Société

Mobilisation contre la loi Travail

Témoignage. "Merci à toi qui a attrapé ma main et m’a sauvée pendant la manif du 14 juin"

Publié le 17 juin 2016

Alors que la répression a été très forte ce 14 juin, nous relayons ci-dessous un témoignage d’une manifestante remerciant la solidarité.

SOURCE

TEMOIGNAGE — MANIFESTATION DU 14 JUIN 2016. Je voudrais remercier une jeune femme dont je ne connais pas le nom et dont je ne me rappelle plus le visage, et qui s’est évaporée dans l’angoisse, les gaz et la foule. Merci à toi.

Aujourd’hui encore, j’étais à la manifestation contre la Loi Travail. Beaucoup de pancartes et de slogans indignés. Beaucoup de gens très variés, jeunes, vieilles et vieux, syndicalistes, étudiant.e.s, lycéen.ne.s, etc. Beaucoup de casse aussi… des vitrines entièrement démontées et saccagées… Beaucoup de choses que l’on ne s’attendrait pas forcément, naïvement peut-être, à voir à Paris… des bandages, des gens en train de vomir… des CRS qui provoquent, chargent dans le tas et matraquent au hasard… des manifestants qui insultent, provoquent et chargent les CRS. Un camion qui arrose la foule au kärcher pour la disperser.

En milieu de cortège peut-être, je me suis retrouvée coincée contre un mur par un mouvement de foule. Des gens lançaient des pavés sur la place. Ça paniquait. Ça sifflait. Ça criait.

Ça bourdonne dans mes oreilles. Je regarde au loin sur la place. Je tente de voir où sont les casseurs, où sont les CRS. Que se passe t-il ? Par où faut-il se réfugier ?

Soudain, mon visage et mes yeux me brûlent. Je vois l’homme à ma gauche trébucher, manquer de s’écrouler. Au sol, entre mes jambes, une lacrymogène. Je tends une main, perdue, vers une jeune femme à ma droite. Je ne vois plus rien. Mes yeux ne répondent plus. Je tremble. Je sens le mur, derrière moi, chanceler. Je n’arrive plus à respirer.

Merci à toi, qui a attrapé ma main et m’a emmenée à l’écart. Qui m’a fait m’asseoir. Qui a nettoyé mon visage et mes yeux. Qui est restée à mes côtés quand j’ai vomi. Et qui n’a pas cessé de me tenir la main et de me rassurer. Merci.

Et à travers toi, merci à tous les gens qui, aujourd’hui encore, rappellent le sens d’un combat solidaire pour un monde plus humain, moins égoïste, moins individualiste. Les équipes médicales qui tournent et soignent les blessés. Les gens qui distribuent du sérum pour les yeux. Celles et ceux qui donnent de l’eau. Qui rassurent, d’un mot, ou d’un simple sourire.

Merci à tou.te.s celles et ceux qui, au milieu de ces violences, n’oublient pas de rester humain.e.s.