Monde

« Call-center » à la française

Téléperformance-Grèce : l’exploitation à distance

Publié le 27 mai 2016

Téléperformance est une multinationale française, un leader mondial dans le domaine des services par téléphone. Implantée en Grèce, l’entreprise fait venir du Maghreb des travailleurs francophones qu’elle emploie dans des conditions de précarité extrême : promesses de contrats de long terme fallacieux , faiblesse des salaires et non-délivrance de visa... Employé à Téléperformance Hellas, ce travailleur tunisien venu en Grèce pour l’entreprise nous raconte son expérience.

Comité de rédaction

Je suis un employé de Teleperformance hellas depuis 10 mois. Il y a un comité de 300 algériens, marocains et tunisiens qui y travaillent. On est arrivé en Grèce avec un visa type D valable pour 3 mois. Avant de venir en Grèce, lors des interviews, on nous a envoyé des contrats à durée de 1 an minimum, ainsi que des ’’sticker’’ (carte de résidence de 2 ans dans l’espace Shengen), qui seront prêts avant la fin de la validité du visa d’entrée.

Dès notre arrivée, on nous a pourtant obligé à changer les contrats d’un an par d’autres à 3 mois. Certains, qui sont venus pour un contrat d’un an, ont été virés après les 3 premiers mois. D’autres renouvellent tous les 3 mois. J’ai même toutes les copies pour l’attester (celui d’une année, et les autres des 3 mois). De même, personne n’a encore de sticker. On ne peut pas voyager pour rentrer pour les vacances chez nous, on est obligé de passer par la Turquie ou le ticket visa turkish airline est extrêmement cher, et lors du retour, vu qu’on n’a plus de visa valide, on se retrouve dans des situations difficiles avec les polices des frontières.

La majorité d’entre nous est allée vérifier les dossiers de résidence par elle même. On s’est aperçu que nos dossiers sont remis aux autorités et restent soit manquants, soit avec une « notice » disant qu’on peut avoir notre sticker qu’après 18 mois depuis notre demande. En réalité, Teleperformance a un accord avec le point de contact dans les autorités pour nous obliger, d’une manière ou d’une autre, à rester travailler chez eux, sans la possibilité de voyager, ou d’après ce qu’ils disent : de peur qu’on parte vers d’autres opportunités offertes.

On ne nous laisse même pas avoir la main levée pour récupérer nos dossiers de résidence pour les traiter avec d’autres avocats, vu que l’avocat de Teleperformance nous a obligé, dès notre arrivée, à signer pour qu’il prenne en charge nos applications, et bien-sûr en langue grecque pour éviter la vérification de notre part. On est vraiment dans une situation difficile.

Quand on essaye de demander des visas transit pour rentrer chez nous, ou des visas touristiques pour passer par d’autres pays pour rentrer chez nous, les ambassades disent qu’on n’a pas de document légal pour la résidence dans l’espace Shengen. On nous menace même de nous remplacer par des réfugiés syriens vu qu’eux aussi parlent trois langues.

D’autres, qui sont venu travailler dans d’autres entreprises, et qui sont de même nationalité, ont obtenu leur cartes de séjour au bout de leur deuxième mois, pour qu’ils soient dans une situation parfaitement légale en Grèce et en Europe , tandis que les employés de Teleperformance sont sans carte de séjour depuis 15 mois.

Avant, j’habitais à Tunis, en Tunisie. Ils ont trouvé mon CV sur Internet et m’ont contacté. Ils ont fait appel à moi car je parle trois langues, et j’ai un peu d’expérience dans le domaine du management et des ventes. Mon travail est dans la vente, en tant qu’agent travaillant en B2B. Les conditions de travail sont comme je vous ai dit : instabilité et menace, incapacité de circuler hors Grèce, ou de voyager normalement. Je travaille actuellement à Athènes.

Il y a même des employés qui ont quitté la Tunisie et ont laissé des contrats CDI pour une nouvelle opportunité, avec un contrat qu’ils pensaient d’une durée d’au moins un an dans une société internationale. Côté salaire, au final, ce n’est vraiment pas beaucoup, malgré les 40 heures de travail par semaine. Certains d’entre eux ont vendu leurs voitures pour avoir assez d’argent pour venir, d’autres ont emprunté, et ils sont surpris dès leurs arrivée par un changement de contrat de 3 mois, certains 1 mois, et surtout : pas de papiers normaux et légaux.