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Société

Tous les soirs

Toulouse. 130 enfants dorment dehors : le seuil de température pour l’ouverture des gymnases passe… à -5 degrés

Chaque soir à Toulouse, c'est 85 familles, soit environ 130 enfants qui voient leurs demandes d'hébergement refusées et sont contraints de passer la nuit dans la rue. Certains trouvent refuge dans des halls d'immeubles ou dorment dans leur voiture mais il n'est malheureusement pas rare de voir des familles avec des nourrissons passer des nuits sans abri sous le vent et la pluie.

Depuis plusieurs mois, le nombre de familles et de mineurs à la rue à Toulouse a considérablement accru. Les facteurs de cette augmentation inédite sont multiples : les expulsions soudaines de plusieurs personnes réfugiées dans des immeubles désaffectés (sans aucun dispositif de logement derrière, bien entendu, les occupants étant purement et simplement jetés à la rue), la saturation des centres d’accueil ou encore le refus de la part de la préfecture de Haute Garonne de financer les hébergements en hôtel. Pour ce qui est la saturation des centres, le gouvernement propose des "solutions" qui, en plus d’être ridiculement dérisoires, sont de la plus grande inefficacité. Les services de l’état ont annoncé l’ouverture de non pas une, non pas deux, mais le nombre astronomique d’une dizaine de place en centre d’hébergement sur Toulouse. Une goutte d’eau dans la mer quand on sait que c’est chaque soir plus de 300 personnes qui dorment dehors. Et c’est sans compter les quelques 1000 autres personnes qui vivent dans des conditions extrêmement précaires dans les squats et bidonvilles.

Mercredi dernier, le collectif Inter Associations Toulouse organisait un rassemblement pour dénoncer la non-assistance à plusieurs familles sans logements ainsi que l’absence de dispositifs concrets d’hébergement pour l’hiver. L’association du droit au logement 31 a profité de cette journée pour investir le gymnase du lycée Sain Sernin jusqu’à ce que les sept familles sans toit présentes ce jour-là soient accueillies quelque part. À la fin de la journée, ils avaient réussi à loger six familles sur les sept et la dernière a normalement trouvé un toit le lendemain. Une victoire, qui montre que la mobilisation paye et que c’est seulement à cette condition qu’on pourra imposer de réels changements, mais une victoire modérée puisque il reste tous les jours 77 autres familles sans abri devant être logées dans des conditions décentes et dignes. Cependant, l’initiative d’occuper les gymnases pourraient être une solution efficace au besoin immédiat de loger toutes les personnes qui passent leurs nuits dans le froid.

Mais il n’en sont pas à une nouvelle provocation près : le seuil de température déclenchant l’ouverture des gymnases est en effet passé de 0°C à -5°C — car bien évidemment comme chacun le sait, la nature faisant bien les choses, la résistance humaine au froid évolue en fonction des politiques d’austerités du gouvernement. Se mobiliser pour exiger un logement décent immédiat est une nécessité. À défaut, réquisitionner les gymnases que le gouvernement ne juge pas nécessaire d’ouvrir permettrait donc de loger provisoirement un grand nombre de personne dans l’urgence, comme un moyen de pression pour obtenir un logement définitif. Mais il faudrait cependant les occuper de manière durable plutôt que s’en servir comme "otage" de revendications, même si cela semble fonctionner.




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