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Notre classe

Bloquer l'économie et structurer le mouvement

Toulouse : après une troisième assemblée générale, les gilets jaunes se structurent

Environ 200 personnes ont affronté le froid ce dimanche 6 janvier pour organiser la suite du mouvement.

Crédits photo : Révolution Permanente

Blocage de l’économie et grève générale : des perspectives pour poursuivre le mouvement

Près de 200 personnes se sont réunies cette après-midi sur le parking de Sesquières pour la troisième Assemblée Générale des Gilets Jaunes du "Grand Toulouse". Après un acte VIII particulièrement réussi dans la ville rose, il s’agissait sans doute du rendez-vous le plus important pour organiser la suite de la mobilisation en ce début d’année 2019. La détermination et la colère, loin d’avoir faibli ces vacances, semblent être toujours au rendez-vous, bien que les effectifs de l’Assemblée Générale soient significativement inférieurs à ceux de l’AG précédente. Une baisse numérique qui s’explique en partie par la température de cette journée, mais aussi parce que certains gilets jaunes avaient trouvé l’assemblée générale précédente mal organisée. L’Assemblée Générale a permis de mettre en place un plan de bataille pour les prochains jours, voté à mains levées après les débats et qui s’articule notamment autour de la volonté d’un blocage de l’économie et de l’appel à la grève générale.

En ce sens, deux actions importantes ont été votées à la quasi-unanimité et dans l’enthousiasme général. Jeudi 10 janvier, un rassemblement est appelé à 18h30 devant la Bourse du Travail, à Toulouse mais également dans d’autres villes (Nîmes, Bordeaux, Narbonne, Marseille, Lyon, Grenoble au moins pour l’instant), pour interpeller les directions des syndicats et construire tous ensemble une grève générale interprofessionnelle et reconductible pour en finir avec Macron. Un appel a été voté, issu d’un groupe de travail de la commission action pour être lu le jour J, et pour être relayé le plus largement.

Le dimanche 13 doit ensuite permettre le blocage de l’économie et notamment des camions, avec une action qui tente de s’organiser à l’échelle nationale et dont la date de départ pourrait être amenée à changer.

Enfin, alors que des assemblées se réunissent dans de nombreuses villes de France, l’AG toulousaine a voté le principe de répondre à l’appel des gilets jaunes de Commercy à la formation d’une coordination nationale qui prendrait la forme d’une "Assemblée Générale des Assemblée Générales de France", pour reprendre leurs mots ,et qui devrait permettre de structurer le mouvement nationalement pour discuter d’un plan de bataille pour la suite. Cette coordination est d’autant plus importante pour montrer qu’on peut structurer démocratiquement le mouvement par en bas, à l’opposé du "Grand débat" de Macron ou encore des manoeuvres de Bernard Tapie et Christophe Chalençon à Marseille en vue d’une liste aux élections européennes.

Le mouvement gagne en structuration démocratique mais doit encore gagner en efficacité/se cherche encore

Si les effectifs ont été moins importants, en revanche l’organisation et la qualité des débats se sont nettement renforcées depuis la dernière AG, preuve que le mouvement gagne en structuration. L’AG s’est ouverte par un vote sur l’ordre du jour et sur la composition de la tribune qui anime les débats, ce qui a permis de rendre l’AG souveraine et de proposer un mode d’organisation transparent et reconnu par une forte majorité de gilets jaunes présents. Une question importante puisque l’organisation de la dernière AG avait posé question pour plusieurs personnes qui ne comprenaient pas où étaient prises les décisions.

C’est ce qui explique d’ailleurs que les questions de structuration et d’organisation du mouvement ait été aussi présentes. L’AG a en ce sens permis de préciser le rôle et les méthodes d’organisation des différentes commissions (actions, revendications, communication) qui fonctionnent depuis plusieurs semaines avec plusieurs dizaines de personnes qui se réunissent hebdomadairement, ainsi que d’en créer de nouvelles. Une commission "justice" a été mise en place pour venir en aide aux personnes interpellés et pour faire office de "tribunal populaire" pour faire justice aux victimes des violences policières, mais aussi une commission pour faire face aux situations urgentes (hébergements, alimentation) et venir en aide aux plus démunis, ou encore une commission "économie" pour défendre au mieux nos revendications sur ce plan. Lors du débat, beaucoup d’interventions se sont focalisées sur les liens entre les commissions et l’AG, et un groupe de travail et de réflexions sur les méthodes de la démocratie directe et sur la structuration a été mis en place et devrait se réunir prochainement pour travailler à des propositions concrètes pour les prochaines AG.

En définitive, ce qui ressort c’est que le mouvement localement gagne en structuration démocratique et en organisation interne, bien que des questions ne soient pas encore tout à fait tranchées. S’il est important de trouver un fonctionnement interne, l’ordre du jour de la prochaine Assemblée devrait faire en sorte de donner plus de place aux débats d’orientation générale, pour gagner en efficacité.

Donner plus de place aux débats stratégiques

En effet une des principales limites de l’AG est que les débats se soient beaucoup polarisés sur les questions de structuration qui donnaient parfois l’impression d’enjeux seulement techniques et organisationnels. L’ordre du jour initial donnait d’ailleurs bien plus de place à ces débats sur l’organisation et la restitution des commissions que sur les débats d’orientations générales. C’est ce qui explique une frustration chez certains qui auraient souhaité pouvoir débattre plus en profondeur de la situation politique, de l’attitude du gouvernement et des actions et stratégies à mettre en place pour gagner en rapport de force.

Par exemple si les participants ont voté avec raison de répondre à l’appel de l’AG de Commercy à mettre en place une coordination nationale, l’Assemblée Générale toulousaine n’a pas pu discuter de l’organisation et de la mise en place concrète de cette coordination. De même si les interventions en faveur d’une grève générale ont été franchement applaudies, l’AG n’a pas pu discuter d’un plan de guerre concret et de priorités pour la construire.

Autrement dit, pour être plus efficaces politiquement mais aussi plus massives, et dans la perspective de faire de ces lieux de débats des véritables "Etats majors" de la guerre contre Macron et son gouvernement, les prochaines Assemblées Générales pourraient davantage se centrer sur les questions stratégiques qui sont déterminantes pour la suite de la mobilisation. Comment construire un rapport de force supérieur ? Comment faire entrer dans la bataille ceux qui nous soutiennent mais qui n’ont pas encore enfilé le gilet ? Comment nous coordonner à l’échelle nationale sans passer par des représentants auto-proclamés ? Mais aussi comment faire face à la répression policière ? Autant de questions centrales qui restent encore posées.




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