Genres et Sexualités

Homophobie d’Etat

Turquie. Erdogan interdit la marche des fiertés pour la deuxième année consécutive

Publié le 20 juin 2016

Pour la deuxième année consécutive, le gouvernement turc et les autorités d’Istanbul ont interdit la marche des fiertés. Une mesure que les collectifs LGBT contestent fortement.

Correspondant

Le gouvernement turc vient d’annoncer sa décision d’interdire l’organisation de la marche des fiertés qui devrait se tenir le 26 juin. « Des membres du collectif LGBT ont diffusé par voie de presse, d’Internet et de réseaux sociaux un appel à une marche des fiertés entre les 19 et 26 juin à Taksim (place centrale emblématique d’Istanbul). Le gouvernement n’autorisera pas l’organisation d’une telle marche ou manifestation afin de préserver la sécurité et l’ordre public » a-t-il déclaré dans un communiqué publié vendredi 19 juin.

C’est la deuxième année consécutive que les autorités turques interdisent la marche des fiertés. Alors que la première marche a eu lieu en 2003 seulement, elle est devenue un véritable phénomène rassemblant chaque année des milliers de personnes LGBT et leurs alliés.

L’an dernier la marche a été interdite pour la première fois. Le prétexte du gouvernement ? La marche tombait en pleine période du Ramadan. En 2014 également, mais le gouvernement n’a pas pour autant interdit l’organisation de la manifestation.

La police a fortement réprimé la manifestation, employant alors des canons à eau et des gaz lacrymogènes contre des milliers de personnes qui avaient décidé de braver l’interdiction homophobe.

Depuis les manifestations contre le gouvernement de 2013, les autorités publiques n’ont autorisé aucun rassemblement à la place de Taksim et très peu dans les environs de la rue Istiklal.

Le communiqué du gouvernement note que « pour de telles activités il y a d’autres espaces prévus comme antérieurement annoncé », faisant référence à des terrains vagues dans les quartiers périphériques de la ville, mentionnés déjà par le gouvernement l’année prochaine comme étant propices à l’accueil des manifestations syndicales ou politiques.

La tension est particulièrement élevée après qu’un groupe ultra-nationaliste turc, Alperen, a exigé du gouvernement l’annulation pure et simple de la marche lors d’une conférence de presse. Dans le cas contraire, ses membres feraient « ce qui serait nécessaire » pour empêcher « par tous les moyens possibles » que la marche se tienne.

Le gouvernement a montré sa détermination à interdire la marche annuelle dimanche 19 juin. La police a interrompu dimanche la « Trans Pride », qui se tenait place de Taksim, et a réprimé les manifestants à coup de matraques, de gaz lacrymogènes et avec des balles en caoutchouc. Un avant-goût de la répression qui attend les personnes qui, refusant de se soumettre à l’homophobie d’État, manifesteront tout de même dimanche pour leurs droits.