Société

Après avoir éborgné Joachim

Trois policiers devant le juge pour répondre de leurs actes de violence 

Publié le 18 novembre 2016

Le 8 juillet 2009 au soir, à Montreuil, habitants du squat et lieu d’organisation « La Clinique » et sympathisants du quartier organisent une manifestation festive pour protester contre l’expulsion du squat. A leur arrivée devant les lieux, ils sont accueillis par les policiers et une série de tir de flash-balls à la tête. Bilan : six blessés, dont cinq au dessus de l’épaule. Parmi eux, Joachim est éborgné. Sept ans plus tard, trois des policiers seront finalement jugés au tribunal de Bobigny, du lundi 21 au vendredi 25 novembre.

Isaac Asimov

Les victimes, qui se sont organisées à la suite des faits en un « Collectif 8 juillet », ont planifié un agenda de mobilisation pendant le procès pour soutenir les témoins et en faire une échéance politique, à laquelle de nombreuses victimes de violences policières, des associations et des collectifs de luttes contres ces violences seront présents. Dans leur communiqué, les victimes rappellent qu’en France, la police tue en moyenne une personne par mois, et qu’elle en mutile bien d’autres : on comptent plus de 40 blessés graves dont une majorité d’éborgnés. Et, comme le soulignent Pierre Douillard-Lefevre (éborgné en 2007 par un tir de LBD) dans son livre L’Arme à l’oeil, ou des associations de ligne humaniste telles que l’ACAT, la tendance est à la forte hausse depuis quelques années, avant même l’état d’urgence. Si l’on n’a pas encore les bilans chiffrés de l’année écoulée, inutile de rappeler à quel point celui-ci à été mis à profit pour faire franchir un cap aux violences policières, tant dans les quartiers populaires que contre les manifestants et les syndicalistes.

Le communiqué rappelle également que « dans la quasi totalité des affaires impliquant flash ball et LBD 40, les policiers ont bénéficié de classements sans suite, de non-lieux ou de relaxes : on compte seulement trois condamnations sur une quarantaine d’affaires. Une impunité instituée qui est également la règle dans les affaires de meurtres policiers. » Une telle impunité policière n’est pas anodine : on ne peut la comprendre qu’en comprenant le rôle de la police comme bras armé de l’État pour maintenir l’ordre social. Ce maintien de l’ordre social implique notamment d’obliger chacun à rester à sa place : les habitants des banlieues dans leurs ghettos, les travailleurs dans leurs boîtes, les étudiants dans leurs universités. Contester les fondements de la société, c’est donc s’exposer aux défenses de l’État, sa police et son armée. Face à l’offensive autoritaire il nous faut construire un front large de mobilisation contre la répression social. Pour ne plus être la cible d’une police toujours plus violente simplement parce qu’on est racisé, comme ce fut le cas pour Adama et de nombreuses autres victimes, pour pouvoir défendre nos droits à des conditions de vie décentes sans se faire fouiller, palper, gazer et fracasser en manifestations. C’est pourquoi il faut aller aux rassemblements la semaine prochaine pour soutenir les victimes du collectif et dire que l’impunité policière doit cesser !