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Politique

À la recherche d’oxygène ?

Travailleurs détachés. Macron cherche à s’imposer sur la scène européenne

Trois jours après le sommet de l’Union Européenne s’ouvre un nouveaux dossier à Luxembourg. Celui du travail détaché, qui divise les 28 États membres. En perte de popularité, Emmanuel Macron entend peser sur cette thématique pour redorer son blason.

Crédits photo : Kerstin Joensson / AP

Refonte de la législation européenne sur la question des travailleurs détachés. Une question qui divise les États membres

Ce lundi, les 28 pays membres de l’Union Européenne se sont retrouvés au Luxembourg pour avancer sur la refonte de la législation des travailleurs détachés. En débat depuis des mois, 3 points coincent dans les négociations, alors que la Pologne , le Danemark, la Hongrie, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, le Portugal et l’État Espagnol plaident pour un statut quo.

Tout d’abord, sur la durée maximale du détachement. L’éxécutif européen propose de fixer un maximum de 24 mois tandis que la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays Bas, le Luxembourg et l’Autriche proposent de limité le détachement à 12 mois . Sur la mise en application de la nouvelle législation ensuite, la France entend que la directive soit adaptée dans les deux ans tandis que la commission propose 3 ans et les pays de l’Est 5. Enfin, et il s’agit du point le plus délicat, vient la question du transport routier. Le compromis envisagé serait de mettre en application l’ancienne directive pour ce secteur d’activité concernant les rémunération (salaire minimum du pays d’accueil, mais sans les primes).


Positions des différents pays sur la refonte de la législation des travailleurs détachés / Source : Le Figaro

Dans les faits, une levée de bouclier du front « anti-refonte » suffirait à mettre en échec la proposition menée, en première ligne, par la France. Dans les faits, la directive actuelle, permettant de sur-exploiter les travailleurs détaché et de niveler les salaires par le bas, est évidemment profitable aux pays les plus touchés par la crise. Mais la position de Paris et de Berlin n’a que l’apparence d’une réforme « sociale ». En effet, il s’agit bien plus de durcir la législation (en limitant, par exemple, la durée maximale du détachement) tout en récupérant les cotisations sociales, aujourd’hui reversées aux pays d’origines des travailleurs. En d’autres termes, le statu quo vise à maintenir cette situation indigne de sur-exploitation, tandis que la refonte ne vise qu’à rendre ce système plus bénéfique aux principales puissances européenne, à commencer par la France et l’Allemagne.

A la recherche d’un second souffle, Macron veut asseoir son autorité sur la scène européenne

La question des travailleurs détachés est vitale, sur le plan politique, pour Emmanuel Macron. En effet, le président français souffre d’une perte vertigineuse de popularité depuis son élection, et son passage sur TF1 le 15 octobre dernier n’aura pas permis d’inverser la tendance. Ainsi, le « président des riches » entend s’affirmer sur la scène européenne, en étant le moteur d’une réforme essentielle et ainsi consolider sa position, notamment au sein des classes dominantes. Etant donné que le patronat français n’entend laisser aucun espace pour des réformes un minimum sociale, cette nécessité d’apparaître comme un moteur de la construction européenne se retrouve majorée.

En ce sens, Emmanuel Macron avait, en août dernier, commencé à avancer ses billes lors de sa visite en Europe de l’Est. L’objectif était clair : Ramener dans le rang les principaux pays opposés à la refonte de la législation des travailleurs détachés, ou tout du moins faire sortir un nombre suffisant de gouvernement pour rendre toute possibilité de blocage. À n’en point douter, la réunion de ce lundi prend un sens capital pour le président français.

Contre les relents xénophobes, exigeons l’égalité des droits pour tout les travailleurs !

Ni statu quo, ni nivellement par le bas ! Il est indéniable que l’issue des négociations, au vue des alternatives proposées, ne correspond en rien aux intérêts des travailleurs, détachés ou non.

Car il s’agit bel et bien d’une sémantique de division à échelle internationale des travailleurs que le patronat expose à longueur de journée. D’un côté, il s’agit d’expliquer que l’embauche de travailleurs détachés est une nécessité à cause de la crise, puis de poursuivre sur la nécessité « d’aligner » le modèle social de tel ou tel pays sur ce qui se fait de pire en Europe. De fait, le résultat d’une telle propagande a conduit à la propagation, dans les rangs de la gauche, d’une politique protectionniste qui oppose les prolétaires au gré des frontières.

Ainsi, il s’agit de rejeter en bloc cette politique libérale, aux relents xénophobes, qui poussent irrémédiablement au nivellement par le bas. Bien au contraire, c’est en exigeant les mêmes droits pour l’ensemble des travailleurs à échelle européenne, avec un SMIC minimal à 1700 euros net, la fin des emplois précaires et l’ouverture des frontières que notre camp social s’armera politiquement contre l’offensive en cours du grand capital. Une politique de classe internationaliste aujourd’hui plus que nécessaire, et qui pourra ouvrir à une alternative au monde rêvé par Gattaz, Macron et l’ensemble des représentants du grand patronat qui lorgnent avec un appétit insatiable sur les droits des travailleurs.




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