Notre classe

Des risques devant lesquels tous ne sont pas égaux

Tu es intérimaire ? Tu as deux fois plus de chance de mourir

Publié le 11 novembre 2016

C’est le constat absolument terrible qui ressort des chiffres 2014 publiés à l’occasion de négociations de branche entre les syndicats et Prism’Emploi, la fédération patronale de l’intérim. Dans certains secteurs, comme la métallurgie, les risques d’accident de travail et d’accident mortel sont jusqu’à deux fois plus élevés.

Hervé Ménard

Ce n’est jamais la faute à pas de chance. Les accidents de travail, déjà très élevés dans les entreprises et dans les administrations de l’Hexagone, sont démultipliés dans le cas des intérimaires. Des machines obsolètes, un manque de formation, des cadences de travail plus intenses, et l’accident est beaucoup plus probable.

Le taux d’accidents de travail, à savoir d’arrêt de travail supérieur à 1 jour sur douze millions d’heures travaillées est de 22,9 pour un salarié en CDI mais monte à 34,9 pour le travail temporaire. Dans certains secteurs, comme la métallurgie, le taux est le double quand on est intérimaire (42,8) par rapport à celui des accidents dont sont victimes les CDI (20,1). C’est ainsi que, globalement, l’assurance-maladie a enregistré pour 2014 39.869 accidents du travail dans le secteur de l’intérim et 64 décès.

Les responsables ont un nom et pignon sur rue : Manpower, Adecco, ou encore une multitude de petites boites où les conditions d’embauche et de travail sont encore plus catastrophiques. Cette inégalité entre CDI et intérimaires serait encore plus forte par rapport aux maladies professionnelles, mais aucun chiffrage n’est réellement disponible en raison de la complexité à tracer les intérimaires au sein d’une médecine du travail largement absente, de toute façon, du secteur.

Le caractère accidentogène de l’intérim montre comment il faudrait l’interdire et exiger l’embauche sur des postes fixes de l’ensemble des précaires et des intérimaires, à commencer par les grandes entreprises, qui en ont absolument les moyen, sans même parler du public, l’Etat étant un gros consommateur de travail précaire. Ailleurs, a minima, il faudrait imposer, comme le défend la CGT pour le secteur, la mise en place d’une médecine du travail de branche, l’obligation de formation à la sécurité avant chaque mission, l’obligation de reclassement pour les salariés victimes d’accidents, la reconnaissance de l’intérim comme facteur de pénibilité ainsi que l’interdiction d’affecter des intérimaires sur les postes les plus accidentogènes.