camps, torture, électrocution, humiliations, assassinats, mais il est difficile de quantifier l’ampleur du génocide, car les victimes n’osent pas témoigner, de peur de représailles.

Première victime dénonçant les violences policières à visage découvert, Maxime Lapounov explique lundi dernier, toujours dans le Novaya Gazeta, que "toutes les 10 ou 15 minutes, ils (policiers, ndlr) venaient dans ma cellule en me disant que j’étais gay et qu’il fallait tuer des gens comme moi", puis qu’il a été "battu très longtemps avec des bâtons (...) sur les jambes, les cuisses, les fesses et le dos", par des hommes le forçant à révéler l’identité d’autres personnes homosexuelles.

Quand les détenus ne sont pas tués dans les camps, ils sont renvoyés dans leur famille, que la police encourage à ‘’laver l’honneur par le sang’’. Cela rappelle les propos de Kheda Saratova, à la tête du Conseil des Droits de l’Homme tchétchène : "Dans notre société tchétchène, toute personne qui respecte nos traditions et notre culture traquera ce type de personne sans avoir besoin de l’aide des autorités, et emploiera tous les moyens nécessaires pour que ce type de personne n’existe pas dans notre société."

Ainsi, les atrocités commises par la police, garant de l’Etat, sont orchestrées par le gouvernement qui nie tout simplement avoir arrêté le chanteur Zelimkhan Bakaev, suggérant qu’il aurait quitté le pays. Les médias tchétchènes ont même posté une vidéo mettant en scène un homme se présentant comme le chanteur, assurant vivre désormais en Allemagne. Mais des militants LGBTI réfutent l’authenticité de la vidéo, celle-ci ayant probablement été tournée en Russie, d’après les preuves qu’ils avancent.

La politique homophobe de Ramzan Kadyrov est soutenue par la Russie, qui dit enquêter sur l’affaire, sans intervenir outre mesure. Poutine a lui-même ratifié la loi contre la propagande homosexuelle en juin 2013, et a fait interdire des manifestations et emprisonné des militants LGBT qui dénonçaient l’actuelle situation en Tchétchénie.

Venant de l’international, la solidarité se fait attendre. La France a ‘offert’ des visas aux personnes homosexuelles se sentant en danger, mais celles-ci n’osent pas les demander car elles craignent d’être repérées par les services de police tchétchènes. Merkel a pour sa part ‘’demandé au président qu’il use de son influence pour que les droits des minorités soient préservés’’, qualifiant au passage le génocide de ‘’rapport très négatif sur ce qui arrive aux homosexuels en Tchétchénie’’.
Les gouvernements européens ne voudront pas entacher leurs relations avec Poutine et ne se risqueront pas à venir en aide aux personnes victimes du génocide homophobe en Tchétchénie. Ces timides déclarations de la classe politique dominante illustrent son caractère complice.

« L’heure est à la solidarité internationaliste, à l’unité de tous les exploités et opprimés », comme l’a rappelé Philippe Poutou.

Crédits photo : Twitter @ZelimBakaev




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