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Politique

Jupiter à l'Elysée

Un an en Macronie. Quel bilan pour le « président des riches » ?

Il y a un an, Emmanuel Macron s'imposait face à Marine Le Pen au second tour d'une présidentielle ayant vu l'effondrement du bipartisme. Bénéficiant d'une « solidité » toute relative, Macron fête ses un an à l’Élysée. Quel bilan pour le « président des riches » ?

Macron : L’avènement d’un « néo-libéralisme » à la française dans un contexte de crise... du néo-libéralisme

C’est peu dire qu’Emmanuel Macron a du faire face, dès son élection, à une série de contradictions fortes. Fruit de l’effondrement total du Parti Socialiste, usé jusqu’à l’os par le quinquennat Hollande, et des Républicains, miné par l’enchaînement de casseroles du candidat Fillon, l’élection de Macron a été marquée par un abstentionnisme fort, et ce en dépit du front républicain anti-Le Pen. D’emblée, « Jupiter » a vu sa légitimité en tant que président être très faible.

Mais une autre contradiction, plus profonde, a miné la première année de quinquennat de Macron. En effet, Jupiter a été présenté, internationalement, comme l’avènement d’un néo-libéralisme à la française, après les variantes spécifiques de la droite gaulliste et du social-libéralisme de la V° République. Pourtant, l’élection de Macron intervient en pleine crise du projet néo-libéral à échelle mondiale. Ainsi, la crise de l’Union Européenne, perceptible par le rejet massif de l’Europe Libérale, le Brexit et l’épisode indépendantiste en Catalogne ou encore, et surtout, l’élection de Trump aux États-Unis, appuyé sur un discours nationaliste et protectionniste, sont autant de preuves de la porosité croissante de l’adhésion des classes populaires et des classes moyennes au projet néo-libéral.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron a cherché a asseoir sa légitimité sur la scène internationale, non seulement en s’affichant en véritable chef de guerre, comme en témoigne sa prise en main quasi immédiate des opérations militaires au Mali ou, plus symbolique, sa descente des Champs Élysées a bord d’un véhicule de l’armée, mais aussi en cherchant à apparaître comme un « médiateur » entre la Russie et les États-Unis. Ainsi, Macron avait reçu Trump, puis dans la foulée Poutine à Versailles au début de son mandat, sous le double credo de « lutte anti-terroristes » et « d’indépendance de la France ». Une tendance qui n’a pas tenu un an, puisqu’en mars dernier, Macron se rangeait sagement derrière Trump au sujet du bombardement de la Syrie, signant de fait son insignifiant rôle à échelle internationale lors de sa visite aux États-Unis.

« Président des riches » : une étiquette qui va si bien à Macron

Sur le plan intérieur, Macron n’a pas été en reste pour afficher un visage autoritaire. De Notre Dame des Landes au Universités, la répression a été d’ampleur, dans les pas de son prédécesseur à l’Élysée, tout en réussissant pour l’heure à maîtriser la situation sur ce plan. Autre marqueur important, celui du dossier des réfugiés. Que ce soit avec l’évacuation musclée du camp de Calais ou l’institutionnalisation de l’état d’urgence, Macron a largement puisé jusqu’au propositions de l’extrême droite sous couvert d’anti-terrorisme. Toutefois, la mise en place de la loi Asile et migration a provoqué des remous jusqu’à l’intérieur de la majorité présidentielle à l’Assemblée Nationale, traduisant un manque d’homogénéité au sein de La République en Marche.

Vaillant défenseur des intérêts impérialistes de la France, Macron s’est vu coller une étiquette méritée de « président des riches » dont il peine à se défaire. D’une part par les multiples cadeaux faits au patronat, et le détricotage de l’impôt sur la fortune (ISF) est en ce sens parlant, et d’autre part par un mépris de classe non dissimulé. Des « riens » dans les gares aux « fainéants et cyniques », Macron est perçu tel qu’il est : un président issu et au service des classes dominantes. Il s’agit là de la source profonde d’une détestation forte d’Emmanuel Macron, d’une polarisation problématique pour le pouvoir autour de la figure présidentielle, et non pas autour du premier ministre, jouant historiquement le rôle de fusible en cas de tension sociale.

Macron en bulldozer contre les droits des travailleurs... et des syndicats qui restent l’arme aux pieds

Mais ce mépris de classe ne s’est pas seulement traduit par des mots. Conscient de sa faible assise sociale, Macron a attaqué tous azimuts. C’est ainsi que le « président des riches » à choisi la subtile tactique du passage en force pour imposer des reculs sociaux immédiats aux travailleurs et à la jeunesse, pariant sur un effet de sidération, amplifié par le recours quasi compulsif aux ordonnances.

