Genres et Sexualités

Ces violences quotidiennes dont les femmes ne parlent pas

Témoignage. Accostée par 3 policiers alcoolisés : « Je me suis sentie vulnérable, presque en panique »

Publié le 22 juillet 2016

Après la publication de notre article sur le non-lieu prononcé à l’encontre des deux policiers de la BRI accusés de viol par une touriste canadienne en 2014, Nathalie a souhaité témoigner de cette scène où elle s’est retrouvée tétanisée face à 3 policiers alcoolisés, dont les propos sexistes et menaçants l’ont fait craindre pour sa sécurité. Alors qu’en 2015, une femme sur cinq est victime de violences physiques en Europe, et que dans la plupart des cas, justice et police sont complices de cette violence machiste, nous avons souhaité relayer ce témoignage qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la violence vécue au quotidien, dans le silence assourdissant des médias, par les femmes et minorités de genre.

Propos recueillis par Flora Carpentier

Il y a environ 25 ans... je revenais de chez une amie vers minuit, j’étais à vélo. Pas de chance, mon pneu était à plat. Le vélo à la main, je marchais sur le trottoir, dans le noir, pas très rassurée car à cette heure-là et à la campagne, il n’y avait personne sur ma route… sauf au loin une voiture qui arrive. Je vois les phares, la voiture roule lentement, petite angoisse. La voiture s’arrête à ma hauteur. C’est une voiture de police avec 3 individus en uniforme à l’intérieur. Ils m’accostent. Ils sont alcoolisés, tous. Le conducteur était dans le même état, ce qui pour moi était déjà très choquant. Ils engagent la conversation. Je suis effrayée par leurs propos... Ils me tutoient, les sous-entendus sont éloquents.

Ils m’ont demandé ce que je faisais encore dehors à cette heure et pourquoi je n’utilisais pas mon vélo. Ils m’ont demandé mon âge. Ils m’ont dit qu’une jeune fille « correcte » ne se promenait pas la nuit seule et qu’il pourrait y avoir de grands risques pour une personne si bien « roulée ». Ils voulaient savoir s’il y avait un Monsieur dans ma vie et ce qu’il faisait à me laisser seule en pleine nuit... J’ai senti le malaise, tous me questionnaient en même temps, les yeux révulsés par l’alcool. J’avoue que j’ai eu peur. J’ai senti au fond de moi que si je n’évoquais pas une personne qui serait là d’un instant à l’autre, les choses pourraient mal « tourner ». Je me suis sentie vraiment vulnérable, presque en panique. J’avais devant moi trois hommes, plus vraiment conscients de leurs faits et gestes... Alors j’ai menti. J’ai dit que mon mari arrivait en voiture à ma rencontre et là, fort heureusement, ils ont poursuivi leur chemin. Mais je me suis dépêchée pour rentrer car j’avais peur qu’ils fassent demi-tour. Si je n’avais pas eu la présence d’esprit d’inventer qu’on allait arriver pour me prendre en voiture, je ne sais pas ce qu’il se serait passé...

Cette histoire est assez ancienne mais elle m’a marqué longtemps. Grâce à cette « mauvaise » rencontre d’un soir, j’ai pu comprendre clairement à l’époque, que nous ne sommes jamais, au final, en sécurité. Je ne suis pas allée porter plainte... J’aurais pu. J’habite une petite ville et il n’aurait pas été difficile de savoir quels étaient les agents en patrouille cette nuit là.

C’est un tout petit témoignage mais j’avais envie de dire les choses. Je ne suis pas dans le jugement, je n’ai pas de colère, je souhaitais juste m’exprimer pour, quelque part, me « libérer » de cette émotion inavouée depuis tant d’années.