Jeunesse

Etudiants en colère

Témoignage. "C’est la douzième fois que je descends dans la rue contre la loi travail et son monde."

Publié le 2 mai 2016

Correspondant

C’est la douzième fois que je descends dans la rue contre la loi travail et son monde. J’ai 20 ans, je suis étudiant à la Sorbonne en histoire et science politique, et hier j’étais dans le service d’ordre du cortège inter-fac et inter-lycée dans lequel se trouvaient aussi des intermittents, des postiers, des cheminots…

La police a déployé dès le début un énorme dispositif : ils ont cherché à nous empêcher de prendre la tête du cortège et à laisser cette tête au carré de tête de l’intersyndicale, et avaient, déjà le 28 avril, stoppé à de nombreuses reprises la manif, jusqu’à ce qu’elle soit coupée en deux. En prenant la tête, un de nos objectifs était d’éviter cela. Au début, la manifestation était relativement calme et nous tentions de coller au secteur autonome et à l’équipe médicale qui s’était placée devant nous sans quitter le cortège syndical.

À un moment donné, à un croisement de boulevards, les gardes mobiles ont coupé arbitrairement le cortège en deux, en bousculant ceux qui étaient sur leur chemin, jusqu’à faire une ligne épaisse de six flics. Le but, clairement affiché, était de séparer le cortège en deux, de provoquer une fois de plus les manifestants, en somme de créer de la tension. Une partie du SO de tête est allé derrière, pour faire une ligne devant les flics. Nous voulions reformer le cortège.

À tous ceux qui nous disent que manifester avec un masque et une écharpe, c’est chercher la violence, je leur réponds ici que je ne sais pas où je serais aujourd’hui si je n’avais pas eu mes lunettes et un foulard sur la bouche. Alors que les deux cortèges poussaient contre les boucliers pour casser la ligne oppressive des forces de l’ordre, un gendarme m’a gazé à vingt centimètres, visant le visage. J’en avais tellement que je craignais de m’évanouir devant les flics ; j’ai réussi à rejoindre la medic team qui m’a soigné et je les en remercie.

La violence de l’État qui cherche par tous les moyens à éteindre le feu qui s’est allumé contre le monde capitaliste néolibéral qu’il promeut est inacceptable. Les forces de l’ordre agissent sans aucune morale, attaquant en priorité les journalistes qui révèlent ce a quoi sert réellement la police ainsi que les équipes médicales autogérées qui s’occupent de tous les gazés, matraqués et blessés. Attaquer quelqu’un qui porte une croix rouge sur le casque et les épaules est un acte digne de quelqu’un qui a perdu toute humanité.