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Genres et Sexualités

Poutine complice !

Torture, exil, meurtre. Le régime tchétchène intensifie la traque des homosexuels

Une enquête parue dans le journal indépendant Novaïa Gazeta le 1er avril avait alerté sur la persécution que subissent les personnes homosexuelles en Tchétchénie. Depuis lors, et malgré la solidarité internationale qui s’est exprimée, le régime tchétchène n’en fait qu’à sa tête…

L’homophobie tue, et ! le scandale qui a explosé autour des cas de persécution des personnes homosexuelles en Tchétchénie en est une preuve flagrante. Dans cette petite « république » du Caucase, sous la coupe du Kremlin et du réactionnaire Vladimir Poutine, dirigée d’une main de fer par Ramzan Kadyrov, le porte-parole de ce dernier, face à l’exposition médiatique et la vague de solidarité qui s’était exprimée envers les personnes homosexuelles persécutées sous ses ordres, avait déclaré : « Vous ne pouvez pas arrêter des gens qui n’existent pas dans la République  ». Niant par là même jusqu’à l’existence des homosexuels, leur refusant ainsi le droit d’exister, cette déclaration donne un aperçu du personnage.

La persécution des personnes homosexuelles

S’appuyant sur l’ultra-conservatisme de la société tchétchène, jouant sur la peur, le régime a emprisonné de nombreuses personnes homosexuelles ou accusées de l’être. Par le biais de saisis de téléphones portables, en traçant les appels, les envois de photos et de messages sur les réseaux sociaux, les autorités tchétchènes ont organisé des rafles massives. Les familles avaient alors le choix : payer une rançon ou tuer elle-même la victime, ce qui est alors considéré comme un « crime d’honneur » permettant d’éviter que la honte s’abatte sur la famille. Dans les geôles du régime, les prisonniers sont également torturés, électrocutés, pour les inciter à dénoncer d’autres personnes.

Et la répression que subissent les personnes homosexuelles en Tchétchénie est bien antérieure à la parution de l’enquête dans Novaïa Gazeta. Un ancien membre des forces répressives tchétchènes raconte aux journalistes de Courrier International :« L’hiver dernier déjà les gens disaient que près de vingt personnes supposées homosexuelles avaient été tuées. On parlait même d’un imam d’une mosquée de Grozny. Il avait été enfermé avec d’autres pendant plusieurs semaines. Ensuite, ils l’ont tué ou ils ont ordonné à sa famille de le tuer. Quoi qu’il en soit, personne ne l’a jamais revu  ».

Un autre habitant de Grozny explique qu’il y a plus d’un an déjà, des rumeurs avaient couru autour de la disparition d’un « groupe de gays ». Ils auraient été enterrés dans une fosse commune de la ville… et l’affaire a été étouffée.

Ce genre de choses, tout comme les assassinats de femmes pour mauvaise conduite, personne n’en parle, parce que c’est une honte pour la famille et pour l’ensemble du clan.

Ainsi, ces persécutions et cette politique ignoble poussent de nombreuses personnes à fuir la Tchétchénie, et une majorité d’entre elles se voient obligées de vivre anonymement à Moscou, dans la crainte d’être traquées par leur propre famille. La Ligue LGBT de Moscou a déclaré recevoir « trois ou quatre demandes d’aide par jour  » de Tchétchènes en fuite. Certains ont d’ailleurs témoigné anonymement auprès de journalistes. Ainsi, l’un d’entre eux a confié au Monde : « Soit la famille te tue elle-même pour laver la honte, soit elle te renie. Ta famille, tes amis ne savent pas que tu es gay. C’est une double vie, car tu ne peux pas être celui que tu veux. ». Un autre témoigne de ses conditions de détention, qui a duré une semaine : «  Ils m’ont d’abord cassé les côtes, puis ils ont placé des pinces métalliques sur le lobe de mes oreilles pour m’électrocuter. On ne nous donnait pas à manger non plus. La seule chose qu’on nous permettait, c’était de prier et, quand on priait, alors on avait de l’eau.  ».

Ramzan Kadyrov renforcé par sa politique réactionnaire et homophobe

Le dirigeant tyrannique de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, continue à n’en faire qu’à sa tête et à se soustraire aux lois – pourtant déjà bien peu favorables aux droits des homosexuels – du gouvernement russe.

1. La publication de la ‘Novaïa Gazeta’ est un mensonge absolu et une calomnie qui bafoue l’honneur et la dignité des musulmans, habitants de la Tchétchénie et citoyens de la Fédération de Russie ;
2. Étant donné l’offense faite aux us séculaires de la société tchétchène et à l’honneur des hommes de Tchétchénie ainsi qu’à notre foi, nous faisons la promesse de châtier les véritables fauteurs de trouble, quelle que soit leur identité ou le lieu où ils se trouvent, et sans délai de prescription.

Cette résolution adoptée par l’assemblée extraordinaire de la Grande Mosquée de Grozny, sous les yeux de 15 000 personnes, n’est qu’une démonstration de plus que le régime tchétchène est impitoyable. Ces menaces explicites font craindre des conditions de vie encore plus terribles pour les personnes homosexuelles et toutes celles qui sont accusées de l’être. Mais c’est aussi un avertissement quant au danger qu’encourent les journalistes du journal d’opposition russe Novaïa Gazeta, à l’origine des révélations sur tous ces cas de répression.

Face à cela, le gouvernement Poutine – maintes fois dénoncé comme homophobe notoire – ne bouge pas d’un pouce. Il a annoncé faire ouvrir une enquête par le parquet officiel, mais les enquêteurs affirment n’avoir reçu « aucune plainte officielle  » de la part de victimes. Quand bien même ce serait vrai, il est évident que la plupart de ces personnes persécutées, ayant traversé l’enfer, se taisent par peur des représailles des autorités locales, y compris sur leurs familles pour les exilés.

L’homophobie, cette haine de l’autre, montre aujourd’hui son visage le plus meurtrier et dévastateur en Tchétchénie. Mais les oppressions que subissent les personnes LGBTI ont lieu partout dans le monde et prennent des formes diverses. Elles découlent directement du système hétéro-normé et patriarcal dans lequel nous vivons et ses manifestations sont toujours aussi nombreuses, comme l’a encore montré récemment l’agression transphobe d’Emilie à Paris.

Nous nous devons évidemment d’exprimer notre entière solidarité avec les victimes de ce système qui engendre et attise la haine de l’autre, et d’unir nos luttes pour vaincre, par-delà les frontières !

Photo : MIKHAIL KLIMENTYEV / Sputnik / AFP




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