Notre classe

Les vœux de la SNCF passent mal chez les travailleurs…

Un cheminot renvoie la boite de chocolat adressée par sa directrice, avec une lettre bien salée

Publié le 21 décembre 2015

Flora Carpentier

Aurélien, conducteur de trains à Trappes, a eu le courage de dire tout haut ce que de nombreux cheminots ont pensé tout bas, à la réception des vœux de leur direction. Après une nouvelle année ponctuée d’attaques contre les conditions de travail à la SNCF dans le cadre de la réforme du rail votée en août 2014, le patron de la SNCF Guillaume Pepy dévoilait ce dimanche 20 décembre une nouvelle série de mesures contre les travailleurs. Il a déjà annoncé qu’il faudrait « renégocier la façon de faire les trente-cinq heures » et « remettre à plat l’organisation du travail » afin de permettre l’ouverture totale à la concurrence.

Dans ce contexte, les cheminots ont toutes les raisons du monde de refuser les « bons vœux » de leur direction, dont le cynisme semble n’avoir aucune limite. Ainsi, un petit mot accompagnait la boite de chocolat adressée aux cheminots des lignes N et U, qui desservent le grand Ouest de la région Ile-de-France : « Je vous souhaite ainsi qu’à vos proches de très belles fêtes de fin d’année. Bonne dégustation ! Anne Marie Palmier, directrice des lignes N et U ». Nous saluons le courage d’Aurélien et reproduisons sa lettre de réponse à sa directrice.

Trappes, le 21/12/2015

Madame la directrice des lignes N et U,

J’ai bien reçu vos chocolats, accompagnés d’un mot me souhaitant, ainsi qu’à mes proches, de très belles fêtes de fin d’année. Je n’avais encore jamais vu un message d’une telle hypocrisie. Par la mise en place des roulements du SA 2016 [Service Annuel, NDLR], sans aucune concertation, vous dégradez nos conditions de travail et de vie de famille plus que jamais. Par votre faute, je vais maintenant passer plus de temps au travail et moins avec ma famille.

Alors oui, je vais passer de très belles fêtes de fin d’année, en grève (congés refusés) pendant que vous paierez des casseurs de grève à prix d’or, dilapidant l’argent que nous, cheminots productifs rapportons à la SNCF, quand l’organisation du travail est faite de façon compétente. C’est pourquoi je vous renvoie votre boite de chocolats, et je vous souhaite de passer une aussi mauvaise année que les cheminots dont vous avez pourri les conditions de travail. Tant que vous dégraderez nos roulements, nous dégraderons votre régularité.

Aurélien P., agent de conduite à Trappes

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Mots-clés SNCF