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Un an après son élection, Trump au pied du mur

Le 8 novembre 2016, et à la surprise générale, Donald Trump remportait l’élection présidentielle américaine face à Hilary Clinton. Un an après, quel premier bilan pour l’ultra-réactionnaire président milliardaire américain ?

Crédits photo : Mario Tama—Getty Images

De nombreuses difficultés et la menace d’une destitution

Il y a tout juste un an, Donald Trump remportait les élections américaines. Or, le président américain a du faire face à une levée de bouclier… jusque dans son propre camp. C’est ainsi que sa tentative d’abrogation de l’ « Obamacare » a été battu au Sénat.

Très rapidement, Trump s’est retrouvé face au mur. Régulièrement attaqué sur ses prises de positions réactionnaires, son élection même, et les suspicions d’une ingérence russe lors de la campagne, a déclenché une tempête à laquelle le président américain doit faire face aujourd’hui encore, avec un risque de destitution qui n’a pas disparu des radars.

La question russe

L’affaire des e-mails et de l’ingérence russe dans les élections collent en effet aux basques de Donald Trump. Alors qu’Obama en personne était monté au créneau en décembre, deux semaines avant l’investiture, et que le président lui même n’a pas démenti, les relations entre Trump et la Russie ont rythmé la première année du mandat présidentiel.

Désireux de tourner le regard vers la Chine comme principale menace pour les Etats-Unis, Trump ne s’est pas fait que des amis au sein de l’establisment américain. Dans une tentative d’appaiser les tensions avec Poutine, le président américain a même divulgué des informations secrètes à la Russie, ce qui lui a valu une nouvelle polémique et de nouveaux arguments pour ses opposants au sein même de la machine d’État nord-américaine en mai dernier. Peine perdu, puisque les sanctions décidées par le Sénat à l’encontre de Moscou amènera Poutine a renvoyé 755 diplomates américains en juillet.

Au delà de ces péripéties, c’est surtout une guerre qui s’est ouverte entre la Maison Blanche et le FBI, déterminé à maintenir la Russie en ennemi n°1. Après les menaces envers l’ex-patron du FBI vis à vis des relations de ce dernier avec Moscou.

Un président va t-en guerre qui cherche à asseoir son autorité

Mis en difficulté sur le plan intérieur, Donald Trump a très vite chercher à contrebalancer la tendance par un engagement militaire de tous les instants, dans une logique de tournant bonapartiste autoritaire. Dès avril, le président américain bombardait la Syrie avant de s’illustrer avec le largage, le même mois, de la plus grosse bombe conventionnelle de tous les temps sur l’Afghanistan. Depuis, cette logique guerrière s’est accentuée, avec des menaces de plus en plus explicites sur le terrain, suivies de mesures concrètes, comme l’envoi de 4000 soldats supplémentaires en Afghanistan annoncé en Août, ou encore le discours ultra-guerrier de Trump devant l’ONU en septembre.

Mais, outre les atermoiements lors de la crise du Golfe, c’est surtout la montée des tensions avec la Corée du Nord qui a marqué, dans la dernière période, l’escalade guerrière de Trump. En définitive, le président américain, s’il n’a pas manqué de montrer les muscles, n’a pas réussie à apparaître comme un chef de guerre fiable, capable de gérer au mieux les temps chauds A contrario, c’est plutôt l’image d’un pyromane dangereux qui s’est installé, mettant à mal son projet de « contre-balancer » les turbulences rencontrées sur le plan national.

Un président xénophobe, homophobe, sexiste et climatosceptique

Président profondément clivant à son élection, Trump a systèmatiquement échoué dans ses tentatives pour devenir le chef de l’ensemble du peuple américain. Et ce ne sont pas ses sorties racistes qui améliorent sa situation, bien que contentant sa base électorale. Une base qui, après son élection, s’est d’ailleurs déchainée, avec de nombreux témoignages de violences racistes répertoriées. Dans ce cadre, Trump n’a pas hésité à tenir un discours dur à Phoenix, après les manifestations néo-nazies, notamment à Charlottesvilles.

L’élection de Trump a aussi réveillé le mouvement féministe. Il faut dire que le président américain est un adepte des déclarations sexistes. Ainsi, dès le lendemain de son investiture, des manifestations de femme se sont organisées partout dans le monde. Par ailleurs, la Women March a réunis 200 000 personnes pour la seule ville de Washington. Mais si Trump est un mysogine avéré, il n’en reste pas moins un homophobe et un transphobe notoire. Ainsi, le président américain a signé un texte légalisant pratiquement l’homophobie et a largement rogné sur les (maigres) droits des trans.

Pour parfaire ce tableau, Donald Trump adopte des thèses proches du complotisme sur le terrain écologique et du réchauffement climatique. Après avoir nommé un climatosceptique à la tête de l’Agence Américaine de protection de l’environnement, le milliardaire s’est distingué en désengageant les Etats-Unis de la COP 21. Si cette dernière est en soi une mascarade, il n’en demeure pas loin que Trump, élu en partie grâce au soutien des grandes entreprises des énergies fossiles, mène une politique qui ne cache pas son aspect destructeur de l’environnement.

Élection de Trump et crise du projet néo-libéral. Un scénario toujours ouvert

En soi, l’élection de Trump représentait une rupture sur la droite avec les gouvernements néo-libéraux et globalisateurs. Préconisant « l’Amérique d’abord », Trump a construit sa victoire sur la désertification industrielle de régions entières, qui ont vu en la candidature du milliardaire une (fausse) solution de rupture avec la logique de l’establishment.

Ce tournant pris en faveur du « nationalisme économique » a d’autant plus d’influence qu’il intervient aux Etats-Unis, leader de l’ordre néo-libéral qui s’est imposé à la suite de la chute du mur de Berlin. En d’autres termes, voir à la tête des USA un conservateur réactionnaire porte un coup à cet ordre mondial qui vaut depuis 1989 et qui a été appuyé par la plupart des classes dirigeantes impérialistes à l’échelle mondiale.

Voilà qui explique en grande partie l’agressivité de l’establishment envers Donald Trump, comme le souligne la menace d’une destitution. Jusqu’à présent, les difficultés qu’a rencontré le président milliardaire pour s’imposer (et pour imposer ses réformes) ont permis de contenir la crise du néo-libéralisme. Toutefois, le scénario reste totalement ouvert, qui plus est alors que l’ensemble des signaux économiques virent au rouge et que la perspective d’une nouvelle crise économique, sans compter d’éventuelle riposte sur le terrain de la lutte des classes, pourraient radicalement changer la donne.




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