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Politique

Le racisme d'Etat tue

Trois jeunes morts suite à des interventions policières cette semaine

Au cours des dix derniers jours, trois jeunes, tous issus de quartiers populaires, ont trouvé la mort suite à une intervention de la police. Des violences policières qui rappellent le racisme d'Etat également mis en cause dans la mort d'Adama Traoré en juillet 2016, dans les violences contre Théo et tous les autres.

Une quinzaine de mort par an selon les statistiques, de nombreux cas emblématiques -Théo, Adama Traoré, Lamine Dieng- et très souvent le même profil de la victime : un jeune homme, issu des quartiers populaires, racisé, tué à l’occasion d’un contrôle de police. Cette semaine, en France, c’est trois victimes, correspondant toutes à ce même profil, qui ont été victimes des forces de polices. Trois noms, trois victimes, trois familles et autant de quartiers endeuillés.

Joail, percuté par un train alors qu’il fuyait un contrôle de police : un nouveau Zyed et Bouna

Il y a une semaine, le 21 novembre, Joail, 19 ans, aurait été percuté par un TER dans l’agglomération de Vienne (Isère). Il est mort sur le coup. D’après l’avocat, après avoir arrêté le jeune homme sur un quad, les policiers municipaux auraient dégradé l’engin. Quand Joail revient chercher son bien, la police municipale cherche à l’appréhender et commence à lui courir après sans raisons. Evidemment, depuis, même si une information judiciaire a été ouverte, les policiers qui ont poursuivis Joail jusqu’aux abords de la ligne de la TER n’ont jamais été confondus. Les seuls visés par la répression sont les jeunes du quartier de Joail qui ont eu le malheur de laisser exprimer leur haine vis-à-vis de ces meurtres policiers qu’ils connaissent trop. Si les policiers municipaux sont en totale liberté, le Parquet de Vienne n’a dit qu’une chose : « qu’il souhaitait que très forte réquisitions soient prises pour réprimer ces agissements ». Quelques mois de prisons pour des poubelles brûlées, totale liberté pour les policiers incriminés.

Nicolas, tué par balle au terme d’une course poursuite à Thonon

Même jour que Joail, à 200km de là : Nicolas, 21 ans, du quartier de Collonges à Thonon-les-Bains, est tué par balles par la BAC au terme d’une course poursuite. Lui et son frère auraient refusé un énième contrôle d’identité. La police tire sur le véhicule, et tue le jeune originaire du Congo, qui attendait depuis des mois que la procédure pour le passeport aboutisse. Tout le monde dans la cité s’accorde : « ce n’était ni un voyou, ni un terroriste » dénonce sa mère. Encore une fois, la réponse de la police fut immédiate : 50 CRS dans le quartier pour « sécuriser » la ville. Dans ce contexte, l’IGPN a été obligé d’ouvrir une enquête, étant donné le coup de feu létal, tandis que la PJ d’Annecy a lancé une procédure pour tentative d’homicide pour personne dépositaire de l’autorité publique… Face à ces enquêtes, la famille a lancé sur sa page facebook « Justice pour Nico » un appel à témoin pour ne pas laisser les flics imposer leur récit de ce meurtre.

Massar, mort asphyxié à Gare du Nord

Le lendemain de ces deux drames précédents, c’est Massar qui décède dans une chambre d’hôpital après 13 jours de coma. Deux semaine avant, à Paris, gare du nord, Massar, 20 ans, se retrouve face à un énième contrôle d’identité. Le jeune homme, surpris en train de vendre de la drogue aurait avalé les pochons de crack en sa possession avant de fuir. Les agents le rattrapent et, plutôt que d’appeler les urgences, les policiers ; disent-ils, « se mettent à plusieurs sur lui pour l’immobiliser et lui faire recracher ». Le jeune homme tombe dans le coma. Le SAMU de Lariboisières, en face de la gare, le prend en charge ; le diagnostic est sans appel : encaphalopathie post-anoxique, c’est à dire des lésions cérébrales importantes dues à un manque d’oxygène. En clair, c’est l’asphyxie qui a causé l’état de coma dont le jeune homme ne se réveillera jamais. Les médecins qui ont retiré les pochons de son organisme n’ont détecté aucune présence de drogue dans le sang. C’est donc les policiers qui l’ont tué, l’écrasant à plusieurs, comme Adama Traoré dans la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise.

Trois jeunes hommes, tous noirs ou arabes, tués lors d’un contrôle de police en une semaine : si on le rapporte à tous les autres, on a bien affaire à un véritable « fait social », un crime organisé, légitimé et protégé par l’Etat, loin de ce que les commissaires décrivent comme de simples « bavures ».




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