^

Monde

MS5 et Liga côte à côte ?

Italie. Accord gouvernemental entre les populistes et la droite

Le parti de la droite populiste du MS5 et de la droite xénophobe de la Liga ont finalement trouvé un accord pour gouverner et se sont mis d'accord sur le nom d'un premier ministre qu'ils ont communiqué au Président de la République Matarella. Toutefois, en tant qu'expression de la crise organique européenne, la crise institutionnelle italienne paraît bien loin d'être résolue.

Suite aux élections du 4 mars dernier, trois forces politiques aux intérêts économiques et politiques opposés se sont partagées la cadre parlementaire sans que l’un ne sorte majoritaire. D’un côté le grand gagnant de cette élection a été assurément le parti populiste de droite MS5. Sans réelle colonne vertébrale idéologique, opportuniste à l’extrême, sa base sociale est principalement constituée des classes populaires et de la petite-bourgeoise déclassé du Sud de l’Italie, (chômeurs, étudiants, ouvrier, femmes au foyer, etc.), frappées de plein fouet par l’austérité infligée au pays, le MS5 a axé principalement sa campagne autour la corruption endémique qui frappe la classe politique italienne. Se présentant comme le parti anti-austérité et anti-corruption.

De l’autre, la Ligue du Nord, de Matteo Salvini, à la tête d’une coalition de droite, une droite xénophobe axant sa campagne uniquement sur l’immigration et qui porte un programme adressé à la moyenne-bourgeoise à travers notamment l’instauration d’une flat tax à 15% pour les entreprises.

Enfin, le grand perdant de ce trinôme est le Parti Démocrate italien mené par Renzi. Parti de la grande bourgeoisie industrielle, il est un des derniers représentants en Europe des partis du « centre » ou plutôt de l’extrême-centre néolibéral ; défendant les intérêts du capitalisme financier et industriel, il réalise ainsi ses meilleurs scores dans des villes très riches du Nord de l’Italie comme Milan.

Face à cette mosaïque de partis contradictoires – qui n’est pas sans inquiéter la grande bourgeoisie – , les hypothèses de coalition ont été nombreuses. Le président de la République, de peur de ne voir l’Italie devenir ingouvernable, et subir une fuite des capitaux étrangers, a ainsi appelé à un « gouvernement de technicien » – c’est-à-dire nommer un banquier à la tête du pays et qui appliquerait les programmes d’austérité de la grande bourgeoise. En réaction, le MS5 et la Liga ont trouvé un accord, proposant le nom d’un Premier Ministre en commun qui sera dévoilé dès demain.

Pourtant, comme explicité précédemment, les contradictions de classe au cœur des électorats de ces partis rend des alliances stratégiques, sinon précaires, hautement improbables et intenable à long-terme. Leurs points d’accord (politique migratoire dure, flat tax à 15% pour les entreprises, revenu citoyen à 780 euros) évitent soigneusement de mentionner des sujets hautement stratégiques (et hautement inflammables), et qui risquent de cristalliser les dissensions au sein des différentes ailes de la bourgeoisie mais aussi de leurs électorats respectif. Ainsi de la question l’Union Européenne (rester ou sortir ?) qui n’est évoquée que très vaguement par les deux partis, de crainte non seulement de se couper d’une partie de leur électorat, mais surtout d’effrayer Bruxelles et la grande bourgeoise.
En effet, se présentant comme anti-système, ces partis ne s’attaquent nullement à la racine du problème et aucun, pas même le « parti anti-système » MS5 ne s’attaque au capitalisme italien et européen.

Les marchés financiers ont d’ailleurs réagi avec beaucoup de fébrilité à l’annonce de cette alliance, notamment du fait des positions ambiguës sur l’Europe et la monnaie unique du MS5 ou celles de la Liga sur l’immigration. On voit bien que la bourgeoise n’est nullement un groupe homogène mais que ses différentes fractions s’entredéchirent – surtout en période de crise organique.

Car malgré tout, cela n’est en rien une bonne nouvelle pour la grande bourgeoise libérale européenne, représentée par les partis « d’extrême-centre », qui voient de nouveau un de leur bastion s’effondrer, accroissant la volatilité politique de l’Union Européenne, épicentre des contradictions du capitalisme international. A ce titre, Emmanuel Macron apparaît désormais de plus en plus isolé sur la scène internationale, après ses multiples revers aux Etats-Unis et en en Europe avec l’Allemagne. En cela, l’Italie pourrait bien représenter un des futurs possibles de la situation politique en Europe – et en France.

- Photo Tiziana Fabi/AFP




Mots-clés

Union Europénne   /    Italie   /    Monde