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Notre classe

Solidarité interpro avec les routiers

Témoignage. Des cheminots en soutien au blocage du dépôt pétrolier de Coignières

Lors de l'Assemblée Générale de rentrée, les militants de la CGT Cheminots de Trappes ont pris la décision d'organiser une action de soutien aux routiers, en participant au blocage du dépôt pétrolier de Coignières, dans les Yvelines. Une belle démonstration qui va à l'encontre de l'idée que les médias nous racontent souvent, selon laquelle les cheminots ne se mobiliseraient que pour leurs propres revendications. Une belle démonstration pour avancer dans la nécessaire convergence à construire face au gouvernement. Aurélien, de la CGT Cheminots de Trappes, raconte à Révolution Permanente cette expérience.

Crédits photo : LP/Hendrik Delaire

Nous nous étions donné rendez-vous à 3h30, sur un parking à proximité du lieu de blocage décidé un peu plus d’une semaine en amont. Malgré une communication réduite au bouche à oreille afin que nos ennemis de classe ne soient pas au courant de l’action que nous allions mener, le succès était déjà au rendez-vous puisque nous étions une quarantaine de salariés de divers secteurs et d’étudiants, de différents syndicats (CGT, Solidaires, FO, UNEF ou encore CNT). Nous avons commencé le montage de la barricade dès notre arrivée.

La police est arrivée rapidement sur les lieux : une ronde d’un véhicule, suivi de près par un véhicule de la BAC. Pas assez pour nous inquiéter. Le gros des forces de défense du capital, environ une douzaine de fourgons, est arrivé dans la demi heure qui a suivi, ce qui laisse penser qu’ils étaient déjà en chemin avant notre arrivée, et qu’ils n’avaient pas l’intention de nous déloger mais bien de prendre place avant nous pour nous empêcher l’accès. Si notre communication avait failli, ils auraient su qu’ils auraient dû se lever un peu plus tôt pour nous bloquer. Mais l’information n’avait pas transpiré et ils devaient être surpris qu’on soit là avant eux. Le représentant de la DGRI nous a en tout cas confirmé qu’ils ne nous attendaient pas avant 5h.

Entre 4h30 et 5h, seul un journaliste de Line Press, agence qui revend ses reportages à d’autres médias, est présent : nous ayant vu sur twitter, il a sauté sur l’occasion. A ce moment, les miliciens du capital sont au moins 3 fois plus nombreux que nous, et à l’heure où j’écris ces lignes, je ne comprends toujours pas pourquoi ils nous ont laissé occuper le terrain pendant 6h.

Entre 7h30 et 8h, de nombreux étudiants ont dû partir en cours. Nous n’étions plus qu’une vingtaine postés devant la barricade. Entre temps tous les barrages de l’Ile de France ont soit été mis en échec sans avoir pu être montés, soit été démantelés. De ce fait, tous les journalistes qui cherchaient à se mettre la moindre parcelle d’information sous la dent ont convergé vers Coignières. Au moment de la levée du blocage, à partir de 9h30, ils étaient 8 médias à se disputer les interviews de chauffeurs routiers bloqués, de patron en colère, etc.

Une fois l’appétit des médias rassasié, les employés de la mairie de Coignières, venus à l’appel de la polizei, ont pu déblayer la barricade, sous l’œil de la maréchaussée qui n’a pas eu à intervenir, malgré l’énervement d’un patron qui, très certainement pas habitué à bosser lui-même, a voulu faire le malin devant les caméras en déblayant à droite et à gauche la barricade, mais retardant les employés de la mairie du fait de son incompétence. La vidéo tournée par BFM Paris est visible sur les réseaux sociaux, mais évidemment avec une légende qui laisserait croire que ce mec est un véritable héros. Juste 3 lettres : L.O.L.

Ce blocage est évidemment une magnifique expérience, une grande fierté sur plusieurs points. Tout d’abord, c’était une action de solidarité. Je peux l’affirmer : il y avait plusieurs secteurs représentés. Les personnes présentes, quelles que soient leurs professions et leurs appartenances syndicales, étaient venues pour soutenir l’action de grève des routiers. D’ailleurs, la grève devait être plutôt bien suivie malgré ce qu’affirment le gouvernement et le patronat par l’intermédiaire de leurs chiens médiatiques, puisque pour avoir participé au blocage de ce même dépôt pétrolier l’année dernière, sur une levée du blocage à peu près à la même heure, il y avait cette fois ci un nombre infiniment moindre de camions bloqués par notre action.

Ensuite, nous avons reçu un accueil mitigé : très bien reçu par les salariés, qui dans l’ensemble ont manifesté leur soutien, même si nous aurions préféré qu’ils le manifestent en se joignant à nous, et très mal reçu par les patrons dont 2 étaient très énervés, insultants et provocateurs, qui ont passé leur temps avec la commissaire de police qui commandait les miliciens, essayant sans aucun doute de les pousser à dégager tous ces fainéants, ces extrémistes, ces « riens » qui empêchent leurs ouvriers d’aller leur remplir leurs poches (au patron, bien sûr).

Nul doute que ces deux-là, non contents d’espérer qu’on se barre vite, sont à fond derrière Jupiter, pour pouvoir exploiter plus leur salariat et s’en débarrasser plus facilement au besoin. Et mécontenter ce genre d’ordure, évidemment que ça met du baume au cœur, ça donne envie de revenir rapidement. Enfin, quitte à se lever à 2h le matin, autant que ça soit pour combattre ces mauvaises ordonnances qui sont une attaque sans précédent contre la classe ouvrière depuis la fin de la seconde guerre mondiale plutôt que pour aller remplir les poches du capital.




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