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Politique

Violences policières sur les Champs Elysées

Témoignages. Un Gilet Jaune perd sa main dans l’explosion d’une grenade de la police

Dans les affrontements sur les Champs Elysées ce samedi, la police a utilisé tous les moyens pour réprimer le rassemblement des Gilets Jaunes. Selon nos informations, un manifestant aurait perdu sa main, suite à l’explosion d’une grenade de désencerclement.

Photo : Serge d’Ignazio

Rassemblement des Gilets Jaunes sur les Champs Elysées, samedi soir. Marvin, 29 ans, un intérimaire de la manutention au chômage est venu avec ses amis manifester contre Macron, et filme un blessé, à terre, la main explosée par ce qui semble être une grenade de désencerclement. Nous l’avons contacté pour témoigner : « ça été très vite : on était en train de se faire charger par la police, et on a vu un explosif tomber. Un mec a eu la main explosée. Cela a fait un bruit énorme autour de lui. Le sang a giclé, je pense qu’il y avait du plomb dans le grenade, c’était très violent. Au début il était debout, je me demande comment, et il tenait sa propre main en disant « j’ai plus de main ! j’ai plus de main ». On a commencé à le faire s’asseoir et appeler les secours C’est là que j’ai commencé à filmer  ».

Attention images choquantes

Il est alors 18h50 : toute la journée, les CRS et les Gardes Mobiles ont empêché les Gilets Jaunes de manifester, utilisant tous les moyens à leurs dispositions : lacrymogènes, canons à eau, grenades de désencerclement… Un autre témoin de la scène, Jeremy, présent depuis le début de la matinée, raconte : « on est là devant les mains en l’air, ils ont commencé à gazer et frapper les gens, il y a eu des blessés. On a vu un jeune de 15-16 ans la pommette explosée, on a lui a mis un pansement. »

Visiblement, au cours de la journée, cette répression s’est faite de plus en plus intense, jusqu’à ce qu’un jeune homme, que nous n’avons pas retrouvé, perde sa main, arrachée par une grenade. Jérémy, 27 ans, plombier chauffagiste au chômage, nous a décrit les conditions du drame, dans des termes identiques à ceux de Marvin : « on relançait les lacrymogènes parce qu’au bout d’un moment les yeux ne suivent plus : il y a des gens qui ont commencé à faire des convulsions parce qu’ils n’ont pas supporté. Je pense qu’une grenade anti-émeute lui a éclaté dans la main […] Ses doigts sont restés au sol, il y a plus de la moitié de la main qui est restée par terre ».

L’État semble cependant vouloir étouffer l’affaire : Marvin, auteur de la vidéo, venu sur les Champs «  pour manifester pacifiquement, tout simplement  », nous a expliqué avoir dû charger trois fois la vidéo sur Facebook, supprimée régulièrement par le réseau social. Contacté par Libération, les Pompiers de Paris confirment cependant : « deux victimes ont été prises en charge pour des blessures graves au niveau des mains entre 18 et 20 heures en bas des Champs-Elysées vers l’avenue Franklin-Roosevelt », tandis que la Préfecture, contactée par le même journal, parle d’une seule victime de sexe féminin, «  grièvement blessée à la main ».

On sait que ce genre de grenade peut mutiler gravement, voir tuer des gens : en mai dernier, un homme voyait sa main arrachée par une grenade à Notre Dame des Landes, tandis qu’en août 2017, c’est un militant qui perdait un pied à Bure dans une manifestation contre l’enfouissement des déchets nucléaires.

Si nous n’avons pas pu retrouver trace de ce blessé, les scènes de violences de la part des forces de l’ordre lors de la manifestation de samedi sont avérées et apparaissent aujourd’hui comme de plus en plus illégitimes par la population : « tout le monde était choqué ! nous confie Jérémy, il y a des retraités qui nous disaient “on a l’impression d’être en guerre, et qu’on maltraite un peuple qui demande juste à être entendu“ ».




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