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Société

Traumatisme à l’hôpital

Un an après les attentats de Nice. Les hospitaliers : les autres victimes

Il y a un an, un camion à Nice fonçait dans la foule qui participait aux festivités du 14 juillet. Des dizaines de familles endeuillées, une multitude de blessés plus ou moins grave, c’est le personnel hospitalier du CHU de Nice qui ne sont pas prêts d’oublier un tel traumatisme.

Ce sont des centaines de brancards qui se dirigent vers les centres hospitaliers de Nice et ses alentours. Le « plan blanc » est déclenché, c’est-à-dire « un plan spécifique d’urgence sanitaire et de crise, […] qui permet la mise en œuvre rapide et rationnelle des moyens indispensables en cas d’afflux de victimes  ».

En d’autres termes, cela signifie que le personnel des différents services de l’hôpital doit prendre en charge des cas auxquels ils n’ont pas affaires. En plus du stress démultiplié par la situation et le nombre de patients, il a fallu aussi gérer la présence des familles et proches, dont un bon nombre allaient être, ou étaient déjà, endeuillés. Chaque service s’est retrouvé face à des tâches qu’il n’a pas à prendre en charge en temps normal. Par exemple, le service radiologie du CHU de Nice a été obligée de gérer les scanners des corps décédés, alors que les radiologues ne sont pas censés s’occuper de tels cas.

Une telle expérience a engendré sans surprise de nombreux traumatismes. Autour de 400 hospitaliers ont été mobilisés le soir du 14 juillet, et 1800 le lendemain. Au CHU de Nice, seulement une vingtaine d’entre eux ont déposé un arrêt de travail après le plan blanc, malgré une mobilisation intense, tant physiquement qu’émotionnellement. Une cellule psychologique est encore ouverte aujourd’hui, proposant des séances de débriefing et des suivis psychologiques, pour tous et toutes les hospitaliers et hospitalières qui en ont besoin, ainsi que la Cellule d’urgence médico-psychiatrique (organisation nationale qui intervient dans les situations post-attentat dans le milieu hospitaliers).

Face à cette situation, la manière dont a réagi l’Etat peut sembler anecdotique : il a tenu à décerner des médailles aux infirmiers et urgentistes du CHU de Nice mobilisés la nuit du 14 juillet. Au-delà du fait que bien d’autres hôpitaux étaient aussi mobilisés, ce n’est vraiment pas de médailles dont les hôpitaux ont besoin. Le secteur hospitalier a subi des coupes budgétaires sévères ces dernières années, or c’est avec plus de moyens qu’il pourrait mieux gérer ce genre de situation, avec moins de stress et moins de pression, mais plus d’équipements et d’embauche de personnel.

L’Etat essaie d’effacer ces autres victimes des attentats, et la remise de médailles représente bien cette volonté : les ériger au rang de « héros national », au même titre que les militaires. Héros, vraiment ? Ce n’est pas parce que c’est le service public que c’est un service rendu à l’Etat, c’est premièrement un service rendu à la population, victime des atrocités causées par les attentats, qui ne sont que les reflets ici des interventions militaires françaises au Moyen-Orient. Loin d’être un héros, le secteur hospitalier est doublement victime des politiques économiques et impérialistes de l’Etat français.

Crédits photos : Matarazzo/Fotogramma/ROPI-REA




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