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Jeunesse

C'est eux les casseurs !

Toulouse le Mirail. Une enfumade médiatique à 800.000 euros

La ministre Frédérique Vidal lance une grande campagne de délégitimation du mouvement étudiant du printemps en annonçant que la mobilisation a coûté 7 millions d'euros de réparation des locaux. Excuse commode pour éviter de pointer la responsabilité du gouvernement dans la casse généralisée de l'université. Déclinaison locale de cette stratégie à l'université Toulouse-Le-Mirail.

Crédits photo : Solidaires EtudiantEs Mirail

Un administrateur, laquais du gouvernement

Le 20 mars 2018, alors que le projet IDEX était refusé à la fac du Mirail, la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, destituait le président Daniel Lacroix, débordé par la mobilisation étudiante, pour placer de manière complètement autoritaire un administrateur provisoire à la tête de l’université. Ce dernier, Richard Laganier, avait une tâche politique simple : mater le mouvement étudiant qui commençait à prendre de l’ampleur et ce, au moment où les cheminots se mettaient en ordre de bataille contre Macron. Pour ce faire, Laganier a d’emblée adopté la posture de l’homme pragmatique, impartial, qui ne fait pas de politique. Pourtant, toute son action sur l’université transpire de politique macronienne.

Qu’il s’agisse de son intransigeance à accorder la dignité la plus élémentaire aux exilés qui trouvaient refuge dans l’université (refusant de leur ouvrir les douches, mettant en parallèle leur condition avec celle des enseignants-chercheurs qui « vivaient également une situation difficile » à cause de la grève), de ses appels au dialogue avant de trahir systématiquement sa parole pour mettre dos-à-dos étudiants et travailleurs mobilisés, ou encore, lorsque cela n’était pas suffisant, son usage de la répression en transformant l’université en caserne pendant plusieurs semaines aux mois de mai et juin. De là, il est aisé de faire un parallèle avec la politique que mène le gouvernement avec l’Aquarius, le dialogue social et la répression de toute contestation, puisque la recette est la même.

Bien que le mouvement étudiant de ce printemps ait été vaincu par la double peine des examens et de la répression, la mission de Richard Laganier n’est pas finie. Macron n’ignore pas que la rentrée va être compliquée puisqu’il s’attaque à des réformes importantes (retraites, service militaire, dépenses publiques etc.) à un moment où sa légitimité est au plus bas et que le printemps 2018 a mis en mouvement les étudiants et les cheminots qui, s’ils ont perdu sur leurs revendications, semblent plus que jamais déterminés à reprendre la lutte. D’où l’utilité des chiens de garde qui doivent saper toute contestation avant même qu’elle n’apparaisse. C’est ce à quoi s’affaire Richard Laganier, alors que la fac rouvre après la fermeture estivale et un mois avant la rentrée, en communiquant largement sur le coût des dégradations du campus.

Une manœuvre politique pour délégitimer le mouvement

Cette communication revêt un double objectif. Premièrement, en effaçant la majeure partie des traces de la mobilisation du printemps, Laganier veut faire disparaître le mouvement étudiant de la photo. Enfin, il est évident que la communication sur les coûts pharamineux de réparation et de nettoyage, 800.000 euros, fait partie intégrante de la communication du gouvernement qui cherche à esquiver l’opposition politique que représente le mouvement étudiant en le faisant apparaître comme irresponsable et dangereux. Alors qu’il annonçait au mois de mai des réparations de l’ordre de 400.000 euros, somme qui paraissait déjà aberrante, Laganier double la mise ! La réhabilitation de l’Arche aurait coûté à elle-seule la moitié du budget total dont 30.000 euros qui ont servi à effacer les slogans peints sur la façade tels que « Pas de flics, pas de fachos au Mirail »... L’illustration dans les faits d’une volonté de « cohésion universitaire » à n’en pas douter. De nombreux étudiants et travailleurs de la fac sont restés ébahis devant le gâchis de tables et de chaises orchestré par l’administration pour gonfler les chiffres, de nombreuses pièces de mobilier encore en bon état étant purement et simplement jetées aux ordures.

Dans une interview donnée à la Dépêche, quasiment revue spécialisée dans les dégradations de l’université tant un nombre impressionnant d’articles y ont été consacrés, Laganier appelle de ses vœux une rentrée pacifiée de la « communauté universitaire ». Cette notion fourre-tout permet de masquer les désaccords politiques et les contradictions sociales qui existent au sein de l’université. Des étudiants et des travailleurs (enseignants comme Biatss) se sont mobilisés pour un projet progressiste d’université ouverte à tous, certains ont soutenu de plus ou moins loin ces revendications, d’autres restant passifs quand certains réclamaient la matraque et les chiens contre le mouvement. Tâche ardue donc pour l’administrateur de la fac, d’autant que dans le même entretien, c’est lui qui oppose les étudiants et les travailleurs de la fac puisqu’il déplore que « [la réparation des locaux] représente treize salles informatiques et l’achat de 400 ordinateurs, le recrutement de onze collègues ou encore l’équivalent de trois années du budget du FDSIE (Fonds de solidarité et développement des initiatives étudiantes). »

Ainsi, les étudiants mobilisés portent la lourde responsabilité d’empêcher les embauches dans l’enseignement et non l’État qui depuis plus de 20 ans, par l’autonomie des universités notamment, asphyxie toujours plus l’université financièrement pour la jeter dans les bras du patronat. On pourrait en effet se questionner sur les pertes de budgets des universités entraînées par les mesures prises dans le cadre du Processus de Bologne, tout comme sur le coût humain, non quantifiable, des mesures d’austérité qui pressurisent toujours plus les salariés de l’université et celui de ParcourSup qui laisse dans une longue et angoissante attente plus de 100.000 lycéens à quelques jours de la rentrée. De cela Mr. Laganier ne dit mot.

Une politique d’ensemble du gouvernement contre les étudiants

De même qu’à la SNCF où de nombreux syndicalistes se font actuellement réprimer, le gouvernement ne compte pas laisser les étudiants et lycéens mobilisés sans représailles surtout au vu des batailles sociales qui se profilent pour les mois à venir. Au delà de la communication,le gouvernement fait marcher les tribunaux à plein régime contre la jeunesse à Nanterre, à Besançon, ou encore à Nîmes. Mais c’est également dans les facs que certains étudiants mobilisés ce printemps voient l’administration leur mettre des bâtons dans les roues pour se réinscrire.

L’ensemble du mouvement étudiant doit se donner comme tâche de défendre toutes les personnes poursuivies à la suite des mobilisations et doit également réaffirmer que la véritable casse de l’université et de l’éducation en général est celle organisée par l’État pour faire correspondre ces institutions avec les besoins immédiats du patronat.

Au Mirail, la question de la répression s’est particulièrement illustrée avec l’embauche de pas loin d’une centaine d’agents de sécurité, qui sont restés en permanence sur un campus vide tout au long du mois de mai. L’administrateur reste très discret sur les coûts de cette force répressive totalement injustifiée. Dans le même temps que la campagne pour l’inscription des sans-facs va s’amorcer en cette rentrée 2018, il convient également de dénoncer cette opération politico-médiatique qui discrédite la contestation étudiante et cherche à faire apparaître le gouvernement comme défenseur de l’université publique.




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