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Politique

Le retour du « en même temps »

Un remaniement sans surprises pour tenter de sortir de la crise

Le remaniement tant attendu est loin d’apporter un nouveau souffle au macronisme. Il s’agirait plutôt d’une vieille recette pour colmater les brèches qui se sont ouvertes au sommet : retrouver un subtil équilibre entre centre-gauche et centre-droit, assurer la promotion des fidèles de la macronie, et renouer le lien qui s'était dégradé avec les collectivités. Le tout afin de colmater les brèches qui se sont ouvertes au sommet pour mieux attaquer la jeunesse et les travailleurs.

Un triple objectif pour se rééquilibrer

L’objectif du gouvernement était en quelque sorte triple : retrouver l’équilibre centre-gauche et centre-droit, promouvoir des fidèles en interne et renouer le lien avec les collectivités avec en vue les municipales de 2020.

Macron, dans un contexte d’effondrement des organisations traditionnelles, avait réussi à imposer son projet d’unification de l’aile gauche et de l’aile droite des classes dominantes, en devenant le poulain de ces dernières au cours des dernières élections présidentielles. Pourtant, ce clivage entre gauche et droite a rapidement refait surface, et l’illusion macronienne s’est totalement fissurée en quelques mois seulement. La crise approfondie par le remaniement ministériel le plus long de l’histoire de la Ve République en est l’illustration.

Un des enjeux pour Macron était de rétablir un équilibre subtil entre le centre gauche, particulièrement laissé pour compte ses derniers temps (d’autant plus avec le départ de deux figures telles que Nicolas Hulot et Gérard Collomb du gouvernement) et le centre-droit, incarné au sommet par un Édouard Philippe dont le rôle est devenu de plus en plus central. Un enjeu affirmé par Macron lui-même au cours de son allocution filmée et diffusée ce mardi soir : « Ces derniers mois ont pu rendre moins perceptible ce sens j’ai pu déranger et choquer certains nous avons pu réapparaître de mœurs anciennes et le poison de l’instabilité et de la division ».

C’est sans surprise donc, malgré une longue attente, que le remaniement du gouvernement annoncé par communiqué ce mardi correspond tout à fait au projet initial du macronisme, à un « ni de gauche ni de droite » ultra-libéral. Car s’il s’agit d’un remaniement en apparence conséquent avec le départ de Françoise Nyssen, Jacques Mézard, Stéphane Travert et Delphine Gény-Stephann et l’arrivée de huit nouvelles têtes dont trois ministres, il s’agit en réalité d’un remâché de la vieille formule.

Plus encore, en offrant le ministère de la culture à un « constructif » de LR, Franck Riester, montre une volonté de la part du gouvernement d’envoyer des signaux au centre-droit en vue des européennes.

En première ligne, on retrouve Castaner au ministère de l’Intérieur, issu du PS mais surtout chef de file d’En Marche. De meme Gabriel Attal, fidèle de la première heure de la macronie, épaulera Jean-Michel Blanquer pour mettre en place le service national universel.

Cette volonté de promouvoir des fidèles à la macronie en interne est à la fois une façon d’éviter les mauvaise surprises au moment où de gros chantiers comme les réformes des retraites se préparent, mais aussi une façon de renforcer l’autorité d’Emmanuel Macron et sa forme clanique de pouvoir, en montrant que la fidélité au chef est récompensé.

Enfin, un objecitf crucial pour un parti comme LREM qui manque d’assies territoriales, c’est de renouer le lien avec les collectivités qui s’était dégradé. Ainsi Jacqueline Gourault a été promue à la tête d’un grand ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités. Ainsi, selon Le Monde qui rapport les propos d’un proche du Président : « En créant un grand ministère des territoires, Emmanuel Macron montre sa volonté de repartir sur de nouvelles bases avec les collectivités et de réparer des relations qui se sont un peu abîmées ».

Un gouvernement de combat

Une façon pour le gouvernement de se mettre en ordre de bataille pour la suite en revenant aux sources du "en meme temps" qui assurait l’équilibre de la macronie. Comme le dit Gilles le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblé : « Nous sommes équipés pour écrire l’acte 2 de ce quinquennat. »

En somme, un nouveau gouvernement de combat, où chaque nouvelle nomination, chaque nouveau poste-clé, correspond aux nombreux chantiers ouverts par Macron, et qu’il a en partie listé dans son allocution de mardi, en revendiquant le fait de ne pas changer de cap. « Une volonté d’action qui n’a rien perdu de son intensité » pour détruire les services publics, « changer les règles de notre retraite », et permettre aux « policiers et gendarmes de relever les défis du quotidien et de combattre le terrorisme » en leur accordant plus de moyens et en« simplifiant les procédures ». Une ironie sordide à l’heure des nombreuses perquisitions ciblant la France Insoumise mais aussi alors que Yacouba, frère d’Adama Traoré tué par les gendarmes, est scandaleusement condamné à trois ans de prison.

Ce remaniement était surtout un objectif politique de rééquilibrer la macronie au moment où son projet commençait à chanceler, et ce afin de poursuivre son cap des contre-réformes comme l’a annoncé le Président dans son allocuation. Toutefois, loin de trouver le second souffle que cherche désespérément Macron, les faiblesses structurelles du macronisme ne seront non sent pas comblées par ce remaniement, mais surtout ont été exposées une nouvelle fois. Un nouveau gouvernement qui doit encore passer l’épreuve du feu.

Crédits : François Guillot / AFP




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