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Genres et Sexualités

Dans un contexte de multiplication des agressions

Trois personnes arrêtées au rassemblement contre les violences LGBT-phobes à Paris

A l’appel de SOS Homophobie et de l’Inter-LGBT ainsi que d’une quarantaine d’associations de défense des droits humains, des centaines de personnes étaient réunies hier sur la place de la République pour s’opposer aux violences homophobes. Un rassemblement où se s'est exprimée la diversité des positions du mouvement LGBT et qui s’est conclu par l’arrestation de trois personnes, accusées d’avoir entonné des chants dénonçant les violences policières.

Des centaines de personnes présentes au rassemblement place de la République

Le rassemblement se tenait alors que ces dernières semaines différents cas d’agressions homophobes ont obtenu une visibilité importante sur les réseaux sociaux, mettant ainsi des images, souvent choquantes, sur la réalité de cette violence courante puisqu’on recense au moins une agression homophobe tous les trois jours.

A la tribune, Joël Deumier de SOS Homophobie a ainsi rappelé ce contexte, tout en notant que si les quelques cas médiatiques participaient d’une libération de la parole, de nombreuses agressions restaient encore tues par leurs victimes. Le président de SOS Homophobie a par ailleurs mis en perspective ce phénomène de visibilisation des agressions avec une libération de la parole homophobe, de la Manif Pour Tous à l’Eglise Catholique en passant par Marcel Campion, notamment dans le cadre du débat autour de la PMA.

L’association Acceptess-t, qui lutte contre les discriminations envers les personnes trans’, a ensuite pris la parole. L’évocation de la mort de Vanesa Campos, une travailleuse du sexe trans assassinée il y a quelques mois, a ainsi rappelé l’exposition des personnes trans’, migrant.e.s et précaires à la violence, de même que le lien entre les violences LGBT-phobes et la politique anti-migrants du gouvernement, concentrée notamment dans la loi Asile et Immigration. Une problématique également mise en avant par Urgence Homophobie, une association qui accompagne les demandeurs d’asile LGBT.

Notant la faible visibilité des personnes racisées dans la communauté LGBT, les Diivines LGBTIQ+ ont mis en avant l’importance d’une lutte intersectionnelle sur les questions de LGBT-phobie. L’association Handi Queer a également mis en avant un tel enjeu en mettant en exergue les problématiques qui affectent les personnes LGBT dans l’accès aux soins. De nombreuses associations ont pu prendre la parole, éclairant ainsi la diversité des violences LGBT-phobes à travers de multiples prismes. Tandis que Bi’Cause rappelait les mutilations subies par les personnes inter-sexes, l’association Contact mettait en avant l’expérience des proches de personnes LGBT face à la multiplication des violences LGBT-phobes. Le président des Gay Games rappelait quant à lui la prégnance de l’homophobie dans le sport et la nécessité de promouvoir un sport inclusif.

Act Up dénonce le Pink washing et les politiques anti-sociales du gouvernement

Alors que de nombreuses interventions réclamaient une intervention des pouvoirs publics, Joël Deumier de SOS Homophobie évoquant même la nécessité d’une politique d’état « autonome » par rapport aux actions menées par les associations, Act Up s’est distingué en portant une voix plus contestataire. L’association, qui a refusé de signer l’appel au rassemblement, a ainsi mis en perspective la prise de position du gouvernement sur la PMA : « Il est insupportable de lire dans l’appel lancé par les organisateurs que la haine LGBT-phobe n’a pas sa place dans la République alors que le gouvernement tente de se servir de la PMA comme diversion face à des politiques anti-sociales ».

Dénonçant le pink washing de la Ville de Paris, l’association a noté : « Il est insupportable que la Ville de Paris labellisée gay-friendly ne soit en fait qu’une affiche de promotion d’un capitalisme rose et d’une communication foncièrement coupée des problématiques de la quotidienneté. Peinturlurer les passages piétons du Marais aux couleurs du drapeau LGBT ne leur confère aucun pouvoir magique. Sos Homophobie, l’Inter-LGBT, LGBT+ En Marche, FLAG et Kelib sont des instruments de collaboration consentante de cette mascarade. », n’hésitant pas à pointer du doigt les organisateurs du rassemblement pour leurs compromissions politiques.

Trois militants arrêtés pour avoir dénoncé les violences policières

Provoquant huées et applaudissements, l’intervention d’Act Up a permis de mettre en lumière la nécessité de convergences concrètes entre le mouvement LGBT et d’autres secteurs. Une position qui n’était, semble-t-il, pas du goût de tout le monde, et notamment des CRS, présents en nombre au rassemblement. Trois militants ont ainsi été arrêtés pour avoir entonné des slogans dénonçant les violences policières : « Zyed, Bouna, Théo et Adama, on n’oublie pas, on pardonne pas », « Tout le monde déteste la police », avant d’être relâchés dans la soirée.
Un événement particulièrement symbolique, et qui met là encore l’accent sur les clivages qui traversent la communauté LGBT, entre un mouvement de défense des droits qui considèrent l’Etat et le gouvernement comme un allié, et une frange plus radicale qui promeut la convergence des luttes, et réinscrit la lutte contre la LGBT-phobie dans la pluralité des problématiques qui traversent la société. A l’heure où, dans un capitalisme pourrissant, les politiciens réactionnaires s’appuient fortement sur la LGBT-phobie pour mobiliser leur base sociale, à l’image de la politique de la Lega en Italie, de Bolsonaro au Brésil ou encore de Donald Trump, tandis que les politiciens libéraux cherchent à instrumentaliser les luttes LGBT, la nécessité d’une politique contre la LGBT-phobie capable de faire le pont avec les problématiques de tous les secteurs opprimés et exploités apparaît comme centrale.




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