Culture et Sport

Le spectacle doit continuer, le racisme aussi

Nice. Un spectateur de l’Euro 2016 interdit d’entrer au stade avec le maillot algérien

Publié le 20 juin 2016

Il y a quelques jours on essayait d’imaginer la participation de l’équipe algérienne dans l’Euro 2016 et les conséquences que cela aurait eu en termes de commentaires et de mesures racistes contre les supporters algériens. L’Algérie ne joue toujours pas l’Euro mais pour les mesures racistes il en va apparemment tout autrement.

Philippe Alcoy

En effet, le site spécialisé dans l’équipe nationale algérienne, La Gazette du Fennec, vient de publier le témoignage de l’un de ses lecteurs affirmant avoir dû enlever son maillot d’Algérie lors du match Espagne-Turquie vendredi dernier à Nice pour l’Euro de foot. Il y explique que « les problèmes ont commencé lors de mon entrée dans le stade. Accompagnant un de mes amis pour déposer un sac dans la consigne à valises, un agent de la sécurité m’a interpellé et m’a prévenu qu’il me serait impossible de rentrer dans l’enceinte niçoise avec mon maillot de l’Algérie. Un autre est arrivé ensuite et m’a ordonné de l’enlever. Ce dernier a expliqué à l’un de mes amis que « les maillots du Maghreb sont interdits » ».

Après avoir essayé de garder le maillot de l’équipe algérienne sous son pull, suite au conseil de ses amis, il a accepté de l’enlever et le laisse à la consigne. Or, comme il l’explique, il était déjà repéré et « au moment de passer devant la fouille corporelle, l’officier m’a demandé de regarder sous mon pull. J’ai répondu sèchement : « Ne vous inquiétez pas, je l’ai enlevé mon maillot. Je suis torse nu en-dessous » ».

Suite à cette humiliation le lecteur témoigne du soutien de ses amis mais aussi de leur indignation en voyant qu’à l’intérieur du stade il y avait des gens avec des maillots d’équipes nationales diverses : « mes amis n’ont pas manqué de me remonter le moral et de me redonner le sourire. Eux-mêmes étaient dans l’incompréhension. Un sentiment amplifié en voyant dans le stade des supporters avec des maillots du Mexique, des Etats-Unis ou bien de la Colombie. Pourquoi eux ont le droit de représenter leurs couleurs et pas moi ? ».

On ne peut pas affirmer s’il s’agit d’un ordre donné d’en haut et généralisé ou d’un cas isolé. Le fait est que ce témoignage est un exemple de plus du racisme en France, lui très généralisé, et particulièrement du racisme anti-algérien qui a des spécificités (y compris au niveau institutionnel) liées au passé de lutte anti coloniale dans ce pays.

Cela ne semble pas être un hasard non plus que ce fait ait eu lieu à Nice où le maire de la ville, Christian Estrosi (LR), s’est déjà illustré par ses mesures anti drapeaux étrangers durant la Coupe du Monde 2014 (mesure qui visait particulièrement les supporters algériens).

Cet événement est un vrai scandale. Et cela d’autant que des images ont circulé sur les réseaux sociaux et dans la presse où l’on peut voir des « hooligans » dans les stades exhiber, dans une complète impunité, leurs tatouages de croix gammées ou lancer des saluts nazis. Mais il semblerait que dans la « patrie des Droits de l’Homme » ce ne sont pas les symboles aberrants du fascisme (face auxquels les classes dominantes française ont capitulé et même collaboré) qui dérangent le plus mais ceux qui rappellent que les peuples opprimés peuvent se battre et vaincre leurs oppresseurs impérialistes. La solidarité avec nos sœurs et frères de classe opprimés par le racisme en France reste une arme fondamentale pour nous battre tous et toutes ensemble face à nos ennemis communs.