Société

Le procès des militants BDS repoussé au 22 septembre

Toulouse. Forte mobilisation en soutien à Bernard, Jean-Pierre, Loïc et Yamann, militants BDS

Publié le 30 juin 2016

Boris Lefebvre

Jeudi 30 juin à partir de 13h, s’est tenu le rassemblement au Palais de justice en soutien aux quatre Toulousains - Bernard, Jean-Pierre, Loïc et Yamann - accusés, dans le cadre de la campagne BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanction), d’entrave au commerce et de discrimination envers l’État raciste d’Israël. Ce procès était d’une grande importance puisque la France est le seul État, hormis l’État israélien, à avoir interdit cette campagne antiraciste de dénonciation et de sanction d’un État d’apartheid et raciste.

En ces temps d’Euro de football, les allées Jules Guesde de Toulouse sont normalement réservées aux supporters. Cependant, ce jeudi, elles ont été occupées par le rassemblement de soutien aux quatre accusés de la campagne BDS, traînés devant le tribunal pour avoir diffusé dans l’espace public des tracts appelant au boycott des produits israéliens fabriqués dans les colonies. Dans une ambiance chaleureuse et déterminée, ce sont près de 200 personnes qui se sont réunies pour dénoncer la répression subie par cette campagne de contestation lancée en 2005 à l’initiative de la société civile palestinienne. Outre de nombreux militants BDS venus de Figeac, Perpignan, Lyon, Marseille, Bordeaux, Paris et également de Montpellier, parmi les organisations politiques présentes on pouvait compter notamment le NPA, OCML Voie Prolétarienne, Coup pour Coup, et le PCOF. En ce qui concerne les syndicats, ont répondu à l’appel en particulier Solidaires, Sud Rail, la CGT Santé et action sociale et la CNT.. On pouvait aussi remarquer la présence du collectif 66 paix et justice en Palestine, de l’AFPS (Association France Palestine Solidarité), de Free Palestine, d’Euro Palestine, d’Attac, du FUIQP (Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires), de l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix), du Mouvement de la Paix ou encore d’Act up sud ouest. Mais, ce sont les associations de défense des droits des palestiniens et de lutte contre la politique de l’État d’Israël qui étaient les plus nombreuses. Accompagnant les divers stands tenus par les organisations présentes, de nombreux drapeaux palestiniens volent au vent à côté des banderoles de dénonciation de l’incarcération de Georges Abdallah et de Bilal Kayed.

« Le moral est excellent que nous soyons relaxés ou que nous soyons condamnés »

Peu avant le commencement du procès, les quatre accusés ont pris la parole pour saluer l’importance de la mobilisation, qui ne fait que grandir, et la légitimité de leur combat contre un État raciste. Comme le soulignait Jean-Pierre dans son intervention, au vue de l’ampleur de la mobilisation, « le moral est excellent que nous soyons relaxés ou que nous soyons condamnés ». Toutefois, à peine ces quelques paroles prononcés et les prévenus partis en direction du tribunal, la police a sommé les manifestants de quitter les allées Jules Guesde ombragées pour aller cinquante mètres plus loin attendre la fin du procès en plein cagnard. Manœuvre reçue par un « police partout, justice nulle part » unanime. L’impressionnant dispositif policier s’est immédiatement mis en marche pour encercler le rassemblement.

Comme l’accès à la salle d’audience était restreint en raison de la mobilisation suscitée par ce procès, seul un représentant des organisations présentes a pu accompagner les quatre militants dans le tribunal. En attendant, de l’autre côté du barrage filtrant organisé par la police, un des membres de la « Brigade juive », prenait à partie une femme voilée…

C’est en tous cas au son d’un « Palestine vivra, Palestine vaincra » retentissant que les inculpés BDS gravissent les marches du tribunal, avant que le procès ne débute, à 14h., Les présent-e-s retournent alors sur la place qui commence la Grande Rue Saint-Michel. Les stands réouvrent, un barnum est installé et un immense drapeau palestinien est étendu sur le sol. Pendant ce temps, les prises de paroles reprennent. Toutes s’accordent pour dénoncer la répression du gouvernement, l’assimilation scandaleuse de l’antiracisme en soutien au peuple palestinien à de l’antisémitisme, comme s’y emploie Valls, et pointer du doigt l’acharnement des officines sionistes que sont la Licra et le Crif. Sont au contraire rappelées la complicité et la responsabilité de l’impérialisme occidental, et notamment de celui de la France, aux côtés de l’Etat d’Israël, dans la situation actuelle en Palestine, et dénoncés l’instrumentalisation de l’antisémitisme et l’islamophobie d’État qui font partie intégrante de leur politique réactionnaire. Cette dénonciation est intégrée plus largement dans un combat pour les libertés fondamentales, d’expression et de manifestation, et contre le capitalisme

Procès repoussé, reculade des autorités

À peine une heure et demi après le début du procès, Bernard, Jean-Pierre, Loïc et Yamann nous rejoignent, à l’étonnement général. Finalement le procès ne s’est pas tenu et est repoussé.. Tout d’abord, de nouvelles associations se sont portées partie civile dans le procès contre les militants BDS. Parmi elles, le Crif. Or, la défense n’avait pas été prévenue suffisamment tôt de ce changement. Par ailleurs, l’avocate de la partie civile n’a pas pu être présente, apparemment pour des raisons de santé. Dans la foulée de ces déclarations, Euro Palestine, Attac, le NPA, OCML Voix Prolétarienne et le PCOF ont pris la parole pour se réjouir de cette reculade des autorités. En effet, la campagne BDS prend de l’ampleur depuis qu’elle est réprimée et qu’elle met en échec les organisations sionistes, campagne dont le 22 septembre prochain, date à laquelle a été repoussée le procès, sera une des prochaines étapes, et pour laquelle la bataille doit continuer d’être menée afin d’obtenir définitivement la relaxe pour Bernard, Jean-Pierre, Loïc et Yamann.