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Communiqué des syndicats CGT du groupe Latécoère

Toulouse : PSE chez Latécoère et Latelec

Publié le 5 juillet 2016

Ça n’aura pas traîné, quelque mois après sa prise de contrôle par les fonds d’investissement anglo-saxons Apollo et Monarch, le groupe Latécoère et ses salariés vont subir un triple projet : 2 PSE visant près de 400 emplois et un projet de cession de sa filiale Latécoère Services concernant près de 600 salariés.

Les projets de la direction : 1000 emplois visés dont près de 400 directement et immédiatement menacés

Ça n’aura pas traîné, quelque mois après sa prise de contrôle par les fonds d’investissement anglo-saxons Apollo et Monarch, le groupe Latécoère et ses salariés vont subir un triple projet : 2 PSE visant près de 400 emplois et un projet de cession de sa filiale Latécoère Services concernant près de 600 salariés.

Chez Latécoère, maison mère du groupe, doyenne de l’industrie aéronautique française (100 ans en 2017), spécialisée dans la conception et la production d’éléments d’aérostructure (notamment de portes), la direction a présenté le mardi 7 juin au Comité d’entreprise le projet suivant :

- suppression de 244 postes et la modification de 70 contrats de travail (essentiellement des mutations vers l’établissement de Gimont) soit le licenciement potentiel de 314 des 864 CDI de l’établissement de Toulouse Périole, siège du groupe.

- transfert de toutes les activités de production du site de Toulouse Périole – exception faite de l’assemblage du tronçon 15 (T15) de l’A330 – vers Gimont, le Mexique, le Brésil et vers une nouvelle usine de 300 salariés en Bulgarie.

- création d’une nouvelle et petite usine dans la région toulousaine – pour un investissement de 15M€ – destinée à accueillir quelques-unes des activités industrielles du site de Périole (et les salariés qui vont avec) dont l’activité d’usinage de pièces élémentaires, activité qui serait renforcée du fait de l’acquisition de nouvelles machines-outils.

- vente du terrain du site de Toulouse Périole et le maintien en location sur une partie de ce site de l’atelier du T15 et des métiers de bureau (direction, bureau d’études, …).

Chez Latelec, filiale spécialisée dans la conception et la production de systèmes d’interconnexion, la direction a présenté le mardi 7 juin au Comité central d’entreprise le projet suivant : fermeture de l’établissement de Tarbes entraînant la suppression de 34 postes d’intérimaires et CDD, le licenciement de 4 des 34 CDI et le reclassement sur le site de Liposthey dans les Landes (à 200 Kms de Tarbes) des 30 autres.

Concernant Latécoère Services, filiale spécialisée dans la prestation de services d’ingénierie ainsi que dans la conception et la production d’outillages, la direction a confirmé son projet de cession de cette filiale et de ses 600 salariés.

PSE chez Latécoère : la fin programmée de toute activité industrielle à Toulouse voire en France ?

La réalité du projet industriel qui nous est présenté est bien loin des « relocalisations  » ou « ré-internalisations  » au sujet desquelles la direction communique volontiers (communication d’ailleurs reprise fort complaisamment par certains journaux). En effet, l’essentiel de la production serait transférée de Toulouse Périole vers le Mexique, la Bulgarie et le Brésil ; une petite partie serait transférée vers Gimont et il ne resterait plus aucune activité industrielle significative, c’est-à-dire d’assemblage, à Toulouse en dehors du T15.

Le maintien du T15 à Toulouse Périole est naturellement une bonne chose mais il n’est malheureusement porteur d’aucun avenir dans la mesure où il est très clair que le choix de maintenir ce chantier ne doit rien à une quelconque volonté de la direction de conserver à Toulouse des compétences d’assemblage mais doit au contraire beaucoup à la taille de ce tronçon qui rend son transfert difficile et coûteux.

L’usine de Gimont accueillerait 48 nouveaux emplois transférés de Toulouse Périole ; pourtant son avenir nous inquiète aussi. En effet, Gimont se verrait spécialisé dans l’activité fuselage or la direction affirme – et depuis longtemps – vouloir se désengager de cette activité qu’elle juge insuffisamment rentable. Quel avenir donc pour une usine spécialisée dans une activité jugée sans avenir ?

Que penser de cette nouvelle usine qui serait construite à Toulouse ? Disposer d’un nouveau moyen de production est en soi une bonne nouvelle mais quel moyen et pour quelle production ? C’est la presse (et non la direction !) qui nous a informés de la localisation de cette nouvelle usine : elle serait bâtie sur un terrain 2 fois plus petit que celui de Toulouse Périole et sans possibilité, semble-t-il, d’extension ; il s’agirait donc d’une petite usine. Par ailleurs, cette usine serait spécialisée dans l’usinage de pièces élémentaires ce qui nous plonge dans un abîme de perplexité. Nous qui avons pendant longtemps produit des avions entiers et qui produisons encore des éléments souvent complexes pour à peu près tous les avionneurs et à peu près tous les avions, nous serions ramenés au rang de simple fournisseur de pièces élémentaires pour nos propres filiales  !!!??? Là encore nous nous posons la question du devenir d’une telle activité et d’une telle usine dès lors qu’il existe sur ce marché nombre d’acteurs autrement spécialisés, expérimentés et outillés que nous.

