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Genres et Sexualités

Abus de pouvoir et culture du viol

UNEF : D’anciennes militantes dénoncent les violences sexistes et sexuelles

Dans une tribune publiée dans le Monde, quatre-vingt-trois anciennes militantes de l'UNEF dénoncent les violences sexistes et sexuelles au sein de l'organisation, leur ampleur systémique, ainsi que le « véritable contrôle des corps des femmes » qu'ont imposé plusieurs dirigeants pendant de nombreuses années. Ces dénonciations interviennent après les révélations de Libération sur les cas de harcèlement et d'agressions sexuelles au sein du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS).

Des journalistes du Monde ont mené une enquête sur les pratiques sexistes au sein de l’Unef. Résultat ? De nombreux témoignages dénonçant les violences sexistes ont été entendus. Le 16 novembre une boite mail, balancetonporcalunef@gmail.com, a été créée pour recueillir les témoignages. Des anciennes membres de l’UNEF rapportent ainsi de nombreux cas de harcèlement sexuel, de comportements sexistes, mais aussi de viols. Un panorama glaçant et qui témoigne du sexisme et de la culture qui règne dans les organisations politiques.

Selon l’enquête du Monde, « L’UNEF a ses codes et ses lois particulières ». Parmi eux, un machisme structurel à l’organisation, et une hiérarchie très marquée, qui accorde à l’élite, souvent masculine, une position de pouvoir importante. Une position de pouvoir que ces derniers instrumentalisent bien souvent à leur guise, notamment pour obtenir des relations sexuelles non consenties avec les militantes du syndicat. Et même, si dans certains cas il pouvait y avoir aux premiers abords consentement, certaines d’entre elles déclarent que la domination était telle, « que se refuser au leader paraît difficile. Celles qui disent non le payent : elles sont marginalisées ou moquées ». « Le chef avait une sorte de droit de cuissage », confirme Marion, ancienne militante. En effet, en amont des rencontres nationales, l’ancien président de l’UNEF, Jean-Baptiste Prévost, faisait venir à Paris des militantes régionales dans le but d’avoir des relations sexuelles avec elles. Des militantes avec souvent le même profil : nouvelles dans l’organisation, influençables et fragiles.

Dans la tribune, les signataires racontent que, « Lors des rencontres nationales, quelques hommes se sont servis des failles de l’organisation pour développer des stratégies particulièrement graves : approcher leurs proies, parfois très jeunes, les faire boire, voire les droguer, pour se passer de leur consentement ». Elles décrivent un « système de prédation » envers les femmes.

Ces anciennes membres dénoncent un machisme structurel et une « mentalité viriliste », qui prédominait et s’exprimait à travers « la domination physique et sexuelle ». Au-delà des cas de viols, d’agressions sexuelles, d’abus de pouvoir, les pratiques sexistes étaient multiples : « tableaux de chasse, classement systématique des femmes (attributs physiques, performances sexuelles...), Blagues sexistes et homophobes, attitudes virilistes, jeux chat-bite, sexes sortis en pleine réunion... Jusque dans leur intimité, les femmes étaient sans cesse catégorisées, évaluées, contrôlées, épiées. Sous le couvert de la libération sexuelle, il s’agissait en réalité d’un véritable contrôle du corps des femmes ». 

Face à toutes ces violences, c’est bien évidemment l’omerta et le silence qui ont longtemps régné au sein de l’organisation. Plusieurs femmes ont tenté de parler, de dénoncer ces pratiques, mais leurs paroles ont été étouffées, et elles ont y compris parfois été victimes de pressions, d’intimidations.

Pour ne prendre qu’un exemple, en septembre 2010, Marion, responsable d’une province, s’est plaint du comportement de Jean-Baptiste Prévos : « J’étais devenue l’éponge entre les femmes qui se confiaient et le président qui ne pensait qu’à faire son marché dans les AGE. J’ai été dire à la secrétaire générale qu’il détruisait l’orga et qu’il fallait qu’il parte ». Résultat ? Celle-ci a été répudiée sans bruit par son organisation.

Souvent, les femmes ont subi des pressions psychologiques à la culpabilisation, au fait que parler signifiait trahir l’organisation : « Nous avons souvent été renvoyées à notre culpabilité. Il fallait se taire pour ne pas affaiblir l’organisation. Et puis finalement, était-ce si grave ? Était-ce bien cela ? Avions-nous des preuves de ce que nous avions vu et/ou subi ? Remettre en cause certains cadres, c’était clairement se voir accusée de trahison, d’être instable, jalouse, aigrie ou ne pas avoir le sens des responsabilités... Celles qui résistaient étaient traquées, harcelées jusque devant la porte de leur domicile ». L’argument de protéger l’organisation a contribué à réduire au silence les victimes et permis aux agresseurs d’agir en toute impunité.

Ces pratiques - culpabilisation, banalisation, étouffement de la parole - résultent de la culture du viol qui structure nos sociétés patriarcales. Une culture du viol omniprésente et reproduite dans les organisations politiques dominantes, au pouvoir ou proche de celui-ci, qui prétendent pourtant représenter les intérêts des femmes et lutter contre les violences de genre.

Face à ces dénonciations, l’actuelle présidente, Lilâ Le Bas, juge que « cette libération de la parole est nécessaire et salutaire pour inverser les rapports force ». Elle assure également qu’aujourd’hui l’organisation s’est dotée d’outils pour lutter contre les violences faites aux femmes et le sexisme : réunions non mixtes, rappel des règles du consentement lors des moments festifs... « On a progressé. Il y a eu des cas de harcèlement mais on ne les passe pas sous silence. On fait tout pour que les femmes puissent militer en toute sérénité », poursuit-elle. Mais au vu du caractère structurel de ces pratiques, et de la nature du syndicat (opacité, hiérarchie importante, rapports de pouvoirs), on peut douter de l’efficience de ces déclarations.

Crédits photo : FRED DUFOUR / AFP




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