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Politique

Ni peste ni choléra

Tirs croisés du meeting de Le Pen à celui de Macron

Ce lundi 1er mai, les deux candidats à la présidentielle étaient en meeting. Conscients du fort mécontentement suscité par leur présence respective au second tour, ils ont essayé tous deux de se positionner en rempart contre l’autre, chacun à leur manière, afin d’élargir leur électorat.

Le 1er mai, s’il s’agit du jour où les travailleurs sortent dans les rues du monde entier, afin d’affirmer un rapport de force, c’est également un rendez-vous incontournable pour le Front national. Et alors que Marine Le Pen est au second tour des présidentielles, il a pris une importance particulière cette année pour le parti d’extrême-droite. Tandis que le père déposait des fleurs au pied de la statue de Jeanne d’Arc dans le 1er arrondissement, la fille tenait son premier meeting commun avec Nicolas Dupont-Aignan à Villepinte, à midi.

Peu après, en fin d’après-midi, c’était au tour d’Emmanuel Macron, qui tenait à La Villette son dernier gros meeting de campagne avant le second tour. Un point commun entre ces meetings : l’énergie que chacun à mis dans ses attaques envers l’autre. Le premier en cherchant à s’ériger en rempart contre l’extrême-droite, la deuxième tentant de se positionner comme réponse à l’ultra-libéralisme. Un jeu de pompiers-pyromanes où pour gagner des voix, ils souhaitent s’afficher comme l’antithèse de l’autre, alors même que la politique de l’un fait le lit de l’autre.

Le FN n’est pas un rempart au monde de la finance

Afin de mettre en avant ses récents soutiens, le meeting de Marine Le Pen a été introduit par Nicolas Dupont-Aignan, ayant rallié la candidate frontiste après la signature d’un accord de gouvernement. Ce dernier a déclaré que sa décision était le reflet du choix de la France, face à la finance, incarnée par Macron. Mais cette formule choc, qui veut faire croire que le FN est le parti du « peuple », masque une réalité toute autre. Car pour ne prendre que cet exemple, les euro-députés frontistes font bien partie de ceux qui ont approuvé la loi européenne sur le secret d’affaires, qui protège les dirigeants des grandes multinationales.

La suite du meeting et l’allocution de Marine Le Pen ont été majoritairement constitués d’attaques directes envers son adversaire. Elle a notamment parodié le discours de François Hollande, peu avant son élection, où il déclarait que son « véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance ». Et de conclure son imitation par ces mots : « Aujourd’hui, l’adversaire du peuple français, c’est toujours le monde de la finance… Mais cette fois il a un nom, il a un visage, il a un parti, et il présente sa candidature, et tous rêvent de le voir élu. Il s’appelle Emmanuel Macron. »

Elle a tenté de s’opposer diamétralement au candidat d’En Marche en le surnommant « le fêtard de la Rotonde », tentant d’occulter qu’elle-même est une riche héritière, bien loin de ceux qu’elle cherche à représenter.

Mais l’actuel président n’a pas été le seul occupant de l’Élisée à inspirer la candidate d’extrême-droite qui, par ces références directes, cherche à affirmer un profil « présidentiable ». Ainsi, en se présentant comme la représentante de « la France qui se lève tôt », en allusion au slogan de Nicolas Sarkozy de 2007, elle a cherché à ratisser les voix de la droite traditionnelle. Enfin, elle a poursuivi son opération séduction auprès des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, en évitant le sujet de la sortie de l’euro et en affirmant vouloir « protéger les Français ».

Le nombre de personnes ayant assisté au meeting du Front national à Villepinte a été sujet à débat. Si le parti annonçait 25000 personnes, nombre de journalistes présents, à grands renforts d’images, ont affirmé que la salle était loin d’être remplie, avec une estimation du public à 6000 personnes, 10000 tout au plus. Autre polémique à l’issu de cette échéance : le traitement des journalistes, confinés à un espace réduit et menacés de perdre leur accréditation s’ils en sortaient. Les cibles principales, comme à l’accoutumée, étaient Médiapart et le Quotidien de Yann Barthès, interdits d’accès au meeting.

Macron, meilleur ennemi du Front national ?

À La Villette en fin d’après-midi, même musique. Devant environ 10000 personnes, Emmanuel Macron a accentué ses attaques envers la candidate du Front national, afin de s’ériger en seul rempart face à l’extrême-droite. « Aujourd’hui, le combat est bien celui entre les deux projets choisis par les Français, strictement opposés. Celui d’une France patriotique, exigeante réformatrice […] et de l’autre, celui d’une France réactionnaire, nationaliste, qui joue des colères du peuple. Le FN, c’est le parti de l’anti-France. »

En réponse à toutes celles et ceux qui refusent de choisir entre la peste et le choléra, entre le souverainisme nauséabond du FN et l’ultra-libéralisme destructeur de Macron, ce dernier a adressé un message. Tentant de capitaliser la grogne qui s’est exprimée dans les manifestations de ce 1er mai, il a déclaré qu’il avait du « respect » pour ceux qui s’apprêtaient à voter pour lui afin de faire barrage au FN, mais qui n’hésiteraient pas à combattre son projet s’il est élu. Un comble lorsqu’on sait qu’il s’apprête à faire passer par ordonnances une « loi Travail puissance 10 » dès le début de son mandat, mais aussi que son programme prévoit un renforcement conséquent des effectifs de police et des moyens répressifs, qui serviront à mieux museler les contestataires.

« Ce midi, Marine Le Pen a pris la parole pour me salir, pour éviter d’aborder le fond de son programme, pour éviter de montrer ses incohérences », a déclaré le candidat d’En Marche. Mais par là-même, il a joué exactement le même jeu que son adversaire.

Ce qui s’est joué aujourd’hui dans ces meetings, c’est l’affligeant spectacle de deux représentants d’une même élite, les deux faces d’une même pièce, se menant un combat de coq. Mais la présence en nombre de la jeunesse et de travailleurs dans la rue, au même moment, nous rappelle que ce n’est pas dans les urnes que ça jouera mais bien dans la rue !




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