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Culture et Sport

Fiction ?

Trepalium la série osée par Arte

Maryline Dujardin Trepalium c'est la série osée par Arte qui se joue en 6 épisodes, réalisé par Vincent Lannoo. Les trois premiers ont été diffusés jeudi soir denier et sont actuellement disponibles en replay sur le site arte +7, jeudi soir se jouent les trois derniers. Série osée puisque Trepalium, qui se présente comme une fiction futuriste, résonne tellement avec nos drames actuels qu'on en vient à en questionner la nature fictive.

C’est l’histoire d’un Etat où sont parqués les sans-emplois, qui ont atteint le nombre de 80 % de la population, jugés inefficaces, inactifs et profiteurs (ce qui fait déjà écho aux stigmatisations qui sont faites aujourd’hui), ils ont été relayés dans une zone spéciale loin du regard des dirigeants. Le mépris d’une classe dirigeante minoritaire sur une classe majoritaire défavorisée est omniprésent. Ces zonards qui aimeraient rejoindre le monde des actifs vivent dans des conditions déplorables, misérables, qui ne sont pas sans nous rappeler celles des migrants de la jungle de Calais. S’ils s’aventurent en ville les forces de l’ordre leur tirent dessus. Un mur a été construit pour délimiter ces deux zones et rien ne sert de le franchir.

Le premier épisode commence sur la libération du ministre du travail qui après un an de séquestration par des activistes retrouve la liberté, celle-ci à été marchandée au prix de 10 000 emplois pour des zonards en ville. Les zonards obtiendront alors des emplois et ils seront appelés les "solidaires" qui travailleront au service des actifs. La brèche se situe là. Puisque ces actifs, travailleurs d’Aquaville sont eux même victimes des dirigeants. Ils acceptent toutes les conditions de travail, ils sont complètement soumis à une classe dirigeante par peur de se retrouver eux aussi dans la zone. Il s’agit d’une menace perpétuelle qui les poussent à faire des choix dégradants et inhumain par peur d’exclusion de la ville.

Dans cette série aux teintes gris chaud, aux architectures froides côté actifs et aux teintes bleues froides côté zonards, les looks des personnages sont rétro vintage, une atmosphère de fin du monde se fait ressentir. On est saisi dans cette ambiance qui fait tellement écho avec notre actualité qu’on la redoute et que l’on s’accroche à la série comme pour connaître l’issue de notre pire avenir.

Le rêve absolu pour les zonards démunis : se rendre au sud, là où il y a du travail, une sorte d’inversion des rôles de notre réalité, puisque aujourd’hui les migrations se font en sens inverse.
Le scénario est affuté et il ne s’agit pas seulement de l’histoire d’une quête à l’emploi, mais d’un réel questionnement sur la nature même du travail. Dans Trepalium le sens du travail est interrogé, un professeur de jeunes zonards, questionne ses étudiants, revient sur l’étymologie du mot « travail », venant du latin Trepalium qui voulait dire instrument de torture pour punir les esclaves rebelles. La souffrance comme intrinsèquement liée à ce mot, « travail ». Le professeur interroge alors ses élèves, est-ce le travail qui donne de la valeur à l’humain ? Est-ce que travailler rend libre ? Est-ce que les zonards sont sans valeur parce que sans emploi ? « Savoir si c’est vraiment obligatoire de travailler pour exister, pour avoir le droit d’être quelqu’un.  » Dans un monde ou le nombre de sans emplois a atteint la barre des 80% la question est d’importance. Le professeur évoque aussi l’idée qu’au lieu de construire ce mur et de parquer les sans emploi, le gouvernement aurait alors dû construire autre chose. On lui soufflerait presque l’idée de travailler moins et de travailler tous.

On comprend aussi la dénonciation d’un système de classes qui là encore calque bien avec notre présent. Les rapports entre actifs sont codifiés, les rôles bien établis et les sentiments mis de côté. Les individus ne sourient pas, se défient les uns des autres vis-à-vis de leurs situations, de leurs possibilités d’évolution et de leur peur de l’exclusion. Les hommes sont tous en costume rétro, les femmes sont toutes en jupe portant encore un autre caractère rétrograde à ce système capitaliste poussé à son paroxysme. Les images sont fortes et le scénario nous tient, et nous pousse à nous questionner sans cesse.

Dans la série se jouent violence psychologique du monde du travail, technique de management déshumanisée, mépris des dirigeants pour les gens démunis qui ont perdu leur emplois et tout cela nous renvoie à notre quotidien et fait de Trepalium une série plus que d’actualité. Cette série peut réveiller chacun de nous sur l’absurdité d’un monde capitaliste poussé à son comble où le rapport au travail est devenu plus que difficile, meurtrier. A voir qu’elle sera l’issue jeudi 18 !

Une série en six épisodes réalisée par Vincent Lannoo (France, 2015, 6X52’)
Créateurs : Sophie Hiet et Antarès Bassis
Scénario : Antarès Bassis, Thomas Cailley, Sophie Hiet, Sébastien Mounier Coproduction : ARTE France, Kelija. - Avec : Léonie Simaga, Pierre Deladonchamps, Ronit Elkabetz, Aurélien Recoing, Olivier Rabourdin, Lubna Azabal, Charles Berling, Némo Schiffman, Grégoire Monsaingeon, Achille Ridolfi, Sara Stern, Tewfik Jallab, Thibaut Evrard, Aloïse Sauvage, Arauna Bernheim-Dennery.