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Jeunesse

Flics et fachos hors de nos facs

Témoignage. À Montpellier, le Doyen laisse les fachos réprimer les étudiants : « Cela ne nous arrêtera pas »

Ce 22 mars, alors que des étudiants mobilisés contre la loi ORE occupaient un amphithéâtre de la faculté de droit de Montpellier, le Doyen a fait appel à des personnes affiliées à des groupuscules d’extrême-droite pour venir les déloger manu militari. Deux des occupants se sont retrouvés gravement blessés et ont dû être emmenés aux urgences. Plusieurs rassemblements de solidarité ont eu lieu dans la soirée.

Cette journée du 22 mars avait commencé de manière assez prometteuse à Montpellier. Le blocage et l’occupation de Paul Valéry s’étaient poursuivis et de nombreux lycées s’étaient ajoutés à la liste des établissements bloqués pour l’occasion de la journée du 22. La manifestation qui avait suivi avait réuni près de 8000 personnes et s’était déroulée sans trop de répression policière, comme c’est souvent le cas à Montpellier. La manif s’était poursuivie sur une assemblée générale interfacs à la fac de droit, où l’occupation nocturne et pacifique de l’amphithéâtre a été votée. C’est après l’AG et le comité de mobilisation qui ont suivi que les choses ont commencé à dégénérer de plus en plus. Il y a eu de nombreuses bousculades entre les étudiants mobilisés et des personnes de la fac de droit, tant bien des administratifs que des étudiants. Finalement, le comité de mobilisation, avait pris conscience du fait que l’occupation de l’amphithéâtre de nuit risquait fortement de conduire le Doyen à appeler la police. J’étais présente tout au long de cette journée de mobilisation et de la nuit, je relaterai donc mon témoignage personnel sur les faits qui se sont déroulés cette nuit.

Nous décidons donc collectivement de rester jusqu’à l’arrivée de la police (prévue pour 20h30) et de sortir pacifiquement afin de limiter les répressions potentielles. Vers 21h, nous apprenons que la préfecture a refusé au Doyen l’intervention de la police sur la fac, notre occupation étant pacifique. Nous décidons de rester dans l’amphi mais que ceux qui veulent partir dormir chez eux ne sont pas obligés de rester. Quelques personnes partent au fur et à mesure et le nombre de personnes occupant l’amphi se stabilise à 20-25. En parallèle, les tensions avec le Doyen et la présidence augmentaient au fur et à mesure (le Doyen nous ayant même interdit et bloqué l’accès aux toilettes), des personnes nous "conseillaient" de ne "dormir que d’un œil cette nuit".

Un peu avant minuit, le Doyen et toute son équipe composée d’étudiants de l’Uni ou de corpos, de membres du personnel, de profs et de chargés de TD sont tous venus dans l’amphi,et nous ont fixés quelques minutes. Plus tard une douzaine d’hommes encagoulés et armés de battes et de bâtons ont fait irruption dans l’amphi et ont commencé à passer tout le monde à tabac. J’étais juste à côté de la porte par laquelle ils sont entrés, près d’un camarade que j’ai vu roulé en boule contre la porte pour se protéger des coups de bâtons qu’il se prenait. J’ai couru vers le bas de l’amphi où il y avait deux autres portes donnant sur une cour arrière. Des hommes ont également surgit par cette issue et ont commencé à frapper au visage un camarade qui était là. Je me suis enfuie vers une porte dans le haut de l’amphi et je me suis réfugiée avec les premiers camarades qui avaient pu sortir à la Providence, le squat voisin. Le reste des étudiants coincés dans l’amphi sont sortis au fur et à mesure, certains le visage en sang. Le personnel à l’intérieur ainsi que la sécu ont alors commencé à fermer le rideaux de fer aux portes de la fac et nous avons entendu un bruit de taser. On a appris plus tard qu’une camarade était coincée sous la grille de fer et s’est faite taser en plus de s’être faite agresser à l’intérieur. Une autre camarade interviewé par France 3 région Occitanie l’a traînée sur le parvis de la fac pour la mettre en sécurité. En tout, 3 personnes sont parties aux urgences et de nombreuses autres personnes ont été frappées.

Cet événement n’est pas un acte isolé d’un groupuscule violent. Nous ne nous sommes pas fait agresser dans la rue par des fascistes après une manif. Ils étaient dans l’enceinte de l’université et sont rentrés par des portes qui n’ont pu être ouvertes qu’avec l’accord du Doyen. La responsabilité de Philippe Pétel est évidente pour toutes les personnes présentes cette nuit là : un de nos camarades s’était fait passer pour un étudiant en droit et restait donc avec l’équipe du Doyen. Ce camarade l’a entendu prévenir ses étudiants de l’arrivée imminente du groupe agresseur et leur a même demandé de nous compter, d’où le fait qu’ils soient venus dans l’amphi quelques minutes avant l’attaque. De plus, après que tout le monde soit sorti, le doyen et son équipe ainsi que les hommes en cagoule ont fermé la fac au rideau de fer et se sont barricadés à l’intérieur le temps que la police arrive. Cette action aura mis en lumière une fois de plus dans quel camp se situe la police. Les forces de l’ordre sont arrivées au moment où l’on évacuait les blessés et n’ont dans un premier temps rien fait. Puis, lorsque nous avons décidé de contourner la fac pour empêcher nos agresseurs de sortir par derrière, ils nous ont suivis et nous ont poussés à sortir dans la rue avant de sécuriser le périmètre autour pour que le groupe masqué puisse sortir sans représailles de notre part.

Ce qui s’est passé ce 22 mars est inadmissible, le doyen de la fac de Droit a fait appel à un groupe violent, n’hésitant pas à frapper jusqu’au sang des étudiants désarmés ou endormis. Cette injustice doit être entendue nationalement afin que le plus de monde soit au courant des méthodes que n’hésitent pas à employer certaines figures d’autorité pour réprimer les étudiants mobilisés, que ce soit par le biais de la police comme à Bordeaux, Caen ou Grenoble, ou avec le soutien de groupuscules fascistes quand cette dernière ne se déplace pas.

Cela ne nous arrêtera pas et ne nous dissuadera pas de lutter, bien au contraire.




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