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Politique

Après le "pognon de dingue"

Trouver un emploi « en traversant la rue » ? Macron prépare les esprits au néo-libéralisme anglo-saxon

« Je traverse la rue, je vous en trouve [du travail] » a lancé Macron à un jeune horticulteur dimanche 16 septembre. Si la scène a ouvert une polémique telle que la majorité présidentielle a dû le défendre en bloc, les propos du président de la République ne sont pas anodins et entrent dans une stratégie consciente pour préparer l’opinion publique à sa vision d’une évolution du marché du travail qu’il compte mettre en application. Comme au Royaume-Uni ou en Allemagne le gouvernement compte généraliser la surexploitation pour les plus précaires.

« La meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler », on se rappelle de cette déclaration choc avant même l’élection présidentielle en 2016. Depuis, les ordonnances XXL ont parachevé la loi El Khomri pour généraliser la facilitation des licenciements. Deux ans plus tard, courant juin, Macron diffusait une vidéo devenue virale sur son compte twitter, où il fustigeait le « pognon de dingue » que « coûtent » les aides sociales. Comme une façon pour Jupiter de préparer les esprits au profond big-bang qu’il allait opérer à la rentrée contre le système d’aides aux plus précaires.

Présenté comme un plan de subvention de 8 milliards d’euros, le « plan pauvreté » est en réalité un cheval de Troie. En effet, via la mise en œuvre du « revenu universel d’activité », Macron ouvre ainsi la voie vers une remise en cause de l’universalité de l’aide sociale. Ainsi, le remplaçant du RSA, dépendant actuellement des revenus, sera conditionné à l’acceptation de deux offres d’emploi « raisonnables ». C’est non seulement tout une logique qui vise à culpabiliser ceux qui perçoivent une aide, ou encore une stigmatisation, mais aussi une individualisation.

Cependant, au-delà des aspects idéologiques visant à la fragmentation du monde du travail, derrière cette conditionnalité des aides se cache l’ouverture d’un nouveau marché du travail au service du patronat. C’est le marché du « travail forcé », existant déjà au Royaume-Uni ou en Allemagne, un marché où quiconque souhaiterait continuer à percevoir une aide déjà à peine suffisante pour survivre est condamné à se faire surexploiter. Loin d’être une passerelle vers l’emploi, c’est bien en réalité le maintien dans la pauvreté, mais une pauvreté utile à l’augmentation des profits du patronat.

Après avoir attaqué les travailleurs dit « protégés » en CDI, le « président des riches » compte ouvrir un nouveau volet en visant cette fois-ci les plus précaires. Comme l’exprime L’historien Christian Delporte au journal Le Monde : « Ces petites phrases sont à la fois stratégiques et sincères, elles accompagnent et préparent l’opinion sur le contenu des grandes réformes à venir ». Il continue « sa vision du marché du travail, proche de celle des Anglais : au Royaume-Uni, quand vous avez refusé deux propositions d’emploi par exemple, vous ne touchez plus d’allocations. »

S’il est clair que Macron tente d’ouvrir une nouvelle séquence où il affirme se préoccuper désormais des « derniers de cordée » ou explique qu’il s’agit désormais d’« arrêtez d’emmerder les retraités », cela exprime, en définitive, la nécessité pour Macron, dont l’impopularité est record, de reconquérir une base sociale plus large sur la gauche notamment, censée illustrer le « progressisme » de Macron. Si la méthode est plus insidieuse, le fond des attaques reste identique. Il suffit, en cela, de voir que malgré les efforts de « pédagogie », le plan pauvreté est loin d’avoir convaincu.

Alors que Macron montre, jour après jour, qu’il n’est plus Jupiter, ce dont il s’agirait, ce serait de commencer à utiliser les brèches ouvertes par la macronie pour passer à la contre-offensive. Une contre-offensive qui ne peut pas passer par la négociation de la régression sociale mais par la préparation d’un plan de lutte sérieux à même de créer le rapport de force, par nos méthodes de luttes, celle du mouvement ouvrier, les grèves et les manifestations de rue.




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