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Politique

Toujours plus de répression

Tournant (encore plus) répressif ? Le projet des députés LREM sur l’armement de la police municipale

Un rapport parlementaire préconise de rendre l’armement des policiers municipaux obligatoire, sous couvert de lutte contre le terrorisme. Il s’agit en réalité d’un renforcement supplémentaire de l’arsenal répressif mis à la disposition des forces de l’ordre.

Crédit photo : SEBASTIEN NOGIER / AFP

Deux députés de la République en marche ont rédigé un rapport, remis ce mardi à Édouard Philippe, qui préconise la mise en place de nombreuses mesures sécuritaires, dont la généralisation de l’armement de la police municipale.

Vers la sous-traitance de missions de police à des entreprises privées et la généralisation de l’armement des policiers

Plus globalement, le texte recense 78 propositions qui visent à renforcer l’arsenal répressif de nombreuses forces sécuritaires, dans le contexte de la mise en place de la « police de sécurité ».

Sont concernées par le rapport la police nationale, municipale, la gendarmerie et la sécurité privée, avec notamment la proposition de déléguer certaines taches de la police à des entreprises de sécurité privées et une intégration plus profonde du Conseil National des Activités de Sécurité Privées (CNAPS) au ministère de l’intérieur. Le tout couplé à un renforcement de l’équipement des agents de sécurité privée (tasers et caméras piéton en premier lieu).

Pour défendre le texte dont ils sont à l’origine, les rapporteurs Jean-Michel Fauvergue (député de la Seine-et-Marne) et Alice Thourot (Drôme) insistent sur le fait que l’armement de la police municipale « entre progressivement dans les usages » et qu’il s’agit essentiellement d’acter que l’exception est d’ores et déjà devenue une règle. Et en effet, d’après des données datant de 2016, sur 18 044 policiers municipaux, 9 434 possèdent une arme à feu, et au total 84 % sont déjà armés (toutes catégories confondues, de la lacrymo aux armes de poing en passant par les tasers).

Lutte contre le terrorisme ou tournant répressif ?

« Il ne s’agira pas nécessairement d’imposer l’armement permanent de tous mais bien d’acter le fait que tous peuvent être en situation de l’être » cherchent à justifier les deux députés dans leur rapport, accompagné d’un discours ultra-sécuritaire et anxiogène, invoquant la « menace terroriste permanente ».

Pourtant, plutôt que d’ancrer dans la loi l’armement généralisé des forces de répression, il serait nécessaire de questionner cet état de fait. On se souvient notamment que les mesures prises pour « lutter contre le terrorisme » après les attentats du 13 novembre 2015, telles que l’état d’urgence, avaient surtout été le prétexte à une répression féroce de toute contestation sociale : dans l’année qui avait suivi sa promulgation, des milliers d’arrestations avaient eu lieu, notamment pendant la mobilisation contre la loi travail.

Ainsi, loin de protéger la population contre le spectre du terrorisme – que l’État français alimente par ailleurs dans un cycle de violences sans fin, en allant piller et bombarder de nombreux pays du globe – la généralisation de l’armement de la police municipale et la sous-traitance de missions de police à de véritables milices privées va surtout aggraver encore le bilan déjà lourd des victimes de violences policières.

L’ensemble des propositions contenues dans ce rapport sont une véritable insulte à la mémoire de Zyed, Bouna, Rémi, Adama, Aboubakar, Curtis et les nombreux autres, dont les noms nous rappellent que le rôle de la police n’est définitivement pas de nous protéger.




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