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Société

État d’urgence

Tours. Le maire prétexte le risque d’attentats pour faire la guerre à la mendicité

« Mon message consiste à dire à ces personnes [les SDF] qu’elles ne sont plus les bienvenues à Tours » a récemment déclaré Serge Babary, maire Les Républicains de Tours. Malgré l’illégalité des arrêtés anti-mendicité que la mairie a pris depuis 2013, la guerre aux pauvres ne s’est pas arrêtée dans la cité tourangelle. Aujourd’hui, le maire invoque l’état d’urgence et le risque d’attentat pour nettoyer les rues de sa ville.

Crédit Photo : AFP

Depuis 2013, la ville de Tours livre une guerre à la mendicité dans ses rues qui vise particulièrement les SDF du centre-ville, qui ne collent pas avec l’image de renouveau que veut se donner la ville, notamment depuis l’inauguration du tramway et depuis qu’un hôtel Hilton a pour projet de s’implanter à côté des quais. Le maire de la ville, Serge Babary, a successivement pris des arrêtés contre « toute occupation abusive et prolongée des rues (…) lorsqu’elle est de nature à entraver la libre circulation des personnes, la commodité de passage et la sûreté dans les rues ». Les SDF qui sont réduits à la mendicité dans le centre-ville étaient la cible évidente de tels arrêtés destinés à cacher la misère.

Ces mesures anti-sociale ont été dénoncées par la Ligue des droits de l’Homme comme des mesures anti-pauvres. La Cour administrative d’appel de Nantes a confirmé cette dénonciation en mai 2016 en montrant que les justifications de la mairie concernant la nuisance des SDF étaient infondées et qu’elles étaient « de nature à affecter la liberté d’aller et venir des personnes en situation de précarité ». La mairie de Tours n’a donc pas pu se livrer totalement à une ségrégation anti-pauvre à peine voilée.

Qu’à cela ne tienne, le maire a eu l’idée d’invoquer l’état d’urgence pour parvenir à ses fins. Déjà utilisé dès sa mise en application le 26 novembre 2015 contre les militants écologistes venus protester contre la COP 21, l’état d’urgence désormais permanent pourrait servir à faire la guerre aux pauvres. C’est en tout cas la manière de faire que le maire de Tours a privilégiée. Dans l’arrêté du 15 mai 2017, on peut lire que « l’accessibilité aux secours en cas d’attentats et la fluidité de la circulation piétonne » doivent être garantis contre les « occupations abusives et prolongées des espaces ». Cet arrêté anti-mendicité s’appuie explicitement sur la loi du 19 décembre 2016 « prorogeant l’application de la loi du 3 avril 1955 relative à l’état d’urgence et portant mesures de renforcement de la lutte antiterroriste ». Ainsi, la politique de rejet des pauvres hors du centre-ville s’appuie-t-elle sur le prétexte fallacieux de l’état d’urgence pour justifier des mesures déjà invalidées par le tribunal. La présence des pauvres et des mendiants pour, soi-disant, perturber l’intervention des secours en cas d’attentat selon la mairie.

En réalité, la mairie veut clairement utiliser l’état d’urgence pour remodeler le centre-ville et en faire disparaître tout ce qui dérange l’image de marque qu’elle veut imprimer à son centre historique. La zone où l’arrêté prend effet l’illustre parfaitement. Ainsi, le centre historique et les quais de la Loire, la guinguette, la Marche des fiertés et les apéros organisés par Radio Béton en marge du festival Aucard, seront désormais interdits, au nom de l’état d’urgence, aux SDF et mendiants.

Contrairement à ce que tente de faire croire le gouvernement, l’état d’urgence n’a pas pour vocation première de protéger les populations contre les attentats, retours de flamme de l’impérialisme français. Il sert à faire la guerre à tout ce qui contrevient à l’ordre capitaliste et réactionnaire que la France impose partout sous couvert de « lutte contre le terrorisme », à attaquer frontalement les SDF, les militants, les personnes non-blanches et les habitants des quartiers populaires.




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