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Jeunesse

Retrait du plan étudiant !

Tolbiac : Plusieurs victoires qui renforcent l’occupation par les étudiants mobilisés

Un jour après l’attaque de l’occupation par les militants d’extrême droite, on apprenait samedi à minuit que la justice rejetait le recours juridique porté par l’UNI pour mettre fin à l’occupation. Deux victoires de plus pour la Commune Libre de Tolbiac qui viennent renforcer la légitimité des étudiants mobilisés.

Le 26 mars, la mobilisation à Tolbiac prenait une ampleur nouvelle avec l’organisation d’une occupation de la fac. En radicalisant leur mode d’action, les étudiants n’entendaient rien de moins que faire de Tolbiac « le centre de la mobilisation contre la sélection » à Paris. Une ambition largement dépassée depuis, puisque Tolbiac, où se croisent cheminots, postiers, étudiants, professeurs et intellectuels, est devenu l’un des centres de la convergence contre l’ensemble des attaques du gouvernement.

Si une telle radicalisation de la contestation s’est exprimée dans l’ensemble du pays, avec de nombreuses autres occupations, Tolbiac a été particulièrement sous les feux des projecteurs cette semaine. Trois victoires ont en effet émaillé les trois derniers jours, témoignant d’une évolution claire de la mobilisation en faveur des étudiants occupant la fac.

Une victoire face aux média

Depuis le début de l’occupation, la question des journalistes a constitué un point de débat majeur à Tolbiac. Confrontés dès le premier jour à une attaque importante de la part de Quotidien, qui avait amalgamé la mobilisation et des dégradations antisémites commises dans un local de l’UEJF, les étudiants ont rapidement réagi en mettant en place un contrôle sur les média.

Les caméras sont désormais interdites dans l’enceinte de la Commune Libre de Tolbiac, les journalistes papier accueillis sur des créneaux horaires spécifiques. Les occupants s’assurent ainsi le contrôle des images de l’occupation de Tolbiac, filmées avec l’auto-média développé par les occupants. Première victoire, l’auto-conférence de presse publiée jeudi est devenue rapidement virale, avec plus de 400 000 vues sur les réseaux sociaux et de nombreuses reprises dans les médias nationaux.

Si elle a pu être tournée en dérision par tous ceux qui sont incapables d’y voir un pied de nez aux média, les occupants ont ainsi démontré qu’ils pouvaient garder le contrôle de leurs images tout en se rendant incontournables. Aujourd’hui, le rapport de force établi avec les journalistes constitue une première expression de la progression de la mobilisation étudiante, dont plus aucun journaliste ne peut contester l’ampleur qu’elle a prise ces deux dernières semaines. En outre, le débat dans tous les média sur la question des partiels témoigne, lui aussi, de la prégnance qu’a pris la lutte contre le Plan Vidal dans les préoccupations du pays.

Une polarisation croissante du mouvement étudiant marquée par des initiatives de l’extrême-droite

Evidemment, si le mouvement étudiant est devenu incontournable, il ne fait toujours pas l’unanimité. En particulier, le gouvernement et l’administration semblent bien décidés à neutraliser la jeunesse mobilisée. Ainsi, toute la semaine, c’est une valse de propos diffamants qui ont été tenus à propos de Tolbiac.

Edouard Philippe, jamais avare de clichés, affirmait ainsi vendredi que le mouvement n’était que le fruit d’« une petite minorité agissante, souvent manipulée par l’extrême gauche ». Le premier ministre suivait ainsi la FAGE, association opposée au blocage et constamment mise en minorité dans les assemblées générales de Tolbiac depuis le début du mouvement. Au Parisien, il affirmait sa détermination à ne pas céder face à une minorité qualifiée de « très violente ».

Un discours repris par Frédérique Vidal, la ministre de l’Education, qui semble elle aussi avoir oublié d’où venait la violence qui, depuis le 22 mars, émaille le mouvement. Dans un entretien à Ouest France, la ministre appelait à « protéger les personnels qui travaillent, les étudiants qui sont toujours en train d’étudier, c’est-à-dire l’immense majorité » alors même qu’entre Montpellier, Strasbourg, Lille ou Nantes les attaques fascistes se multiplient contre la mobilisation.

C’est dans ce climat qui cherche à discréditer les occupants qu’un groupe d’une quinzaine d’individus d’extrême-droite casqués ont tenté d’intimider les occupants de Tolbiac par une attaque à coup de fumigènes, barres de fer et pavés. Face aux plus de deux cents étudiants présents à Tolbiac ce soir là, l’attaque n’a pas fait long feu, et les militants d’extrême droite ont dû rapidement fuir, non sans perdre au passage un casque et leur banderole "Fac Libre #StopBlocus". Six d’entre eux ont été arrêtés par la police et mis en examen. Comme le notaient les occupants dans leur dernière auto-conférence de presse, cette attaque "n’est que l’un des multiples visage de l’opposition au mouvement étudiant contre la sélection".

Toutefois, malgré un gouvernement et une administration qui cherchent à discréditer l’occupation et créer des incidents pour justifier les expulsions, le rapport de forces instauré par une mobilisation étudiante massive a fait que la police s’est bien gardée d’intervenir pour déloger les étudiants occupant la fac. Et ce au grand dam de l’UNI qui a déposé un recours en justice pour demander l’expulsions des étudiants.

Une victoire judiciaire face à l’UNI

En effet, le week-end n’était pas terminé et samedi à minuit, 24 heures après l’attaque de l’extrême-droite, on apprenait par l’AFP que le référé déposé par l’UNI pour demander l’expulsion de Tolbiac avait été rejeté.

Le syndicat de droite, connu pour être l’inspirateur de la loi Devaquet défaite en 1986, dénonçait pêle-mêle dans ce référé l’occupation par des « personnes étrangères à la communauté étudiante », des « violences sporadiques » à proximité de Tolbiac ou encore des « inscriptions antisémites ». Au nom du « droit à l’éducation », de la « liberté d’aller et venir » et de la « liberté personnelle » des étudiants non-grévistes, l’UNI demandait ainsi une expulsion policière immédiate du centre.

Une demande qui n’a semble-t-il pas convaincu la justice. Celle-ci a argué du fait que l’occupation ne constituait pas une « situation d’urgence », et qu’une intervention policière pour débloquer la fac n’était donc pas légitime. L’UNI a annoncé qu’elle déposerait un nouveau référé lundi.

Cette victoire judiciaire ne fait qu’accroître la légitimité de la mobilisation et rend dès lors d’autant plus compliquée une intervention future des forces de police pour déloger les étudiants occupant Tolbiac.

Vers une nouvelle semaine de mobilisation

Tolbiac organisera ce matin une nouvelle assemblée générale. Après le vote de l’occupation illimitée la semaine dernière, cette assemblée devra permettre aux étudiants de réfléchir collectivement aux moyens d’action à adopter pour poursuivre le mouvement. Si l’occupation de Tolbiac semble maintenant bien enracinée, l’occupation des autres centres de l’université Paris 1 constitue un enjeu majeur pour permettre à tous les étudiants de se mobiliser contre la sélection. Dans un contexte où le gouvernement est mis à la défensive par les réponses massives à ses attaques de la part des étudiants comme des cheminots, ces multiples victoires remportées par Tolbiac font que la suite des évènements s’avère prometteuse.




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