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Témoignage d’un GJ stéphanois : "Je me suis retrouvé plaqué au sol la tête en sang"

Nous avons publié le 9 janvier le récit d'un manifestant stéphanois racontant l'Acte VIII à St Etienne et l'arrestation d'un autre manifestant la tête ensanglantée. Nous avons retrouvé Najah qui nous livre ici les événements qui ont suivi son interpellation.

"On était environ 1500 manifestants, on se retrouve comme d’habitude du peuple à 14 heures. Je suis arrivé avec mon frère. On est parti en direction de la rue de la République, puis place Forneyrond, pour finalement revenir Place du peuple. L’ambiance était bon enfant à ce moment-là. On a enchainé sur la place Jean Jaurès là où se trouve la préfecture. Devant le batiment, il y avait 3 ou 4 véhicules de gendarmes mobiles. Pendant une heure, on est resté devant la pref’, y avait de la musique, plein monde était là à danser. Entre la ligne de gendarmes mobiles et les danseurs, une chaine de gilets jaunes s’est formée pour les protéger.

Je me suis retrouvé avec un petit vieux qui devait faire ses courses. Il s’est fait tirer dessus

On est remonté place de l’Hotel de ville pour rejoindre des gilets jaunes qui se trouvaient là bas. Une fois arrivé devant la mairie, on a commencé à entendre des tirs de grenade et de flash-ball provenant de la préfecture qu’on venait de quitter. Les manifestants qui étaient à la pref’ se sont fait courser par les flics et on s’est retrouvé tous ensemble devant la mairie. Avec un copain, place Dorian, je me suis retrouvé avec un petit vieux qui devait faire ses courses. Il s’est fait tirer dessus. Avec un petit groupe, on l’a sorti des lacrymos en le protegeant avec nos sacs à dos et en le faisant rentrer dans un magasin.

Les CRS sont arrivés dans notre dos et ont commencé à nous matraquer

Place du Peuple, le sapin de Noël de la ville n’a pas fait long feu. Les CRS ont commencé à nous gazer de nouveau. On s’est rabattus dans la Grande rue. Les CRS sont arrivés dans notre dos et ont commencé à nous matraquer. J’ai pris un coup de matraque sur la tête. Je me suis retrouvé plaqué au sol la tête en sang. Au même moment, mon frère s’est fait coincer contre une vitrine, puis mettre à terre par les flics. Il a pris un coup de genou dans les dents avant de se faire menotter et de se faire embarquer avec moi dans leur fourgon.

J’ai halluciné de voir que les flics pouvaient tranquillement changer de version du jour au lendemain

Dans le fourgon, il y avait 6 petites cellules. La police était là pour faire du chiffre. On arrive au commissariat et on va en sortir après 24 heures de garde à vue et une liste d’accusations longue comme le bras. Le soir même, sept policiers ont fait chacun une déposition – elles étaient toutes identiques, ils avaient tous entendu et vu exactement la même chose.. J’étais accusé de violence sur agent, j’avais poussé l’un d’eux par derrière... Le lendemain, la déposition des représentants de la République c’était réduite à outrage et rébellion. J’ai halluciné de voir qu’ils pouvaient tranquillement changer de version du jour au lendemain. Je n’ai toujours pas compris pourquoi ils ont décidé de revenir sur leurs déclarations.

Entre temps, sur les coups de 23 heures, un médecin est venu me recoudre le crane.
On passe en procès le 12 juin au Tribunal de Grande Instance de St Étienne"




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