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Genres et Sexualités

Législatives

Un candidat d’EELV destitué pour avoir posé travesti

Thierry Schaffauser était pressenti pour devenir le suppléant EELV aux législatives dans la 17ᵉ circonscription de Paris. Finalement, il est destitué. Pourquoi ? Parce que sur l’affiche de campagne, il est habillé d’une robe, est maquillé, porte une perruque et a dans ses bras son chien. On ne peut pas être travesti et représenter EELV.

Thierry Schaffauser, travailleur du sexe et militant du STRASS, avait décidé de poser ainsi pour porter « les causes d’auto-détermination de genre et sortir de la binarité homme et femme. [Il] revendique la même chose que Cécile Duflot : le droit de siéger en robe à l’Assemblée sans être ni sifflé ni discriminé ». Le chien, c’était pour illustrer le combat de sa titulaire, Douchka Markovic, qui est co-fondatrice du parti animaliste. « J’ai posé avec mon bouledogue, Baby Dutch, pour faire le lien avec cette cause chère à Douchka. ». Cette démarche courageuse est à saluer, car elle met en lumière la question de genre et les oppressions qui lui sont liées alors que l’extrême droite et les organisations réactionnaires comme la Manif pour tous ont un poids non négligeable en France.
Lors de la prise de la photo, visiblement il n’y avait aucun problème. Philippe Stanisière, membre du Conseil fédéral d’EELV et candidat suppléant dans la 4ᵉ et 11ᵉ circonscription, a d’ailleurs confirmé que « [sa] tenue ne lui posait pas de problème pendant le shooting ». D’ailleurs, pour aller dans la même démarche, « juste avant d’entamer la séance photo, quelqu’un avait une deuxième cravate et l’a proposée à Douchka pour mettre en lumière le contre-genre. Cela s’est passé dans l’amusement et la franche amitié ». Pourtant, après que Thierry Schaffauser ait publié le cliché sur les réseaux sociaux, la réaction de la candidate a été plus que troublante.

Douchka Markovic a ainsi déclaré, dans un spectaculaire retournement de veste : « Un visuel circule concernant mon éventuelle candidature sur la circonscription […] Je ne l’ai évidemment pas approuvé et il ne sera jamais utilisé. ».
Elle se serait justifiée au près de son suppléant par SMS. « Il y a un problème avec notre photo. Plusieurs personnes m’ont dit qu’on allait perdre des voix. Or, il y a un risque de descendre en dessous de 5 % donc je veux refaire une photo plus soft. Car il y a trop d’enjeux. Je t’avertis en premier. ». Thierry Schaffauser ne se laisse pas impressionner. Selon lui, sa titulaire a subi « des pressions par les apparatchiks du parti, qui auraient du mal avec les causes LGTI ». Effectivement, étant donné les justifications de Markovic et la suite, il s’agit bien d’un cas flagrant et assumé de transphobie au sein d’EELV.

Markovic reconnaît simplement avoir pris en compte des conseils de plusieurs élus du 18ᵉ arrondissement qui lui auraient dit que « c’était une idée foireuse ». Après plusieurs passes d’armes en interne, Douchka Markovic annonce sa démission : « Je vous informe que je ne candidaterai pas avec EELV. Pour les raisons de stratégies évoquées par le groupe local du 18ᵉ, à cause d’un délai de campagne trop raccourci, un score supérieur à 5 % non assuré et une campagne devenue trop incertaine avec un suppléant (non validé) incontrôlable et irrespectueux. Un ensemble de facteurs qui me pousse à prendre mes responsabilités. Je vous informe également de ma démission du parti. ».
Elle décide par la suite de se présenter sous l’étiquette de son parti animaliste. De fait, Thierry Schaffauser a la possibilité de devenir le titulaire. Or, le jour de la commission permanente électorale qui a eu lieu 13 mai, il est décidé d’écarter Thierry, il n’est plus suppléant et encore moins titulaire. Pire encore, Douchka Markovic, contactée par David Cormand, secrétaire national d’EELV, revient sur sa démission et redevient candidate sous les couleurs d’EELV avec une nouvelle suppléante, Alice Timsit, actuelle co-secrétaire du comité local du 19ᵉ. Une belle pirouette pour écarter le candidat gênant de la course aux législatives. Schaffauser explique qu’ « on ne [lui] a donné aucune explication ni écrite ni orale », s’il l’a appris c’est grâce à d’autres candidats présents à la commission.

Alors que Douchka Markovic affirme que Thierry Schaffauser « a flingué [sa] candidature », EELV écarte bel et bien un candidat qui a décidé de poser travesti sur une affiche. La raison d’un tel choix ? Tout d’abord, électorale. Une telle « subversion » pourrait détourner certains électeurs. De fait, EELV s’adapte au discours réactionnaire ambiant et au lieu de défendre un candidat qui fait le choix politique et progressiste de poser travesti, ils ont décidé de le stigmatiser et de le destituer, entretenant ainsi les préjugés sur les personnes trans et intersexes. Comme dit Thierry Schaffauser lui-même, « Je peux comprendre que la photo puisse heurter les fachos mais à l’intérieur du parti… Je pensais avoir des réactions négatives de l’extrême droite, des gens sur Twitter, mais je ne pensais pas que ça ferait ce scandale-là dans le parti. L’image gay-friendly d’EELV est peut-être galvaudée ». En même temps, que peut-on attendre d’un parti qui a participé à des gouvernements dits socialistes et qui n’a jamais lutté pour l’obtention de droits pour les personnes LGBTQI comme la reconnaissance du sexe neutre ou d’avoir la capacité de changer de sexe sur l’état civil ?




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