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Monde

La population n'a même pas été alertée...

Tsunami en Indonésie : une catastrophe évitable ?

Bien sûr, le grand patronat n'est pas responsable de l'éruption volcanique qui a déclenché le tsunami meurtrier. Cependant, le fait est que dans un pays régulièrement touché par des catastrophes naturelles, les infrastructures sont quasi-inexistante alors même que les technologies permettant d'éviter le drame existent. Cette fois-ci, la population n'a même pas été prévenue...

Le bilan est lourd, et ne fait qu’augmenter. A l’heure où nous écrivons ces lignes, ce sont déjà plus de 300 personnes qui ont péri sur les côtes des îles de Java et de Sumatra en Indonésie, suite au tsunami de samedi soir. Il s’agit du second tsunami de l’année 2018 qui touche le pays, après celui des Célèbes en septembre dernier, qui avait fait des milliers de morts. Cette fois-ci, le drame s’est produit à la suite de l’entrée en éruption de l’Anak Krakatoa, un volcan né il y a 90 ans entre les îles de Java et Sumatra, dans le détroit de la Sonde. Une zone située en plein cœur de la fameuse « barrière de feu ».

Absence d’alertes : la population abandonné face au Tsunami

Les images, terribles, ont fait le tour du monde. De larges zones dévastées, des hôpitaux surchargés et des secours débordés. Mais une autre image, plus étonnante, traduit bien la situation qu’a dû affronter la population indonésienne : celle de ce concert, où la scène puis le public se fait emporter, prenant ainsi tout le monde par surprise.

Car c’est bien ici que se situe la polémique. Aucune alerte tsunami n’a été déclenchée par les autorités. Et depuis, on a entendu tout un florilège d’explications visant à se déresponsabiliser du drame. Franck Lavigne, directeur du laboratoire de géographie physique de Meudon, interrogé par France 24, explique ainsi que « des séismes volcaniques comme celui-ci, il y en a sans arrêt au Krakatoa ou ailleurs en Indonésie. Donc, si on devait déclencher une alerte à chaque fois que ça tremble un peu, elle serait déclenchée tous les jours quasiment ».

Même son de cloche de la part de Ayang Satyana, géologue indonésien auprès d’une agence gouvernementale, la Force d’intervention spécialisée dans la recherche de pétrole et de gaz, et interrogé par Le Monde. Pour lui, « le tsunami n’a pas été provoqué par un séisme et il n’a donc pas été possible d’anticiper la catastrophe et d’alerter les gens. En Indonésie, nous ne disposons pas de la technologie permettant d’anticiper un tsunami qui n’est pas provoqué par un tremblement de terre », expliquant ainsi que la réponse des autorités au tsunami n’avait pas été trop lente ! Pourtant, plus loin dans l’entretien, le géologue est forcé de le reconnaître : « Ce qui vient de se passer est inédit pour l’Indonésie. Je ne sais pas combien de temps il va nous falloir pour façonner un modèle de réponse appropriée à ce genre de désastre. Je pense qu’une fois cette modélisation définie, il sera possible de mettre sur pied un système d’alerte. Cela pourrait prendre entre trois mois et un an ». Puis, en guise de conclusion, Satyana explique que l’Indonésie dispose déjà « d’une certaine technologie à cet égard, mais nous avons besoin d’appareils plus modernes. Ceux dont nous disposons ne fonctionnent pas toujours très bien, car ils ont été endommagés par… les éruptions ! ».

Un attentisme criminel

Ici, on peut se poser la question : si le matériel est endommagé et ne fonctionne de manière aléatoire, pourquoi n’est-il pas remplacé ? S’il ne faut pas plus de trois mois à un an pour mettre sur pied un modèle permettant de prévenir des désastres du type de celui de samedi dernier, pourquoi avoir attendu qu’une vague emporte des centaines de vies, et probablement plusieurs milliers d’ici à la fin du macabre décompte ? Dans un pays aussi exposé aux catastrophes naturelles, comment est-il possible de laisser la population sans infrastructures suffisantes pour protéger la population ?

C’est ici que le froid calcul cynique qui régit le modèle capitaliste apparaît au grand jour. A quoi bon « sécuriser » les zones peuplées par des populations pauvres ? A quoi bon, par prévision « non rentable » économiquement, financer le renouvellement du matériel et des études pour prévenir les drames ? Dans notre système, il est ainsi tolérable qu’un pays extrêmement exposé aux risques sismiques se voit refuser l’accès à des technologies de pointe en raison de son niveau de développement économique. Derrière les excuses avancées, et les aveux des scientifiques, admettant à demi-mot que les moyens de prévenir de tels drames sont loin d’être inatteignables, c’est bel et bien cette vérité qui éclate : les victimes du tsunami « volcanique » qui a touché l’Indonésie sont des victimes du capitalisme.