Politique

Nouveau saut dans la politique autoritaire d’Erdoğan

Turquie. Des députés pro-kurdes du HDP emprisonnés

Publié le 4 novembre 2016

Le gouvernement turc a arrêté des députés du parti kurde HDP. La police a donné l’assaut du siège du parti et a bloqué de nombreux réseaux sociaux. Un mouvement de solidarité internationale est urgent. Un attentat à la bombe a ensuite eu lieu devant la préfecture de police de Diyarbakir, faisant neuf morts, dont deux policiers, et une centaine de blessés. Depuis le coup d’état avorté de cet été, la Turquie s’enfonce chaque jour un petit peu plus dans un régime de plus en plus autoritaire.

Durant la nuit de jeudi, la police turque a arrêté sur ordre présidentiel des parlementaires du HDP, le Parti démocratique des peuples pro-kurde. Il y a eu plus d’une dizaine d’arrestations. Selon la presse turque, les députés ont été arrêtés pour n’avoir pas respecté une assignation judiciaire à leur encontre. En mai dernier, les partis présents au parlement ont convenu de modifier la constitution afin de pouvoir faciliter l’annulation de l’immunité des membres du parlement. S’est ensuivie la suspension de l’immunité de 138 politiques, dont notamment les membres de la fraction kurde : 53 des 59 députés du HDP ont vu leur immunité supprimée, et plus largement, ce sont 148 députés qui ont vu leur immunité être retirée.

En plus des arrestations de ce jeudi, la répression de l’État turc a pris de telles proportions qu’un assaut a été donné au siège central du HDP. Cette attaque est en lien directe avec la purge qui se fait sous le nom « d’État d’urgence » et qui a notamment été utilisée par Erdoğan pour continuer à développer ses politiques autoritaires. La co-présidente du HDP, Figen Yüksekdağ, a dénoncé ces arrestations : « Tout comme vos procureurs, vous aussi (le gouvernement de l’AKP) vous êtes des bandits ! ». La répression ne concerne pas que les hommes politiques du troisième parti du pays : le 3 novembre, 1218 gendarmes « soupçonnés de collusion avec le mouvement Gülen » ont été limogés. Le 2 novembre, c’était 137 universitaires qui subissaient, pour les mêmes raisons, l’attaque du gouvernement.

Dans le même temps, l’accès au réseau social Twitter, mais aussi Facebook et WhatsApp, a été bloqué en Turquie afin d’empêcher toute mobilisation ainsi que la diffusion d’informations. La réaction a été immédiate. En Europe, en Turquie et au Kurdistan, des milliers de militants se sont rassemblés la nuit dans les rues pour protester contre ces détentions. Ainsi, le chef du Parti républicain du peuple (kémaliste), le CHP, Kemal Kiliçdaroğlu, a déclaré : « Ces arrestations sont absurdes (…). La Turquie avance comme un véhicule sans freins. Personne ne sait où elle va. Les dirigeants sont en train de la ramener dans les ténèbres moyen-orientales, tout ça pour imposer un régime présidentiel personnifié. ». Il y aura aussi ce vendredi des mobilisations en Allemagne. Contre cette offensive anti-démocratique contre le peuple turc, il s’agit pour les travailleurs de lutter avec leurs propres armes contre l’autoritarisme d’Erdoğan. La méthode de l’attentat contre les préfectures de police, qui n’est pas nouvelle, n’est pour cela que peu productive et ne fera qu’éterniser un peu plus le conflit ouvert entre le PKK et l’État turc qui dure depuis 1984. Prendre la rue, et imposer une pression démocratique sur un gouvernement qui n’a plus que la répression policière et militaire pour gouverner, ceci est un moyen à notre disposition. D’autre part, il est de la responsabilité de tous et toutes, à travers le monde, d’apporter son soutien et sa solidarité aux habitants de Turquie, ce que nous faisons nous-mêmes par le présent article.