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Polyclinique Bordeaux Rive Droite.

Travailleuses en lutte : vive « les pintades hystériques » !

Publié le 8 juillet 2016

A Bordeaux, depuis le 29 juin, la polyclinique Bordeaux Rive Droite est sur le pied de guerre pour une amélioration salariale. Après 9 jours de grève, la fin de celle-ci a été votée en assemblée générale le 7 juillet au soir et la reprise du travail le lendemain matin. Voici une interview réalisée par un correspondant de Révolution Permanente des deux déléguées du personnel de la polyclinique.

Quand et comment a commencé la grève ?

Cela fait déjà plusieurs années que nous n’avons pas d’augmentation. L’année dernière, lors des dernières NAO (Négociations Annuelles Obligatoires), les employées ont beaucoup grondé, on a prévenu la direction en disant : « attention car la colère monte ».

Cette année les salariées ont demandé quelque chose de « significatif » et on a eu une proposition de 0,4% d’augmentation, la deuxième proposition a été de 0,6% qui été la proposition maximale lors de la dernière NAO (lundi dernier). Après l’AG, la grève a été décidée, un préavis a été déposé et le mercredi 29 la grève a commencé. Des réquisitions ont été imposées de la part de l’ARS (Agence Régionale Santé) et le Préfet dans les services de maternité, de dialyses et d’urgences.

Un avocat a été demandé par les élues CGT car les agents réquisitionnés par le Préfet, pour assurer le service minimum, étaient en plus grand nombre que nécessaire. Le Tribunal administratif a donné gain de cause aux grévistes et une amende a été demandée au Préfet, chose qui est très rare.

Quels sont les syndicats ?

Il n’y a qu’un seul syndicat c’est la CGT qui a été créé par nous car on avait le besoin de défendre nos droits et de s’organiser.

Quelles sont les revendications ?

Nous voulions quelque chose de significatif, quelque chose qu’on puisse voir dans notre bulletin de salaire, nous pensions que 50€ c’était un minimum juste pour l’effort qu’ont fait les collègues sur leur aménagement de leur temps de travail demandé par la direction (pose de temps de récupération, heures supplémentaires et flexibilité d’horaires compte tenu de l’activité).

Au vu des bénéfices réalisés depuis des années, ces 50€ étaient largement mérités pour toutes les employées et toutes les catégories professionnelles quelle que soit leur activité. En réponse la direction nous a proposé 15€ brut pour tout le personnel et une revalorisation de la prime « one-shot » à 150€ par tête, et l’étalement des jours de grève jusqu’au 31 décembre, chose qui a été refusée par les salariées.

Quel pourcentage des effectifs est rentré en grève ?

Il est difficile d’estimer le nombre de grévistes car entre les titulaires, les vacataires et les contrats à durée déterminée la mobilisation n’est pas toujours la même, car les vacataires et les CDD n’ont pas la possibilité de faire grève en étant en situation de précarité.

Malgré cela, on a tourné aux alentours de 55% de grévistes chose qui à l’heure actuelle est très positif. La direction et l’encadrement n’ont pas hésité à faire pression sur les grévistes en calomniant leur attitude vis-à-vis des patients. Les propos sexistes du directeur ne se sont pas fait attendre en nous appelant « pintades hystériques ».

Vous avez reçu la solidarité de la population, patients, etc. ?

L’avis des patients est partagé. Malgré tout, une grande partie nous a soutenues et a participé financièrement à la caisse de grève car nos conditions de travail (jours fériés, dimanches) leur paraissent difficiles. La population des alentours a été très accueillante, surtout lors des tractages et nous a manifesté son soutien. Certains ont participé en nous apportant des gâteaux, d’autres en donnant à notre caisse de grève.

Une solidarité s’est créée, notamment entre les grévistes, mais aussi de la part des non-grévistes et les médecins qui ont apporté aussi à la caisse de grève. Un pot commun sur internet a été mis en place et a très bien marché. C’est grâce à cela que la grève a pu tenir aussi longtemps. C’était une expérience très enrichissante, on a appris à se connaître entre les différents départements.

Avez-vous participé aux manifestations contre la loi El Khomri ? Qu’en pensez-vous ?

Bien sûr ! On a été manifester contre la loi travail. Mais malheureusement depuis le début du mouvement dans notre clinique, on s’est un peu concentré sur nous-mêmes, mais nous sommes absolument solidaires du mouvement, cette loi c’est un énorme recul pour tout le monde du travail, notamment pour les générations à venir.

Avez-vous essayé de vous coordonner avec les autres secteurs en lutte sur Bordeaux ?

Malheureusement non, car nous sommes novices dans le monde de la grève. Cela faisait 25 ans qu’il n’y avait pas de grève dans cette clinique et pour nous toutes c’est une première expérience, très enrichissante d’ailleurs. Mais certains reflexes nous manquent, notamment la coordination avec d’autres secteurs en lutte. Nous regrettons le manque d’intérêt des médias vis-à-vis de notre mouvement, seulement les radios se sont vraiment penchées et ont suivi notre grève depuis le début.

Ces derniers jours on a eu le soutien toujours aussi gratifiant du collectif de luttes, le syndicat CGT Ford et notamment Philippe Poutou qui sont passés nous soutenir et nous souhaiter une bonne continuation dans notre combat.

Après 9 jours de lutte dans la Polyclinique Bordeaux Rive Droite, un accord a été signé entre les parties en conflit. Certaines travailleuses ont été déçues car elles s’attendaient à recevoir de la part de la direction de l’établissement une meilleure compensation économique, les améliorations obtenues sont loin de satisfaire le personnel en lutte et elles méritent largement plus !

Une très énergisante expérience vient d’être vécue par les employées de tous les services mobilisés. En effet, cela faisait 25 ans qu’il n’y avait pas eu de mouvement social dans l’enceinte de l’établissement. Une bonne première expérience pour ces travailleuses qui ont appris rapidement à s’organiser, à créer des liens de solidarité entre collègues et ont réussi à faire plier la direction qui au départ ne proposait pas grand-chose en contrepartie. Un bel exemple que le monde du travail doit avoir en tête, l’organisation des travailleurs, la mobilisation et la grève : voilà les outils que les classes laborieuses ont pour s’affronter, gagner et défendre leurs acquis face aux dictats du capital et la classe patronale.