Politique

Faire entendre notre voix au gouvernement et aux directions syndicales

Tous et toutes dans la rue le 9 mars contre la Loi El Khomri !

Publié le 25 février 2016

Daniela Cobet

La position mitigée issue de l’intersyndicale du mardi 23 février face à l’annonce de la loi El Khomri a suscité un véritable tollé. L’annonce ultérieure d’une journée d’action le 31 mars n’a pas suffi à calmer les esprits de milliers de salariés qui attendaient une riposte forte et rapide du mouvement ouvrier.

Les prises de position des structures syndicales intermédiaires et locales en ce sens se sont multipliées depuis et sur les réseaux sociaux, un événement appelant à une journée de grève et manifestation dès la date de la présentation du projet de loi devant le Conseil des ministres le 9 mars compte déjà des dizaines de milliers d’adhésions.

La grève des cheminots et l’appel à mobilisation lancé par une réunion unitaire d’organisations de jeunesse pour ce même jour donnent d’ores et déjà les contours d’une première journée d’action contre l’attaque brutale lancée par le gouvernement.

« Avec ou sans les directions syndicales »

Grève générale pour le retrait de la loi El Khomri dès le 9 mars. C’est autour de ce mot d’ordre fort que partout en France des salariés et des jeunes commencent à s’organiser, en dépit de l’absence d’appel des confédérations syndicales. Ils précisent par ailleurs dans la description de l’événement Facebook que cette action pourrait avoir lieu « avec ou sans les directions syndicales ».

Des fédérations entières de la CGT comme celle des travailleurs de l’info’com ou encore des unions départementales importantes comme celle des Bouches-du-Rhône ont elles aussi répondu présent, tandis que la fédération CGT Commerce a publié un communiqué critiquant la position issue de l’intersyndicale centrale.

« Péril » jeune

Depuis quelques jours, le gouvernement exprime une inquiétude sur la possibilité d’une entrée en mouvement de la jeunesse scolarisé pouvant apporter de la radicalité à la contestation grandissante dans le pays. Le cauchemar du gouvernement, qui a encore en tête les exemples du CPE en 2006 ou de la réforme des retraites en 2010, semble être en train de devenir une réalité avec la prise de décision, par une réunion unitaire regroupant une vingtaine d’organisations de jeunesse à l’appel des jeunes du NPA, de rejoindre l’appel à manifester le 9 mars pour le retrait du projet de loi. La rentrée scolaire du lundi 7 en région parisienne devrait ainsi être marquée par une forte agitation dans les universités et dans les lycées.

Un argument de poids

Même si la dynamique spontanée qui s’est installée est assez impressionnante, il serait néanmoins faux d’entretenir l’idée que l’on pourrait sans problèmes se passer d’un appel clair des organisations syndicales à la grève et d’un plan de lutte jusqu’au retrait du projet de loi. Pour faire plier le gouvernement et le patronat qui a accueilli avec joie les propositions de la ministre du Travail, c’est un mouvement d’ensemble touchant toutes les catégories de travailleurs à côté de la jeunesse qu’il faudra, et pour cela un appel des organisations syndicales centrales serait fondamental. Mais ce qui est sûr, c’est que la perspective d’un débordement par en bas exercerait une pression considérable sur les hautes sphères du mouvement syndical qui pourraient craindre une perte de contrôle du mouvement social.

Cela est d’autant plus vrai dans le cas de la CGT, dont le prochain congrès s’approche et où de nombreux secteurs combatifs avaient déjà commencé à s’organiser autour des comités de soutien aux 8 salariés condamnés de Goodyear. En d’autres termes, la montée en puissance de la mobilisation en vue du 9 mars pourrait devenir, dès la prochaine réunion de l’intersyndicale prévue pour le 3 et après, un argument de poids pour « convaincre » les directions centrales de s’engager sur la voie de l’affrontement contre le gouvernement.

Construire le succès du 9 mars

Il ne faudra pas non plus tomber dans l’illusion que les réseaux sociaux suffiront à assurer la réussite de cette première journée de mobilisation. C’est pourquoi, les deux prochaines semaines seront capitales pour construire à partir d’en bas le mouvement dans chaque lieu de travail et d’étude par des distributions de tracts, des réunions d’information, des assemblées générales et l’exigence d’appels à la grève pour cette journée de la part des structures syndicales locales. C’est de cette façon que l’on pourra faire en sorte que la journée du 9 mars soit le début d’un véritable « tous ensemble » et non pas une journée d’action isolée.