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Un ouvrier meurt sur un chantier d’Eiffage : à quand les condamnations des patrons véreux ?

Ce mercredi 18 octobre, un ouvrier est mort sur un chantier de Saône et Loire dans l’effondrement d’un échafaudage. Chaque année, ce sont plus de 500 personnes qui meurent au travail, sans aucune condamnation des employeurs, à fortiori des plus gros d’entre eux.

Crédits photo : REUTERS/Jacky Naegelen

Il avait 44 ans. A 14h10 le mercredi 18 octobre, un échafaudage de 2 tonnes lui tombe dessus, sur un chantier de la société Eiffage situé à Saint-Clément sur Guye (71). Malgré les interventions du SMUR de Montceau, l’homme n’a pas pu être sauvé, et a rejoint les centaines d’autres ouvriers morts au travail chaque année en France. En effet, plus de 500 ouvriers trouvent la mort sur le lieu de travail en France, principalement dans le bâtiment, la métallurgie, la chimie et les transports. A chaque fois, les histoires sont plus horribles les unes que les autres : un ouvrier d’Arcelor Mittal écrasé entre deux wagons, un autre de Renault écrasé par une caisse de pièces, un autre métallo écrasé par une caisse sur le parking de PSA Mulhouse, ou encore cet ouvrier d’Arcelor Mittal dont le corps s’est dissout dans une cuve de fonte en fusion. A chaque fois, des récits horribles, qui mènent à encore plus de vies broyées sur les chantiers et les usines. Quand ce n’est pas la mort au bout de la chaîne, ce sont les accidents à répétition : en 2013, il y avait eu 618 263 accidents du travail. Du burn-out aux membres sectionnés, aux troubles musculo-squelettiques : le travail tue, mutile et défigure tous les jours.

Un seul responsable : les grandes entreprises qui ne protègent pas leurs employés

A chaque histoire, c’est la même chose : on nous dit que l’ouvrier n’aurait pas du être là, que ce n’est pas dans les procédures, qu’il serait en tort. Comme si un cariste ou un travailleur d’une fonderie aurait intérêt à se mettre en danger avec un risque mortel. En réalité, l’employeur est toujours responsable, car si des « erreurs » peuvent arriver, elles sont toujours liées à la façon dont les entreprises organisent le travail et forment leurs ouvriers. Il est facile d’accuser le décédé, quand on ne lui a jamais dit où se placer. Par ailleurs, dans de nombreuses usines, les installations sont tellement peu sécurisées que c’est chaque minute passée sur la chaîne qui peut amener à une main broyée ou un membre sectionné. Comme le disait Patrick Le Moal, ancien inspecteur du travail, à Basta, « Les ouvriers peuvent faire des erreurs, mais elles sont toujours prédéterminées par l’organisation de travail […] Aucun accident n’est le fruit du hasard. Il fait toujours suite à une série de fautes qui s’additionnent  ».

L’impunité des employeurs coupables de meurtre

Malgré tous ces meurtres, les employeurs sont très rarement condamnés. Même si l’employeur est présumé coupable d’un accident du travail, étant donné que la sécurité des travailleurs est de sa responsabilité, seulement 2 % des employeurs sont condamnés, généralement à de la prison avec sursis ou à des amendes. Cela veut dire que sur 500 morts, seulement 10 employeurs sont condamnés, généralement les petits patrons ou les artisans qui n’ont pas les moyens d’employer les armées d’avocats que les géants du BTP (Vinci, Eiffage, Bouygues…) ou de la métallurgie (Arcelor, Renault, PSA…) emploient pour faire taire les familles des victimes. Une justice de classe qui défend systématiquement les patrons, que ce soit dans les affaires inconnues du grand public ou les grands accidents industriels : même dans l’affaire AZF, où une explosion d’une usine Total a causé la mort de 21 personnes, le groupe est resté impuni. Malgré tout ce que pourra dire Macron sur la pénibilité du travail, le capitalisme a tué, tue toujours et tuera encore : 2,6 millions de morts au travail dans le monde en 2015, pour combien de milliards de profits ?




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