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Jeunesse

Lutte contre Parcoursup et la loi ORE

Un dernier appel insuffisant du collectif Sauvons l’Université !

Sauvons l’Université !, association née en 2007 suite à la loi LRU, formule dans son dernier appel un ensemble de propositions pour lutter contre la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (Loi Vidal). Pourtant, au regard de la mobilisation du 22 mars qui se prépare, cet ensemble de propositions s’avère tout bonnement insuffisant.

Résumé de l’Appel

Dans son appel en date du 18 mars, les enseignants-chercheurs, prenant acte de la promulgation de la Loi Vidal ainsi que de l’instauration de la plateforme Parcoursup, se proposent de « réfléchir à des positions communes et déclinables montrant que nous sommes capables d’une réaction collective. »

En vue d’enrayer le bon déroulement de la réforme, l’appel se conclue par la proposition, à tout le moins décevante, de classer « tous les dossiers (…) 1ers ex-aequo. » Sans réduire le potentiel de résistance, au demeurant très faible tant tactiquement que stratégiquement, d’une telle mesure, il convient de souligner combien de telles propositions contrastent fortement avec une rhétorique qui se veut radicale : « Nous nous sommes opposés et nous nous opposons à ce processus(…) Il semble donc important de trouver des moyens de transformer radicalement les effets de ce processus en le désarmant de manière collective. »

Au vu des propositions formulées, il semble donc évident que les enseignants-chercheurs n’ont pas médité les leçons non seulement des échecs récents, mais surtout du mouvement de 2009 alors opposé à la LRU. Loin de lancer des anathèmes, il s’agit plutôt de méditer les leçons des luttes passées pour éclairer celles qui se préparent.

La question de l’université se résout hors de ses murs

Tout d’abord, il paraît impératif de réinscrire le plan étudiant dans la trame d’une lutte de long-terme menée par la bourgeoisie pour le contrôle de l’Université. En effet, sans dénier les acquis de l’université publique post-68, il convient de rappeler que l’Université a toujours été, à des degrés certes variables, soumise aux intérêts de l’Etat et du marché. En cela, la réforme actuelle du gouvernement ne fait qu’accélérer un processus déjà bien entamé ; après avoir coupé les vivres aux universités, la bourgeoisie n’a plus qu’à se pencher pour ramasser les débris d’un système éducatif exsangue.

C’est pourquoi la sauvegarde de l’Université passe par une lutte qui se déroulera nécessairement hors ses murs.

Une université ouverte aux ouvriers et fermée aux patrons

Quelle classe si ce n’est la classe ouvrière dispose non seulement d’un intérêt réel à une université ouverte à tous, mais surtout de la force matérielle capable de créer un rapport de force contre les forces qui lui font entraves ? Dans un article paru en 2000 , Celeste Murillo écrivait à ce titre : « Il n’existe qu’une seule classe vraiment intéressée pour lutter pour l’accès public à l’éducation, c’est la classe ouvrière. Bien sûr, les travailleurs et le peuple n’ont aucun intérêt à défendre une université qui forme les gestionnaires de ce système basé sur l’exploitation, mais ils sont disposés à défendre l’accès à la formation de professionnels et d’intellectuels qui servent les intérêts de la majorité : comme des ingénieurs qui règlent les problèmes de la vie domestique que connaissent des milliers de familles, des avocats qui les défendent contre les attaques du régime politique, des sociologues et des historiens qui démystifient l’idéologie visant à dissimuler et à naturaliser de l’exploitation qui a été construite pour que les capitalistes puissent continuer tranquillement en augmentant leurs profits. Face à cette réalité, le mouvement étudiant qui remet en cause l’idéologie officielle, ne peut s’empêcher de constater que la défense de l’université publique (qui est une énorme conquête et une demande légitime) et une alliance solide avec les travailleurs est la force dont nous avons besoin pour gagner le bras de fer. »

En cela, la solution au problème de l’Université ne trouve sa solution qu’hors des murs de l’Université, dans une jonction avec les travailleurs. La bataille tactique contre la Loi Vidal ne prend sens que si on la réinscrit dans une lutte stratégique menée contre Macron et la bourgeoisie alignée derrière lui. A l’aune d’une analyse stratégique des rapports de force, force est de constater que si les enseignants-chercheurs sont conséquents, alors l’opposition aux mesures du gouvernement ne passera pas (seulement) par de nobles actes de sabotage en interne, mais par la construction d’un rapport de forces capable de faire plier le gouvernement.
Or, dans cette optique, les propositions de l’appel s’avèrent ici nettement insuffisantes.

Des propositions trop faibles au regard de l’ampleur de la mobilisation

Face à un gouvernement qui cherche à instaurer une division accrue au sein des travailleurs en opposant leurs intérêts (cheminots Vs retraités Vs jeunes Vs enseignants etc.), l’instauration d’un front unique est plus que jamais nécessaire pour espérer sortir vainqueur d’une lutte qui s’annonce âpre. En cela, malgré l’appel des directions syndicales à former le 22 mars deux cortèges aux revendications et aux parcours distincts (cheminots d’un côté, fonction publique de l’autre), la proposition d’un rassemblement commun, ne serait-ce qu’en en fin de parcours, doit permettre d’opérer une jonction entre des secteurs aux intérêts partagés. Les cheminots représentent en effet une force stratégique décisive en laquelle les enseignants-chercheurs, mais aussi le reste de la fonction publique, pourraient trouver un allié de choix. C’est cette crainte d’un « tous ensemble » qui a porté le Gouvernement à réprimer durement l’université du Mirail, mais aussi les facs de Bordeaux ou Dijon ; des forces armées de la police traquant des étudiants dans les enceintes des établissements à coups de matraques et de gaz lacrymogènes.

En cela, la massification du mouvement au sein de l’université, qui s’est opérée au Mirail, à Bordeaux et à Montpellier, est la condition pour créer un rapport de force décisif en vue de peser dans la bataille qui s’annonce. Dans cette optique, nous ne pouvons que réitérer les propos tenus dans un de nos précédents articles qui appelait à la convocation de « cadres de mobilisation unitaire – EC, étudiants, BIATSS, lycéens – par la convocation d’AG partout où cela est possible.

Ainsi, il semble évident que la proposition de l’appel à classer tous les dossiers premiers afin de court-circuiter Parcoursup ne pourra s’exonérer d’un soutien plus actif aux mobilisations étudiantes à travers des actions de blocages ou la convocation d’AG unitaires.

Il nous semble donc qu’à la veille d’un vaste mouvement de contestation contre l’ensemble des réformes de Macron, les propositions formulées par l’appel pour sauver l’Université semblent bien en deçà des possibilités réelles de mobilisation et des potentialités de victoire. Elles aspirent à une tactique de résistance à Parcoursup qui pourrait bien la condamner entièrement.

Crédits photo : Boris Horvat/AFP




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