Après la mise en place d’un gouvernement martial en guerre contre le monde du travail, la stratégie de fond de Macron est apparue de plus en plus clairement au fil des mois : Il s’agit de passer au dessus des « corps intermédiaires », dans une guerre sans merci contre les organisations de la classe ouvrière, et en premier lieu des syndicats. En effet, cette tactique du bulldozer met en difficulté les directions syndicales, « réformistes » comme « contestataires », en leur coupant l’herbe sous le pied et coupant la possibilité à la négociation de miettes à même de contenter la colère sociale grandissante. Et si des embryons de colère se cristallisent, c’est sur le terrain répressif que Macron entend répondre. En ce sens, Jupiter est allé jusqu’à choyer ses troupes, en annonçant qu’il poursuivrait quiconque dénonçant les violences policières. De quoi lâcher la bride...

Dans ce contexte, les syndicats restent l’arme au pied, se contentant de réclamer plus de « dialogue social ». Alors que 66% de la population annoncé « comprendre » un éventuel mouvement de grève contre la loi travail XXL en septembre dernier, aucun plan de bataille conséquent et unitaire n’a été discuté. Le calendrier resserré des attaques, couplé à de pseudo rencontres entre le gouvernement et les organisations syndicales, ont débouché alors sur une victoire sans combat pour Macron et son gouvernement.

La bataille du rail : Première mobilisation sociale d’ampleur contre Macron et ses réformes

Les premières résistances conséquentes à la politique néo-libérale ont émergé par la suite, avec la mobilisation dans la santé, la fronde des retraités contre la hausse de la CSG, dans la jeunesse contre la répression, l’extrême droite et la loi ORE mais surtout contre la réforme du ferroviaire avec la mobilisation des cheminots.

Suivant son schéma gagnant de la loi travail XXL, Macron a décidé de recourir aux ordonnances pour détruire le service public du rail. Sauf que la réaction a été forte. Les cheminots se sont érigés en véritable fer de lance de la contestation contre la politique de Macron, en général, avec une première grève massive mettant le gouvernement sur la défensive. De fait, les velléités de convergence entre les différentes luttes, et une hausse significative de l’adhésion à la grève des cheminots, a amené ses premières inquiétudes au président Macron.

Cependant, la stratégie de la grève perlée, pensée pour peser sur d’inexistantes négociations, a permis au gouvernement non seulement de garder la main, mais aussi de passer à la contre offensive. Paradoxalement, la crise actuelle des grandes confédérations, et en ce sens la crise lors du congrès de Force Ouvrière ou encore le camouflet de Berger sur le référendum à Air France sont significatifs, a été la clef pour un renforcement du gouvernement, pouvant continuer à afficher sa détermination tandis que les directions syndicales restent, encore, l’arme au pied. Si la situation reste encore aujourd’hui ouverte, il est clair que la sclérose de la situation bénéficie pour l’heure au gouvernement, et que les embryons de convergences et d’auto-organisation, comme les assemblées inter-gares à Paris, doivent servir de point d’appui pour la démocratisation du mouvement et son durcissement.

Bilan au bout d’un an : Macron n’est pas invincible !

Si la tactique du bulldozer et ses succès de début de mandat à pu faire apparaître Macron comme un président quasi invincible, les limites affichés par le printemps social en cours exacerbe les contradictions de Jupiter, dont la détermination à imposer son programme néo-libéral tranche avec des coordonnées mondiales défavorables et une faible assise sociale. La mobilisation des cheminots, malgré son impact minoré par une stratégie pensée avant tout pour canaliser la colère, a pu largement mettre le gouvernement sur la défensive. Et la conjoncture actuelle, si elle va vers un renforcement de l’exécutif, n’est pas encore marquée par une défaite pour les cheminots et, plus largement, pour les travailleurs et la jeunesse.

Oui, il est possible de défaire Macron. Seulement, un obstacle de taille se présente face aux travailleurs. En effet, les directions syndicales sont en train de révéler leur caractère réactionnaire et de chiens de garde de l’ordre capitaliste, même à un moment où le gouvernement n’entend rien leur lâcher. Voilà ce qui constitue le principal frein à la mise en échec du gouvernement, mais aussi au passage à la contre-offensive du camps des travailleurs et de la jeunesse. Les recompositions en cours, les embryons de convergence et d’auto-organisation, ouvrent la voie à l’émergence d’une alternative pour notre camp social. C’est ainsi que l’on peut expliquer la forte répression des cheminots à Montparnasse ce 7 mai. La politique de Macron a aussi un effet inverse : Elle est une véritable « fabrique à radicalité », ce qui pourrait, sur le moyen terme, être la source de bien des angoisses pour Jupiter et son gouvernement.




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