Quel avenir pour le groupe Latécoère avec un bureau d’études mutilé ?

Si la production et les cols bleus sont prioritairement visés par le PSE chez Latécoère, le bureau d’études (BE) et les cols blancs en prennent aussi pour leur grade. De 150 il y a 5 ans à 110 aujourd’hui, les effectifs du BE Latécoère passeraient à 67 personnes après ce PSE. Si l’on ajoute le projet de cession de Latécoère Services et de ses centaines d’ingénieurs et techniciens, le groupe subirait alors une véritable mutilation de ses capacités de conception, de développement, d’innovation et même de simple support à la flotte en service.

La direction justifie ce PSE par la nécessité d’être compétitif lorsque Airbus et Boeing lanceront de nouveaux programmes ; de notre côté nous posons une question simple : comment comptons-nous concevoir une nouvelle porte d’avion avec un BE vidé de ses effectifs, de sa mémoire, de son expérience et de ses savoir-faire  ?

Quel projet pour le groupe Latécoère : dépeçage ou absorption ?

Les projets de la direction n’ont à nos yeux guère de sens qu’en tant qu’étape intermédiaire annonciatrice d’un « coup d’après  » mais quel « coup d’après » ? Ne pouvant compter sur la direction pour dévoiler ses intentions, nous en sommes réduits à échafauder des hypothèses ; nous en voyons 2 : le dépeçage ou l’absorption.

En effet, il ressort de ce projet les grandes lignes suivantes :

- rupture avec la politique de croissance et de diversification menée depuis 20 ans.

- poursuite de la délocalisation de la production vers des pays pauvres.

- autonomisation et spécialisation des différentes unités de production.

- forte diminution de la masse salariale.

Il apparaît que si ces projets ont une cohérence, elle ne peut être que dans la volonté de mettre le groupe Latécoère en état d’être vendu  ; soit à la découpe (dépeçage), soit en lui conservant une certaine cohésion (absorption). Valoriser un actif est une chose, développer un outil industriel en est une autre ; les projets de la direction semblent manifestement et malheureusement viser ce 1er objectif au détriment du 2°. Il est vrai que le Conseil d’administration a l’an dernier décidé d’attribuer à la direction plusieurs millions d’actions gratuites, elle est donc elle-même pécuniairement intéressée à la valorisation du groupe plutôt qu’à son développement.

Notre position : non aux PSE, non au démembrement ; oui à la modernisation, oui au développement !!!

Aussi loin qu’on se souvienne, Latécoère n’a jamais connu de plan de licenciement ; comment en accepterions-nous un aujourd’hui alors que le groupe Latécoère se porte très bien (24 M€ de résultat opérationnel) ; que son carnet de commandes équivaut à près de 4 ans de chiffre d’affaires ; que notre 1er client, Airbus (55% de notre CA et 68% de notre carnet de commandes) est dans une santé économique et financière ahurissante (ce dont profitent surtout ses actionnaires qui ont perçu 2 Mds€ en 2015) ; que les cadences de production vont durablement grimper à des niveaux jamais atteints ; que l’accroissement du trafic aérien va nécessiter la construction de plus de 30.000 appareils au cours des 20 prochaines années ; … ?

Les enjeux auxquels le groupe aura à faire face ces 15 prochaines années sont connus : être capable de suivre l’augmentation des cadences d’une part et, d’autre part, maintenir les capacités d’ingénierie malgré l’absence de nouveau programme avant quelques années (absence de nouveau programme ne signifiant d’ailleurs pas absence de besoin d’ingénierie). Non seulement les projets de la direction ne répondent pas à ces enjeux mais ils menacent même gravement la capacité du groupe à y répondre. En éparpillant la production, en anémiant le bureau d’études et en détruisant le centre névralgique qu’est Toulouse Périole, les projets de la direction auraient pour effet de stériliser le groupe, d’obérer son avenir et de fragiliser nos clients pour qui Latécoère est un partenaire important.

Si le groupe doit évoluer – et il le doit ! – cette évolution doit se faire dans le sens de sa modernisation, de sa croissance et de son renforcement. Parce que la direction fait le contraire et parce qu’il est impossible de discuter de ces évolutions dans le cadre des procédures actuelles qui dureront quelques semaines, nous rejetons fermement le triple projet de la direction et revendiquons clairement son abandon.

Du PSE à la LSE, de la LSE à la loi El Khomri

Nous faisons aujourd’hui l’expérience douloureuse du caractère régressif de la loi de sécurisation de l’emploi (LSE) de 2013 à propos de laquelle nous avions abondamment informé et alerté les salariés à l’époque. C’est bien à cause de cette mauvaise loi que les représentants du personnel n’auront que quelques mois pour affronter un PSE que la direction a elle préparé sans aucune limite ni de temps ni de moyens.

Toute régression du droit du travail se paie tôt ou tard, les salariés de Latécoère et Latelec paient aujourd’hui celle de 2013 : voilà la leçon que nous devons tirer et le message que nous adressons à tous nos collègues.

Le projet de loi El Khomri est infiniment pire que la LSE et obtenir son retrait est une nécessité infiniment plus impérieuse. La bataille contre cette loi dure depuis 4 mois et elle est appelée à durer encore ; chaque salarié doit y prendre sa part.

Contact : 05 61 58 78 32 - cgt@latecoere.fr