Genres et Sexualités

Culture du viol

Un gendarme refuse de prendre une plainte pour viol

Publié le 28 novembre 2016

Chaque année, près de 220 000 plaintes pour tentatives de viol ou agressions sexuelles envers des femmes sont déposées. Ce chiffre alarmant n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Nombres de victimes n’osent pas témoigner ou meurent sous les coups de leur conjoint. Mais, quand celles qui osent briser la loi du silence vont à la police, elles ne trouvent pas toujours une réponse à la hauteur de la gravité des agressions commises. Illustration avec un gendarme se souciant plus d’enregistrer les plaintes pour les vitres brisées que pour les menaces de viols et de mort proférées contre les femmes.

Boris Lefebvre

À la gendarmerie d’Authon-du-Perche, on peut être sûr que l’institution du patriarcat, inhérente au capitalisme et à la culture des forces de répression, a ses représentants zélés. En effet, quand une femme lesbienne vient porter plainte pour menace de mort et de viol, preuve audio à l’appui, on refuse catégoriquement et de l’entendre et d’enregistrer sa plainte.

Pourtant, des propos tels que « Moi j’te prends par les cheveux, j’te fous ma bite dans la bouche, j’te prends par les cheveux puis j’vais t’enculer à sec sale putain », « tu vas m’appeler tout de suite ou t’es morte. Parce que moi j’vais t’décharger tout ça dans la bouche sale putain » ou encore « j’arrive tout d’suite avec l’AK47 ! », sont intolérables et répréhensibles par la loi.

Qu’à cela ne tienne, le gendarme en charge de cette plainte a préféré retourner l’accusation contre la femme elle-même, en insinuant qu’elle n’y était pas pour rien, en bref qu’elle est responsable de ce qu’elle subit. Autrement dit, la gendarmerie a encore une fois donné la preuve de sa capacité à culpabiliser les victimes de violences machistes, en perpétrant une culture du viol omniprésente.

Le gendarme n’a même pas pris la peine d’écouter l’enregistrement des propos de l’agresseur sur le répondeur du téléphone de la victime, l’affaire sera classée sans suite. Il n’y a rien à faire, à ce qu’il paraît… Enfin, légalement. Le gendarme à tout de même consenti à rencontrer l’agresseur mais dans un cadre informel, c’est-à-dire sans que ses propos puissent prêter à conséquence. Ainsi, l’agresseur a reconnu ses actes et ses propos et à promis « d’homme à homme » de ne plus recommencer. On le sait bien, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Comment des aveux en bonne et due forme d’actes aussi graves qu’ils sont quotidiens peuvent-ils donc rester impunis ? Comment peut-on à ce point laisser faire et donner carte blanche aux violeurs ?

Il est évident que la police n’est pas du côté des victimes dans cette histoire, et que la rengaine « Si tu te fais violer, tu seras bien contente de pouvoir aller porter plainte ! » est beaucoup plus facile à prononcer qu’à appliquer.