Politique

Rififi chez les cathos de droite

Un ancien du cabinet de Taubira à la tête de la Commission nationale d’expertise contre la pédophilie.

Publié le 21 avril 2016

Les accusations de pédophilie qui secouent le diocèse de Lyon depuis octobre 2015 ont ouvert une crise majeure au sein de l’Eglise catholique française. Véritable Spotlight, plusieurs affaires ont été révélées dans l’espace de quelques mois, tandis que l’Archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin, est poursuivi pour deux cas de « non-dénonciation » d’agressions sexuelles sur des enfants.

Claude Scorza

En raison de la taille du scandale et de l’importance des personnes accusées, la Conférence des évêques de France s’est réunit le 12 avril et a mis en place une Commission nationale d’expertise contre la pédophilie. A la surprise de beaucoup de catholiques, c’est Alain Christnacht, ancien du cabinet de Christiane Taubira, qui sera à la présidence de cette commission. Elle aurait pourtant des prérogatives limitées : elle sera chargée seulement de conseiller les évêques « dans l’évaluation des situations de prêtres suspectés ou convaincus d’actes de pédophilie, afin de les éclairer sur les missions pouvant être confiées à ces prêtres sans faire courir de risques à des mineurs », d’après la CEF.

C’est-à-dire qu’elle n’aura pas pour but de mener des enquêtes, ni pour rôle de dénoncer des prêtres pédophiles. Toujours selon la CEF « elle n’interférera en aucune manière avec les procédures judiciaires. Elle se prononcera, par conséquent, sur des cas pour lesquels la justice soit s’est déjà prononcée, soit n’a pu se prononcer, compte tenu des délais de prescription ».

On peut se demander alors légitimement pourquoi est-ce que la présidence de Alain Christnacht fait grincer les dents dans certains cercles catholiques ?

Il faut d’abord revenir sur la carrière politique de ce haut fonctionnaire. Après avoir été préfet des Côtes-d’Armor en 1994, il intègre le cabinet Jospin en 1997 comme conseiller pour les affaires intérieures et l’outre-mer. C’est en tant que tel qu’il sera un des acteurs majeurs des accords de Nouméa qui ont ouvert la voie au processus d’ « autodétermination » et qui a enrayé la lutte pour l’indépendance en 1998. Il a contribué ensuite à organiser les rencontres annuelles entre les représentants l’État et les responsables de l’Église catholique. Plus tard, en 2011, il a été appelé, en raison de « ses compétences en droit et en fiscalité », à devenir directeur général de la Fédération française de football. Avant de devenir le quatrième directeur de cabinet de Christiane Taubira au ministère de la justice, il est passé par le Conseil d’Etat à plusieurs occasions. Il est également un des membres fondateurs de Terra Nova, think tank créé sous l’égide de Michel Rocard.

Bref, homme à tout faire de la bourgeoisie, tantôt au service de l’impérialisme français, tantôt au Conseil d’Etat, quand il n’est pas à la Fédération française de football ou à Terra Nova. Qu’est-ce qu’on peut attendre de lui dans l’affaire du diocèse de Lyon ?

Alors que les milieux catholiques traditionalistes certains hésitent entre une « imprudence » et une « manœuvre obscure de la Franc-Maçonnerie » de la part de la CEF, il ne s’agit en fait que de la realpolitik de l’Eglise face à la série de scandales qui la touchent depuis des années. Qu’est-ce qui est reproché dans la nomination d’un catholique social-libéral proche des milieux du Parti Socialiste qui a derrière lui une longue carrière dans la haute administration d’Etat ? Le fait que Christnacht ait été un des directeurs de cabinet de Christiane Taubira, anathème de tout catholique conservateur qui se respecte. Cependant, le passage de Christnacht par la Place Vendôme n’a été que de huit mois en 2015, c’est-à-dire plus de deux ans après que le la loi Taubira ai été adoptée.

En dernière instance, les réactions face à sa nomination révèlent deux choses. D’une part, la stratégie de la Conférence des évêques de France à se couvrir par leur gauche avec un expert en résolution de conflits. D’autre part, le conservatisme et la pourriture à laquelle sont arrivés les milieux catholiques traditionnels depuis leur « psychodrame » du mariage pour tous, se transformant en un réservoir de haine et de réaction, prêt à se déverser sur la société à la prochaine occasion qui leur sera donnée.

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